Assad et ses alliés ont repris le contrôle de la moitié de la Syrie

Proche-OrientLa reconquête en cours de Deir Ez-Zor et de ses champs pétroliers pourrait en plus ouvrir au régime les marchés irakiens.

Il semblerait que l'étau se resserre autour de l'Etat islamique.

Il semblerait que l'étau se resserre autour de l'Etat islamique. Image: SANA via AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La bataille de Deir Ez-Zor marque un tournant dans le conflit syrien. La percée des forces loyales à Bachar el-Assad dans cette province – la dernière aux mains du groupe Etat islamique (Daech) – signerait, en cas de victoire, la reprise par le régime du contrôle de plus de la moitié du pays. Depuis mardi, l’armée syrienne, et ses alliés, a brisé pour la première fois depuis trois ans le siège de Deir Ez-Zor imposé par Daech. Un corridor a été ouvert pour les troupes assiégées et les militaires syriens s’emploient à consolider cette brèche stratégique. D’après les médias officiels, la région pourrait être reprise au cours des prochains jours. Les combattants du groupe Etat islamique occupent toujours la moitié sud de la ville ainsi que la majeure partie de la province.

Selon Jihad Yazigi, rédacteur en chef du Syria Report, «la bataille pourrait encore prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Comme à Raqqa, où les forces arabo-kurdes ont du mal à progresser dans le dernier réduit de la ville. Car «les hommes de Daech font preuve d’une agressivité redoublée quand ils sont dans leurs derniers retranchements».

Atout économique majeur

Quoi qu’il en soit, la possible reconquête de la province de Deir Ez-Zor, d’une superficie de 33 000 km2, constituerait un gain territorial majeur pour le régime. Selon le géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, Bachar el-Assad contrôle désormais 50% du pays, contre le tiers en décembre dernier, tandis que Daech n’en régit que 15% à l’heure actuelle, alors qu’il avait un temps tenu la moitié du territoire. De leur côté, les forces kurdes contrôlent 23% de la superficie du pays, contre 12% pour les groupes rebelles. Une reconquête de la totalité du gouvernorat de Deir Ez-Zor propulserait l’emprise territoriale du régime à plus de 60%.

L’autre avantage majeur est économique: Deir Ez-Zor est l’une des deux principales régions pétrolières du pays. Elle «abrite plusieurs grands sites toujours sous le contrôle de Daech, dont celui d’Al-Omar, l’un des plus importants de Syrie», souligne Jihad Yazigi. La production pétrolière sous contrôle étatique avait chuté de 377 000 barils par jour (b/j) à la veille du conflit à 28 000 b/j, fin 2013, soit une chute de 93%. Depuis, le régime importe en moyenne près de 3 millions de barils par mois – dont 1,8 million en provenance d’Iran. Mais la reconquête des champs de Deir Ez-Zor n’est pas totalement acquise, selon Jihad Yaziji. «Une compétition n’est pas à écarter entre les Kurdes et les forces loyalistes pour le contrôle de cette manne, d’autant que celle-ci se situe non loin de la province de Raqqa.»

La province revêt néanmoins un autre atout économique capital: l’accès à la frontière syro-irakienne, «sachant que l’Irak était le principal marché de l’économie syrienne après l’Union européenne», ajoute le rédacteur en chef du Syria Report.

Qui remplacera Daech?

En attendant, les habitants de Deir Ez-Zor – assiégés, sans eau, sans nourriture ni électricité – redoutent tout autant la bataille que ce qui arrivera après. Ahmad, un coiffeur, réfugié à Beyrouth il y a deux ans, dit craindre une réédition du scénario de Raqqa. «Daech utilise les civils comme boucliers humains en se faufilant parmi eux, en confisquant leurs appartements et les empêchant de quitter les lieux», déplore-t-il.

Si son rêve est de voir sa ville libérée du joug de l’organisation terroriste, ce quadragénaire qui avait soutenu la révolution à ses débuts dit craindre l’après-Daech et les actes de vengeance. «Après l’arrivée de Daech, je ne pouvais plus pratiquer mon métier, parce que les hommes devaient laisser pousser leurs cheveux et leurs barbes», se souvient-il. «Mais qui va remplacer Daech? Le régime syrien? C’est l’autre facette de la même pièce!» s’inquiète-t-il.

Même son de cloche du côté d’Abed. «C’était la terreur totale sous Daech, dans tous les domaines de la vie, jusqu’aux plus privés. J’étais fiancé avec une femme et pensions nous marier lorsqu’un des combattants, à qui elle plaisait, est venu un jour me menacer, avant qu’un groupe de djihadistes ne décide de m’enlever. J’ai dû prendre la fuite en payant à des passeurs l’équivalent de 2000 dollars pour trouver refuge au Liban. Je ne suis pas sûr de revenir si la ville tombe sous la coupe du régime», raconte-t-il, la rancœur dans la voix.

(TDG)

Créé: 08.09.2017, 17h52

Articles en relation

Maurice-Ruben Hayoun: Bachar el Assad et la Syrie de demain

Belle brochette de blogs Jean-Noël Cuénod: La politique est-elle une folie comme une autre? Pascal Décaillet: "Conservateur" n'est pas un gros mot ! Claude Bonard: La navigation à Genève, une histoire de galères ! Lise Wyler: Mécréante ou pas. Pascal Carlier: Une autre Europe existe déjà... Plus...

Les négociations sur la Syrie repassent par Genève

Diplomatie Les pourparlers menés sous l’égide de l’ONU devraient reprendre au début de septembre. Plus...

L’après-Daech à Raqqa s’organise

Syrie Une administration se prépare à gérer la ville quand elle sera libérée. A Manbij, Kurdes et Arabes font revivre la cité depuis un an. Plus...

De retour de Raqqa, il témoigne en images

Récit Le photographe genevois Guillaume Briquet a pu entrer en Syrie et suivre des combattants kurdes qui luttent contre Daech. Plus...

«Nous étions en voie de déshumanisation»

Syrie Des habitants ayant fui Raqqa, dernière place forte de Daech en Syrie, racontent «l’enfer» au quotidien. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Article audio

Le Matin Dimanche
Polémique: les fast-foods débarquent dans les écoles suisses. Un bon plan pour les étudiants fauchés? Et leur santé alors? Ecoutez l'article!

Les plus partagés Monde

Caricatures

Le Tessin uni derrière Cassis
Plus...