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Mon entreprise pendant la crise«Michelle, il faut aller en ligne!»

Mise à l’arrêt par la fermeture forcée de son studio de yoga, Michelle Kamerzin était une des premières à proposer des cours en ligne. Portrait.

Depuis le début de la crise, Michelle Kamerzin diffuse ses cours en ligne.
Perle du Lac
Depuis le début de la crise, Michelle Kamerzin diffuse ses cours en ligne.
© Steeve Iuncker-Gomez

Jeudi matin, pointe de la Jonction. Alors que les rayons du soleil commencent à percer à travers le feuillage des arbres environnants, Michelle Kamerzin déroule son tapis de yoga sur les premières planches accrochées sur les flancs de la rive droite du Rhône. Cela fait cinq ans qu’elle a pris l’habitude, une fois les beaux jours revenus, de dispenser son cours du jeudi à l’extérieur. Une pratique matinale qui attire chaque semaine une vingtaine de yogis, désireux de réveiller leur corps en douceur. Mais en cette matinée de début mai la disposition est un poil différente, Covid oblige.

Attention, ça tourne

Alors qu’en général c’est un patchwork de couleurs et de formes qui recouvre presque entièrement le bois des planches, aujourd’hui Michelle est seule. Pour arriver jusqu’ici, il lui a fallu braver quelques obstacles, les bords du Rhône étant partiellement fermés. Pour seule compagnie, elle peut compter sur sa fidèle caméra GoPro, prête à immortaliser ses moindres faits et gestes.

En cette journée de pleine lune, cette ancienne gymnaste et adepte d’arts martiaux, a décidé d’axer la pratique sur la dualité, incarnée par les deux phases de la lune, et la quête d’un équilibre entre l’esprit et les émotions. Pour ce faire, elle a imaginé un enchaînement de postures centrées sur l’ouverture du cœur, de la poitrine et des hanches. «J’ai testé plusieurs types de yoga, mais ce qui me plaît dans le Vinyasa Power Flow ce sont les chorégraphies et le côté physique», dit-elle en souriant, avant de s’asseoir en tailleur et de taper une fois dans ses mains, marquant le début de l’enregistrement.

Fondatrice d’un studio de yoga situé dans le quartier de Plainpalais, à deux pas de la très artistique rue des Bains, Michelle Kamerzin n’a pas passé la crise à attendre les bras croisés l’autorisation d’ouvrir de nouveau. Au chômage technique à partir du 16 mars, elle met son premier cours en ligne le 20. Elle était l’une des premières. Une réactivité qu’elle doit à son mari, Marc, passionné de technologie. «J’ai fermé le studio juste avant que les premières mesures tombent», se souvient-elle, rappelant l’étrange sensation de flottement ressentie à ce moment-là. «Ma voisine, fleuriste, a fait une distribution de ses invendus dans l’immeuble, alors j’ai passé la journée à jardiner. C’était ma journée off.» Le repos sera de courte durée.

«Michelle, il faut aller en ligne!» lui lance alors son mari, physiothérapeute, également à l’arrêt. Il se précipite alors à la cave à la recherche de son matériel de tournage. «C’est un petit geek, il adore la technologie, dit-elle en souriant. C’est grâce à lui qu’on a pu tout mettre en place aussi rapidement.» Mis en ligne vendredi soir au moyen de la plateforme Zoom, le premier cours, gratuit, est rapidement pris d’assaut. Tout comme le seront les suivants, payants. Présente au studio avant la mise en ligne de chaque nouveau cours, la professeure insiste sur l’importance d’être restée connectée avec sa communauté pendant toute la durée de la crise. «Pour beaucoup d’entre nous, il était important de garder un semblant de routine en se réunissant tous ensemble à l’heure du cours, même si ce n’était que virtuellement», ajoute-t-elle, consciente qu’elle aurait pu perdre certains de ses membres si elle ne l’avait pas fait. Une offre qu’elle espère poursuivre une fois son studio rouvert.

Des cours en musique

Arrivée à Genève il y a quelques années pour se rapprocher de sa moitié, Michelle Kamerzin a rapidement su trouver son public de fidèles grâce à la variété de son offre et de nombreuses collaborations. Si tous ses cours sont dispensés en musique, il n’est pas rare que celle-ci soit jouée en live. Guitare, harpe ou bols tibétains, chaque instrument contribue à enrichir l’expérience mystique du cours différemment. Sans oublier ses sessions d’Electro Yoga où elle invite des DJ de la scène locale à jouer depuis le studio. Sa dernière prestation, organisée dans le cadre du Festival Sonopack au Palladium, à Genève, a attiré pas moins de 150 personnes. «Il y a encore beaucoup de gens qui viennent au yoga parce qu’ils ont mal au dos ou manquent de souplesse. Mais de plus en plus de gens cherchent aussi à se vider la tête. C’est d’autant plus facile en musique», conclut-elle.