Maudet, candidat de rupture
Le conseiller d'Etat a désormais six semaines pour convaincre.
Audace, courage, détermination. Il en faut une bonne dose pour se lancer dans une course tout sauf gagnée d'avance. Pierre Maudet en a, en abondance. Combatif, ambitieux, sûr de lui, il n'est pas du genre à reculer devant l'obstacle. Pour le conseiller d'Etat genevois, le défi s'apparente à celui d'un alpiniste, bien préparé et en pleine forme, qui affronte un 8000 en solitaire, sans oxygène et par une nouvelle voie. C'est jouable mais risqué, dans un environnement aux paramètres aussi nombreux que variables.
Pierre Maudet a mille fois raison de présenter sa candidature à la charge suprême de la Confédération. On le dit né et programmé pour devenir conseiller fédéral. Son heure est arrivée. En tout cas, celle de son horloge personnelle. A 39 ans, il a tout en main et dans la tête pour briller à Berne et y apporter du sang neuf.
Même ses ennemis le reconnaissent: l'homme est hors norme. Vif d'esprit, charismatique, affûté sur tous les dossiers essentiels, y compris fédéraux, doté d'une énergie hors du commun, de capacités oratoires spectaculaires et d'un grand sens stratégique sachant agilement, voire de façon machiavélique, alterner négociations et fermeté. Telles sont ses qualités, auxquelles fait écho une volonté quasi obsessionnelle et contre-productive de contrôler ses équipes, son image et sa communication. La manière peut aussi être autoritaire, ce qui lui vaut de solides inimitiés.
Mais, plus important, Pierre Maudet a un véritable sens de l'Etat et de ses responsabilités, assorti d'une vision dépassant les frontières idéologiques et partisanes. Relations à l'Europe, emploi, immigration, digitalisation de l'économie, sécurité aux frontières, autant de thématiques clés qui secouent la Suisse et qui appellent de nouvelles approches, parfois iconoclastes.
Pierre Maudet, à n'en pas douter, ferait souffler un vent nouveau sur un gouvernement incapable, semble-t-il, d'échapper à une léthargie systémique. Il l'a démontré à Genève. Au sein du gouvernement, dont il est le moteur. Et surtout dans son dicastère (Economie et Sécurité); il y a obtenu des succès là où bien d'autres avant lui se sont cassé les dents. Tout cela dans un contexte genevois complexe et belliqueux qui lui a aussi valu quelques échecs, ô combien insupportables pour lui.
En cette époque porteuse de changements dramatiques, le «business as usual» à la mode helvétique n'est plus une option. La prospérité de la Suisse reste remarquable. Mais plus aucun expert ne s'aventure à la donner pour acquise, même à moyen terme.
Il n'est pas question bien sûr de toucher aux institutions de ce pays comme la France s'y est risquée avec l'effet Macron. Pourtant, la candidature de Pierre Maudet constitue une candidature de rupture. Rupture des idées et de la méthode. Oublions un instant les complexes équilibres de la représentation des cantons, des villes, de la campagne et autres. Osons nous demander quel(le) est le (la) meilleur(e) candidat(e) avant d'exclure toute autre candidature que féminine par exemple. Est-ce que la très respectable Jacqueline de Quattro, conseillère d'Etat vaudoise, possède réellement des compétences meilleures ou équivalentes à celles de son homologue genevois? Les Vaudois, y compris les insensibles patentés à la question du genre, entonnent déjà la chansonnette du «ladykiller», faisant semblant d'oublier que Karin Keller-Sutter, conseillère aux Etats saint-galloise, ferait une brillante et très attendue remplaçante de Johann Schneider-Ammann. Le candidat superfavori Ignazio Cassis doit-il s'imposer pour la simple raison que son canton n'a plus de représentant au gouvernement depuis dix-huit ans? Ne cédons pas à cette cuisine si helvétique.
La Suisse et l'Europe se trouvent à un tournant. Nous avons besoin des forces les plus aiguisées pour trouver le bon chemin. Quel(le) est l'homme (la femme) de circonstance possédant le plus de compétences? C'est ainsi que les parlementaires devraient se poser la question après avoir épluché les programmes, creusé les idées, les envies et ambitions des papables. S'il en va ainsi, Pierre Maudet a ses chances. Sinon on assistera comme trop souvent à l'élection du (de la) plus politiquement et mathématiquement correct(e) des candidat(e)s. Le dernier scrutin de ce type qui a projeté un Vaudois au Conseil fédéral n'est certainement pas à classer parmi les plus remarquables.
Il serait peut-être temps pour une petite rupture à la Suisse. Pierre Maudet a six semaines pour convaincre.
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