Centre d’édition contemporaineMarie Angeletti invite le public à un jeu de miroirs
L’artiste française culbute les règles de l’exposition en mettant en scène des œuvres qui ne peuvent être vues de l’extérieur que de nuit.

En passant devant le Centre d’édition contemporaine (CEC), le piéton ne peut observer que son reflet dans la vitrine. La journée, impossible de savoir ce qui se trame à l’intérieur de l’espace d’art de la rue des Rois, à moins d’en pousser la porte. Il en va différemment la nuit: puissamment éclairés par un spot, les lieux révèlent un accrochage sobre – quelques photos noir et argent – et une multitude de boules de pétanque étincelantes sur un coin de sol gris. Intitulée «Ram», l’installation a été pensée par l’artiste française Marie Angeletti.
«En appliquant un miroir sans tain sur les fenêtres, elle manipule la temporalité de l’exposition dans une institution, en inversant jour et nuit, éclaire Véronique Bachetta, directrice du CEC. Il s’agit d’un dispositif assez théâtral, qui joue sur la diffraction de la lumière.» En effet, le spectateur qui longe le trottoir le soir se retrouve face à une impression de scène vide, où règne une ambiance métallique, tendue et froide, quasi monochrome.
Photographies énigmatiques
Une fois dedans, le visiteur découvre une série de photographies assez énigmatiques. Difficile de reconnaître les motifs sombres imprimés sur papier argent. Procédant par couches successives, photocopiant, sprayant, redessinant, Marie Angeletti retravaille tant l’image que cette dernière ne se laisse plus immédiatement saisir.
C’est à une narration ouverte qu’invitent ses tableaux, évoquant eux aussi quelque chose du miroir. «Elle mitraille ce qui l’entoure, poursuit Véronique Bachetta. Elle possède des lots de clichés qu’elle compile dans des classeurs, comme un journal intime.»
Victime d’un accident de vélo l’an passé, la plasticienne née à Marseille en 1984 a immortalisé sa chambre d’hôpital ou sa minerve, lesquelles, à force de manipulations visuelles, ne sont plus que de mystérieux halos. Ailleurs, elle a tracé sur le papier de graciles colonnes vertébrales.
Utilisant le moment du montage de l’exposition comme un temps de production, la créatrice s’est livrée à une performance peu commune durant le mois de novembre: elle a poli 334 boules de pétanque jusqu’à ce qu’elles luisent de mille feux. Le résultat de cette gymnastique méditative s’apprécie dans un coin de la pièce. Malgré une esthétique minimaliste assez pure, le propos de «Ram» demeure plutôt hermétique et laisse un peu sur sa faim.
«Ram», jusqu’au 5 mars au CEC, 15 rue des Rois, du mardi au vendredi, 14 h-18 h, www.c-e-c.ch
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