L'attentat-suicide de Kaboul revendiqué par l'EI

AfghanistanAvec l'ouverture des listes électorales en vue des législatives du 20 octobre, l'Afghanistan craint une hausse des attaques terroristes, comme ce dimanche.

L'attaque de dimanche a fait de nombreux morts, à Kaboul.
Vidéo: AFP

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Près de 60 civils, chiites pour la plupart, ont été tués et 120 blessés dimanche à Kaboul dans un attentat-suicide revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) contre un centre d'enregistrement pour les élections législatives, validant les pires craintes de violences à l'occasion du scrutin annoncé pour octobre.

Un kamikaze s'est fait exploser dans la matinée parmi une foule dense à l'entrée du centre où les électeurs récupéraient leur pièce d'identité avant de s'inscrire sur les registres électoraux. Depuis, les bilans n'ont cessé d'enfler tout au long de la journée.

En début de soirée, 57 morts et 119 blessés avaient été décomptés, très majoritairement membres de la minorité chiite hazara, régulièrement ciblée par les extrémistes sunnites de l'EI, selon le ministère de la Santé. Au moins 21 femmes et cinq enfants figurent au nombre des morts, a précisé le porte-parole du ministère Wahid Majrooh; et 47 femmes et seize enfants parmi les blessés.

«Nous savons maintenant que le gouvernement est incapable de nous protéger», hurlait un homme, Akbar, face au désastre, insultant crument le président Ashraf Ghani, avant d'être coupé par la télévision (privée) Tolo News. «Mort au gouvernement», «Mort aux talibans», a crié la foule autour de lui, désignant les papiers et photos d'identité ensanglantés sur le sol.

Les talibans nient

Les talibans ont fait savoir rapidement qu'ils n'avaient «rien à voir avec l'attaque d'aujourd'hui», rejetant implicitement la responsabilité sur l'EI, qui a ensuite revendiqué l'attaque via son organe de propagande, Amaq.

Washington a condamné la «sauvagerie» de l'attentat, le secrétaire d'Etat américain par intérim John Sullivan dénonçant une «violence insensée» et réaffirmant l'engagement de Washington à «détruire» l'EI.

L'attentat s'est produit dans le quartier majoritairement chiite de l'ouest de Kaboul, Dasht-e-Barchi: «Les gens étaient rassemblés pour récupérer leur tazkira (carte d'identité), l'explosion s'est produite à l'entrée. C'était un kamikaze», a déclaré le chef de la police de Kaboul, Dawood Amin. Selon le porte-parole de l'Intérieur Najib Danish, «le kamikaze est arrivé à pied et a déclenché sa charge au milieu de la foule».

Il s'agit du premier attentat à Kaboul contre un centre préparant les listes électorales en vue des législatives du 20 octobre, depuis le début des inscriptions le 14 avril. Ces législatives sont les premières depuis 2010 et ce scrutin, le premier depuis la présidentielle de 2014, préalable à celle de 2019. Deux autres centres d'inscriptions ont été pris pour cible en province au cours de la semaine écoulée.

«Plus personne n'ira voter»

Vendredi, une roquette en a frappé un dans la province de Badghis (nord), faisant un mort et un blessé parmi les policiers qui le gardaient, selon un responsable provincial qui a accusé les talibans.

Mardi, trois employés de la commission électorale (IEC) et deux policiers avaient été enlevés dans la province de Ghor (centre) et libérés 48 heures plus tard après intervention des anciens. Là encore, les responsables locaux avaient accusé les talibans. Violences et attentats sont les principaux obstacles au bon déroulement des élections, admet la Commission électorale qui a ouvert les centres d'inscriptions dans les écoles et les mosquées, tous gardés par des policiers qui fouillent les électeurs à l'entrée.

«Notre patience est à bout, ce gouvernement est responsable de ces vies perdues, plus personne n'ira voter désormais», s'énerve Hussain, 34 ans, qui veille son cousin blessé à l'hôpital Istiqlal.

Cinquante blessés, tous membres de la minorité Hazara chiite, ont été acheminés dans cet établissement où les lits sont tous occupés et l'odeur de sang tenace dans les couloirs, a rapporté un journaliste de l'AFP. «On était 200 environ à faire la queue pour obtenir notre tazkira», se souvient Ali Rasuli, 29 ans, atteint aux jambes et à la poitrine. «Les policiers ne fouillaient personne», a-t-il accusé.

«Bien sûr, l'insécurité est notre premier défi et notre inquiétude majeure, surtout dans les campagnes», avouait récemment à l'AFP le président de l'IEC, le Dr Abdul Baie Sayad, lui-même menacé.

Enthousiasme mesuré

Beaucoup d'Afghans souhaitent se débarrasser d'un Parlement (249 députés) jugé paresseux et corrompu, dont le mandat a expiré depuis trois ans. Mais ils redoutent plus encore un scrutin pour rien, confisqué par la fraude et qui les exposera à un regain de violence.

Face à l'enthousiasme mesuré de ses compatriotes, le président Ashraf Ghani a ordonné jeudi aux gouverneurs des 34 provinces d'accélérer le processus d'enregistrement. Il a aussi ordonné aux fonctionnaires de s'inscrire avec leurs familles, et aux mollahs de sensibiliser la population.

Le dernier attentat en date - revendiqué par l'EI - contre la capitale afghane au Premier jour du nouvel an perse, le 21 mars, avait fait plus d'une trentaine de morts et au moins 70 blessés. (afp/nxp)

Créé: 23.04.2018, 02h14

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