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La rédaction«Moi, je rêverais d’être restauratrice!»

Les cas de rigueur n’ont pas tous la même valeur aux yeux de l’État. C’est le constat dressé en ce début d’année chaotique.

Semaine horribilis. L’annonce du second «lockdown» apparaît comme le prolongement d’un tunnel déjà bien trop long, dont on ignore l’issue. La seule lumière à laquelle s’accrocher, car la météo n’y met pas du sien, ce sont les cordons de la bourse que le Conseil fédéral s’est décidé à délier. Les aides financières seront simplifiées et (enfin!) plus généreuses que jusqu’ici.

En Suisse, la liste des bénéficiaires va s’allonger. La Confédération s’attend à 100’000 nouvelles demandes. Qui est concerné au juste? Toute nouvelle entreprise qui a dû fermer pendant au moins quarante jours depuis le 1er novembre 2020 sur ordre des autorités. Ce sont les fameux cas de rigueur. Et en première ligne: les restaurateurs. Ils pourront prétendre à un soutien financier à fonds perdu et ne devront pas fournir la preuve que leur chiffre d’affaires s’est réduit comme peau de chagrin.

«La fermeture d’une brasserie ou d’un bar émeut notre pays jusqu’aux tréfonds de sa chair.»

Le pays est touché sur la durée par cette perverse pandémie. Dans la course aux aides, il ne faudrait pas mettre les branches en concurrence. C’est pourtant ce qui arrive. Dans l’inconscient collectif, la fermeture d’une brasserie ou d’un bar émeut notre pays jusqu’aux tréfonds de sa chair. Pire: le vague à l’âme flotte dans l’air. Les mois d’hiver, si nécessaires aux restaurateurs, sont fichus. Et le coup d’blanc et la portion de frites sur les pistes de ski ne seront jamais remplacés par le thermos de vin chaud et le sandwich maison.

Au milieu des soupapes offertes par l’État, il y a parfois une petite phrase lâchée, l’air de rien. «Moi, je rêverais d’être restauratrice!» Cette patronne d’agence de voyages, en Suisse romande, est exténuée. Ses mots poussent à la réflexion. Est-ce de la provoc, de la jalousie? Oui et non. Toutes les semaines, elle espère que son secteur particulier sera mieux soutenu.

Un secteur à l’agonie

Ravagée par l’année 2020, sa petite entreprise affiche un chiffre d’affaires proche de zéro. Seulement voilà: elle fait partie des acteurs économiques qui souffrent de la crise sanitaire – comme les taxis ou les hôtels par exemple – et qui n’ont pas été dans l’obligation de fermer. Cette catégorie-là devra continuer à apporter la preuve de ses pertes de 40% du chiffre d’affaires sur un an pour avoir droit à des subsides à fonds perdu.

Le secteur du voyage est à l’agonie. Selon la Fédération suisse du voyage, les milliers d’annulations ont entraîné une baisse de 90% du chiffre d’affaires pour l’année 2020. Un gouffre. À quoi ressemblera l’avenir pour cette branche déjà chamboulée par l’arrivée des sites de réservation en ligne? Il y a trois mois, la Suisse comptait encore 1300 agences de voyages. En raison de la pandémie, selon un sondage de l’Université de Saint-Gall, le secteur pourrait perdre jusqu’à 3000 emplois et environ 30% des succursales pourraient être rayées de la carte, à court terme. Il est temps de prendre conscience que ce savoir-faire va mourir. Une mort aussi lente que cruelle.

5 commentaires
    Mendriziotto

    Je ne sais pas ou le canton de Vaud va, d'autres cantons vont s'en sortir Cette pandémie bien réelle va faire un dégât monumental,