«Nous sommes 240 juifs de Suisse inquiets de la politique d’Israël»

Proche-OrientUne lettre ouverte a été remise lundi à l’ambassadeur à Berne.

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«Nous ne pouvons plus garder le silence! Nous sommes tous des juifs de Suisse très loyalement attachés à l’État d’Israël, qui vient de fêter son 70e anniversaire, mais nous voudrions voir enfin des efforts tangibles pour la négociation d’une paix juste et durable. Nous comprenons bien qu’il y a des enjeux sécuritaires face à des voisins hostiles et que les responsables palestiniens, eux non plus, ne font pas avancer la situation. Mais il nous semble qu’il y a mieux à faire que d’imposer sa domination et de coloniser des terres palestiniennes.» Pédiatre à Genève, le Dr Daniel Halpérin est l’une des quinze personnalités à l’origine d’une lettre ouverte qui vient d’être remise, lundi matin, à l’ambassadeur d’Israël à Berne (lire ci-contre). Une lettre qui a réuni 240 signatures depuis sa publication le 15 mai.

«C’est énorme, 240 signatures!» s’enthousiasme Massa Kaneman-Pougatch, elle aussi à l’origine de cette initiative. «À première vue, cela pourrait paraître modeste, vu qu’il y a environ 18 000 juifs en Suisse. Mais beaucoup sont mal à l’aise à l’idée de critiquer Israël, ou alors ils craignent de nourrir encore l’antisémitisme ambiant… Alors réussir à réunir 240 signatures, c’est significatif. Benyamin Netanyahou se permet souvent de parler en notre nom. Eh bien nous aussi, au sein de la diaspora juive, faisons entendre notre voix!»

Que dit la lettre ouverte? Intitulée «Nous, juifs de Suisse, sommes inquiets», elle souligne les réussites de l’État d’Israël, qui a su intégrer des populations juives d’origines, de langues et de cultures très différentes. Un pays dont l’essor économique et industriel, tout comme la recherche de pointe, fait la fierté de ses citoyens mais aussi de la diaspora. Cela dit, ces 240 juifs de Suisse se disent inquiets pour l’avenir de cet «État en guerre avec certains de ses voisins, sans frontières internationalement reconnues» et qui «occupe des terres de Palestiniens, s’y implante et dénie leurs droits», un État «peu respectueux des droits humains, en contradiction avec les idéaux de notre Tradition».

La lettre cite aussi les propos tenus en mars par Ronald Lauder, le président du Congrès juif mondial: «Les comportements intransigeants et provocateurs des Palestiniens sont destructeurs. Mais il en est de même pour les plans d’annexion, poussés par des éléments de droite, et la construction de colonies juives étendues au-delà de la ligne de séparation.» Sévère, il conclut que «ces politiques israéliennes, marquées par l’aveuglement, créent une réalité irréversible, celle d’un seul État».

Enfin, la lettre ouverte lance «un appel aux responsables des parties en présence afin qu’une politique volontariste mette fin à l’immobilisme actuel et que l’État d’Israël réponde aux attentes des Israéliens et de la grande majorité des juifs du monde, en s’engageant, en paroles et en actes, vers une paix juste et durable négociée avec les Palestiniens».

Seront-ils entendus? «Le message ne s’adresse pas qu’aux autorités israéliennes, il est destiné à nos propres communautés, dans la diaspora», affirme Daniel Halpérin. «Certains nous reprochent de nous exprimer publiquement sur Israël, nous qui vivons tranquillement en Suisse. Ce n’est pas facile pour nous de prendre la parole et donner l’impression d’un désaveu. Mais le silence n’est pas une solution. Et par ailleurs, nombre d’entre nous avons des liens en Israël; deux de mes enfants ont choisi d’y vivre. C’est leur avenir qui est en jeu!»

«Nous voulons aussi montrer aux militants de la société civile se battant en Israël pour la paix qu’il y a dans la diaspora des juifs qui partagent leur inquiétude», ajoute Massa Kaneman-Pougatch, soulignant qu’une lettre similaire a réuni 400 signatures en Italie.

Qu’en pense-t-on à la Fédération suisse des communautés israélites? «Les juifs de Suisse sont attachés à l’État d’Israël et à sa population. Ils expriment une diversité d’opinions sur la politique israélienne. Cette prise de position en est un des divers reflets», note la vice-présidente Sabine Simkhovitch-Dreyfus. (TDG)

Créé: 13.06.2018, 19h28

L’ambassade pointe du doigt le Hamas

Lundi matin, une délégation formée de quatre juifs de Suisse a rencontré à Berne l’ambassadeur israélien Jacob Keidar pour lui remettre la lettre qui a réuni 240 signatures. «L’entretien a duré une heure et demie dans un climat détendu et ouvert. Nous avons exprimé notre désaccord avec la politique menée par le gouvernement», raconte Massia Kaneman-Pougatch.

«Il s’est dit préoccupé, de son côté, par l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, mais aussi par les critiques unilatérales dans les médias, estimant que la réalité est mal comprise et les faits déformés», poursuit la signataire de la lettre ouverte.

«La situation à Gaza est venue dans la discussion. Cette question ne figure pas dans la lettre signée par les 240 car nous voulions surtout un texte qui, à l’occasion du 70e anniversaire d’Israël, évoque une vision pour l’avenir. Cela dit, lundi à Berne, quand nous avons dit que le blocus de Gaza pousse les Palestiniens dans les bras du Hamas, l’ambassadeur a affirmé qu’au contraire, tôt ou tard ils verront que le Hamas est leur véritable ennemi.»

Contactée mercredi, l’ambassade d’Israël n’a pas fait de déclaration. A.A.

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