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Littérature romandeÊtre sœur de gymnaste d’élite, c’est aussi du sport

La Valaisanne d’origine Sonia Baechler est aujourd’hui installée à Chardonne. «Mon Dieu, faites que je gagne» est son troisième roman.
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«Entrer en compétition comme on entre en religion.» C’est ce qu’a vécu Sonia Baechler enfant. Sauf que l’athlète, ce n’était pas elle, mais sa sœur cadette, qui a montré très tôt des dispositions exceptionnelles pour la gymnastique, survolant les entraînements et enchaînant les victoires régionales. Or, lorsque la petite psalmodie «mon Dieu, faites que je gagne», c’est toute une famille qui vibre et qui prie à sa suite. Car, pour y arriver, la compétitrice a besoin du soutien inconditionnel de ses parents, mais aussi de sa sœur aînée.

De cette expérience, l’autrice installée à Chardonne a tiré un roman, qu’elle dédie «à toutes les sœurs et à tous les frères de…» Ce livre, qu’elle porte depuis très longtemps, est né d’un constat: «Si l’on entend toujours dire que l’entourage d’un sportif d’élite ou d’un musicien de haut niveau est capital, il existe très peu d’écrits sur la manière dont la fratrie a vécu cette situation», relève l’autrice au téléphone.

La voie fictionnelle s’est imposée: «Ce livre est très fortement inspiré de mon expérience personnelle, mais j’avais besoin de prendre de la distance, de me faire plaisir et de voir jusqu’où mes personnages allaient me mener. J’ai pris des libertés avec notre histoire familiale, ajouté des anecdotes arrivées à d’autres… Mes parents ne sont d’ailleurs pas du tout ceux du livre.»

Vocabulaire religieux

L’écrivaine a surtout voulu transmettre cette adhésion immédiate et totale à la cause sportive, avec l’emploi d’un vocabulaire guerrier, mais aussi religieux: «Il fallait y croire absolument, y aller avec la même ferveur qu’à la messe…» La révélation advient dans les années 80, lors de banales courses familiales au Centre Métropole du chef-lieu valaisan, où se présente la société Sion-Gym. La narratrice a 9 ans. Sa sœur trois de moins.

«Un beau jour, le centre commercial, un grand écart, et nous prenons 11 ans de gymnastique et perpétuité pour l’âme et le corps», écrit la Valaisanne d’origine. Elle aurait pu situer l’histoire n’importe où, mais elle a voulu l’ancrer dans des lieux qu’elle avait en mémoire.

Voltiger dans sa tête

Dans un style ciselé aux accents poétiques, avec un sens certain de la formule, une douce ironie et beaucoup d’autodérision, qui évitent tout mélodrame, elle décrit la vie de l’aînée depuis ce saut inconditionnel dans la gymnastique, auquel elle n’a pas échappé. Extrait: «Elle est si raide, notre grande, a dit papa. Ils ont pensé que là où la petite aurait du plaisir, je trouverais mon équilibre.»

Or la narratrice n’a aucune aptitude pour ce sport. Elle fait partie de ces filles qui «veulent juste voltiger dans leur tête». Mais la voilà participant à des entraînements bihebdomadaires et à des concours où elle chute régulièrement, finissant dans les limbes du classement, tandis que l’autre, la plus jeune, qui porte le même patronyme, brille au sol et sur la poutre.

L’icône Comaneci

Cette benjamine qui occupe toute la place, la narratrice ne l’appelle pas autrement que «la gymnaste». Elle la regarde avec une certaine jalousie, mais aussi une peur viscérale qu’elle échoue, tombe, se fasse mal… Or «la gymnaste» progresse, jusqu’à intégrer le centre national de Macolin, avec les JO en vue, dans un système dont la narratrice perçoit les défaillances: souffrances quotidiennes, blessures minimisées, dictature de la balance, féminité bridée… C’est l’époque où brillent les brindilles roumaines. Dans sa chambre, «la gymnaste» s’endort d’ailleurs sous le regard conquérant de Nadia Comaneci.

Le roman relève aussi, dans un bref passage, comment les entraîneurs poussaient les filles, tout en sachant que certaines n’auraient aucune chance. Derrière la distance humoristique, on entend soudain ici une voix qui dénonce: «Oui, le discours est fort, mais il est aussi nécessaire. Je trouve qu’on ne parle pas suffisamment des personnes qui sont laissées sur le côté, celles à qui on fait croire que tout est possible alors qu’on sait très bien que les chances de réussite sont infimes.»

Ce livre raconte aussi la découverte de l’écriture, qui arrive lorsque l’aînée se trouve libérée de l’obligation de suivre toutes les compétitions: «Il y a tout à coup un domaine dans lequel l’héroïne est douée et qui, elle l’espère, la fait enfin exister dans le regard de ses parents.»

«Mon Dieu, faites que je gagne», Sonia Baechler, Éd. Bernard Campiche, 230 p.

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