Armes chimiques: la mission quasi impossible des enquêteurs de l’ONU

Syrie L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques tient sa réunion annuelle. La Syrie, dossier miné, occupe les débats.


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Les résultats peuvent sembler maigres, mais ils sont enfin tangibles. Dans le courant de l’année 2016, les inspecteurs de l’ONU chargés d’enquêter sur les attaques chimiques qui se commettent en Syrie sont arrivés à documenter dans le détail quatre attaques chimiques commises par les belligérants. Quand on dit dans le détail, c’est jusqu’aux conclusions quant à savoir à qui incombe la responsabilité de ces actes. Dans un rapport publié à la fin du mois d’août, le Mécanisme d’enquête conjoint de l’ONU attribuait ainsi deux attaques au gaz de chlore à l’armée syrienne sur deux localités dans la province d’Idleb (le 21 avril 2014 à Talmenes et le 16 mars 2015 à Sarmin), au nord du pays, et une attaque au gaz moutarde au groupe Etat islamique en août 2015 dans la banlieue d’Alep. En octobre, une quatrième attaque à la chlorine était attribuée à l’armée syrienne, celle de Qmenas, le 16 mars 2015.

Nouvelles accusations

C’est avec ces constats en toile de fond, sujets à vive contestation de la part de Damas et de ses alliés, que se tient toute cette semaine à La Haye la réunion annuelle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), en présence de ses 192 Etats membres. La Syrie est évidemment au cœur des débats, d’autant que de nouvelles accusations d’usage d’armes chimiques par les belligérants devraient faire l’objet de toutes les attentions. Depuis août 2016, tant le gouvernement syrien que des groupes d’insurgés ont fait état du recours par des rangs ennemis à du chlore et à des agents non identifiés, à Alep et au nord de la Syrie, affirme le directeur général de l’OIAC, Ahmet Üzümcü. Il a compté, dit-il, «plus de vingt signalements».

Tandis que Damas a toujours démenti avec véhémence faire usage d’armes chimiques – «une propagande occidentale», a répété lundi le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal Mekdad – une autre inquiétude se dessine: le groupe Etat islamique semble à même de produire son propre gaz moutarde, certes de piètre qualité, mais capable de faire des dégâts, selon l’OIAC. Dimanche, la Turquie accusait pour la première fois Daech d’avoir recouru à une attaque chimique près de sa frontière contre des rebelles syriens.

Entre faits et manipulation

En attendant, seuls les faits documentés comptent, et la tâche des enquêteurs, dont la mission vient d’être prolongée jusqu’en novembre 2017, est pour le moins compliquée. Depuis décembre 2012, une bonne soixantaine d’attaques perpétrées avec des agents chimiques ont été rapportées soit à travers les accusations proférées par les belligérants eux-mêmes (groupes insurgés, régime syrien), soit par les chancelleries étrangères ayant pris position dans le conflit. Autant d’accusations relayées par les médias du monde entier. Des faits rapportés, mais pas forcément prouvés. Les enquêteurs de l’ONU, eux, s’emploient à vérifier, quand ils ont accès au terrain, les faits dénoncés – c’est le rôle de l’OIAC – puis dans un deuxième temps d’essayer d’en attribuer la responsabilité par le biais du Mécanisme d’enquête conjoint de l’ONU.

Mais entre les entraves d’accès aux sites, le décalage entre le moment où les faits présumés se sont produits et l’arrivée sur place, ainsi que toutes les manipulations possibles dans une guerre qui est aussi celle de la propagande, la mission des enquêteurs est extrêmement difficile. Entre 2013 et 2015, une douzaine d’attaques chimiques ont ainsi été reconnues comme telles (voir la carte), si l’on se base sur les différents rapports publiés?par l’OIAC. Des civils, l’opposition, comme l’armée syrienne, en ont été victimes.

Exemple des difficultés des enquêteurs: dans un rapport du 18 décembre 2014, l’OIAC fait état de pas moins de dix attaques à la chlorine présumées, sur la base de témoignages se recoupant sur la seule localité de Kafr Zita (province d’Idleb) entre le 10 avril et le 30 août 2014. Mais à l’arrivée, par manque de preuves tangibles, seule une attaque, celle du 18 avril, est encore sous investigation du Mécanisme d’enquête conjoint pour essayer d’en déterminer la responsabilité. On ne saura probablement jamais ce qui s’est passé non plus dans la ceinture agricole de la Goutha, autour de Damas, lorsque le 21 août 2013 des roquettes remplies de gaz sarin ont été tirées sur trois localités. Ni le bilan des victimes, qui va de moins de 300 morts à 1400, selon les sources, ni les circonstances du drame n’ont été vraiment établis.

La chlorine après le sarin

Ce qu’on observe aussi, c’est que les accusations non vérifiées et les enquêtes de l’ONU mentionnent l’usage de gaz sarin jusqu’en septembre 2013, gaz qui disparaît totalement des signalements à partir de cette date au profit de la chlorine, dont la classification comme arme chimique fait l’objet d’un cynique débat entre Moscou et Washington. Cela correspond au moment où Bachar el-Assad accepta sous la pression internationale le processus de démantèlement de son arsenal chimique sous l’œil de l’OIAC.


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(TDG)

Créé: 29.11.2016, 23h06

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