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Réouverture de l’Opéra de LausanneMarina Viotti chante l’amour sans frontières

La mezzo-soprano présente le 23 septembre la nouvelle mouture de son tour de chant traversant les genres et les époques, prélude à un début de saison chamboulé à l’Opéra de Lausanne.

Dans son récital, Marina Viotti fait intervenir quatre musiciens, un danseur et un styliste.
Dans son récital, Marina Viotti fait intervenir quatre musiciens, un danseur et un styliste.
Delphine Royer

Trop de monde dans la fosse et sur le plateau: pour raisons sanitaires, l’Opéra de Lausanne a dû se résoudre à annuler sa nouvelle production d’«Eugène Onéguine» de Tchaïkovski, prévue pour sa réouverture après plus de six mois de silence. Mais les portes de l’institution, qui fête cette saison ses 150 ans, ne seront pas fermées pour autant. En lieu et place de ce spectacle dont il aurait dû signer la mise en scène, Eric Vigié a concocté jusqu’au 11 octobre une série de propositions artistiques à même de faire revenir le public à l’avenue du Théâtre. Le directeur de l’Opéra confie à Marina Viotti le soin d’assurer ce premier lever de rideau, suivi par trois autres propositions originales (lire encadré). Coup de fil à la mezzo-soprano franco-suisse, qui profitait la semaine passée des plages atlantiques pour satisfaire sa passion du surf.

Après avoir déployé un activisme rafraîchissant mais peu rémunérateur sur les réseaux sociaux pendant le confinement, Marina Viotti a vécu un été musical à la fois riche et maigre. La mezzo-soprano née à Lausanne a eu la chance de pouvoir remonter sur scène pour trois concerts, dont un, épatant, au Festival du lied de Charmey transformé en drive-in, et un autre aux légendaires arènes de Vérone. «C’était un récital avec d’autres chanteurs devant 4000 spectateurs au lieu des 15’000 que les arènes peuvent accueillir, mais ça faisait du bien de retrouver du public!»

Déjà bien présente sur les scènes internationales – elle a fait ses débuts à la Scala de Milan en janvier 2020 –, Marina Viotti n’oublie pas qu’elle a commencé sur la scène lyrique à l’Opéra de Lausanne. «C’est une relation de fidélité que je n’ai pas envie de laisser tomber. Je me réjouis toujours de pouvoir y revenir pour faire des prises de rôle avec un public amical et bienveillant et avec moins de pression que dans des grandes scènes.» La prochaine prise de rôle est prévue lors de la saison 2021-2022 et n’est pas encore dévoilée. Pour l’heure, c’est à un récital mis en scène qu’elle se prépare: «Music has no borders».

«Music has no borders»

Entourée de quatre musiciens – Todd Camburn au piano, Gabriel Bianco à la guitare, Gerry Lopez au saxophone et Antoine Brochot à la contrebasse – et du danseur Oscar Chacón, Marina Viotti brode son récital au fil rouge de l’amour. Elle s’inspire de la carte blanche qu’elle avait présentée en 2017 au BCV Concert Hall suite à son master de chant à la Haute École de musique de Lausanne. Elle y défendait déjà son goût pour enjamber les barrières musicales. «J’ai à cœur de rapprocher les gens et les genres, de casser les frontières mentales et musicales. Plus le temps passe, plus je ressens le devoir de faire passer ces messages. Le spectacle se construit à partir d’une base immuable, avec cinq tableaux sur l’amour. Il a beaucoup évolué vers des couleurs espagnoles grâce à mon guitariste. Mais je peux le rallonger, le ralentir, lui donner d’autres accents suivant les pays où je le chante.»

«J’ai à cœur de rapprocher les gens et les genres, de casser les frontières mentales et musicales»

Marina Viotti, mezzo-soprano

La cantatrice fait une analyse tout en finesse de la situation des chanteurs lyriques. «J’ai perdu cinq engagements pour chanter Rosine dans le «Barbier de Séville» de Rossini et je n’ai eu que trois concerts en six mois, mais je ne peux pas me plaindre: la rentrée s’annonce bien fournie pour moi, alors que des collègues, en particulier en Amérique, n’ont toujours rien.» Elle constate que sa spécialité de mezzo-soprano experte du bel canto lui est d’un grand secours. «Beaucoup de productions de grands opéras postromantiques sont remplacés par des titres de Mozart, Rossini ou Bellini, car ils nécessitent moins d’effectifs. On me propose beaucoup de remplacements de dernière minute et c’est très positif, même si je ne peux pas tout accepter.» Entre les annulations, les reports et les risques de nouvelles restrictions, la planification de carrière devient une vraie galère… Mais Marina Viotti a choisi le surf et voit déjà de jolies vagues à l’horizon!