Église catholiqueLe sacerdoce de Mgr Charles Morerod face aux abus sexuels
Un livre d’entretiens donne la parole au chef du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Un exercice éclairant sur la crise sans fin que traverse l’Église catholique.

À ceux qui sont amenés à le croiser, l’évêque Charles Morerod peut apparaître comme un personnage parfaitement bonhomme. Cette impression est bien loin de celle que laissent ses interviews télévisées, souvent consacrées aux abus sexuels au sein de l’Église.
Dans un livre qui vient de paraître, la journaliste Camille Krafft choisit – forcément – ce thème pour donner la parole au chef du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Ce face-à-face s’avère éclairant, à la fois sur cette crise, grave et lancinante pour le catholicisme, et sur l’un des dignitaires chargé d’y faire face.
Un prélat qui doute
On découvre un évêque pris de doutes sur la gestion des signalements d’abus, même si celle-ci a évolué depuis sa nomination, en 2011: «Je ne les gère pas seul, mais cela se fait sous ma responsabilité, et c’est effectivement un système très discutable», dit-il par exemple. Évoquant les dizaines de victimes dont il a recueilli le témoignage, seul les premiers temps, il relate s’être senti parfois dépassé.

Prendre ses responsabilités face aux victimes implique de le faire aussi face aux abuseurs. Mgr Charles Morerod explique: «Il y a eu six procédures lancées par des prêtres que nous avons sanctionnés à la suite d’accusations et qui se retournent contre nous. Ce n’est pas facile à gérer.» Et d’évoquer un autre sujet sensible: «Cette question de savoir ce qu’on fait des prêtres auteurs d’abus demande vraiment à être résolue. Parce que nous tâtonnons dans ce domaine.»
Initiés par Mgr Charles Morerod, ces entretiens couvrent encore plusieurs sujets, comme le rôle de la femme au sein de l’Église et le célibat des prêtres, laissant entendre le franc-parler de l’évêque, quitte à froisser les catholiques les plus libéraux. Mais les conservateurs en prennent aussi pour leur grade: «Les querelles de sacristie ou les jeux de water-polo dans le bénitier m’ennuient.»
«Tu n’abuseras point», Camille Krafft, Slatkine, 184 p.
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