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DiplomatieL’UE sanctionne le Bélarus et menace la Turquie

Les sanctions de l’Union européenne concernent une quarantaine de responsables bélarusses, mais pas le président Alexandre Loukachenko.

Charles Michel, le président du Conseil européen, jeudi 1er octobre à Bruxelles.
Charles Michel, le président du Conseil européen, jeudi 1er octobre à Bruxelles.
AFP

Les dirigeants de l’UE ont donné vendredi leur feu vert pour sanctionner le régime au pouvoir au Bélarus, mais pas Alexandre Loukachenko, après s’être accordé sur un message de fermeté assorti de menaces de sanctions à la Turquie à l’issue d’âpres négociations.

«Nous avons décidé la mise en œuvre des sanctions contre les responsables de la répression au Bélarus», a annoncé le président du Conseil Charles Michel au cours d’une conférence de presse commune avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Avec cet accord, «nous sommes crédibles», a-t-il insisté au terme du premier jour de ce sommet consacré aux relations internationales et destiné à affirmer le rôle de l’Europe comme «puissance géopolitique».

Ces sanctions, qui seront «effectives dès vendredi», gèlent les avoirs des personnes concernées dans l’UE qui sont également interdites d’entrée sur le territoire de l’Union. Le président Alexandre Loukachenko ne figure pas sur la liste, qui comprend «une quarantaine de noms», mais cette dernière n’est pas fermée, a précisé Charles Michel.

«Si ça se durcit, on ne s’interdit pas de mettre Alexandre Loukachenko sous sanctions», a abondé le président français Emmanuel Macron. Ces sanctions étaient réclamées par l’opposition bélarusse. «Cela pourrait nous aider beaucoup», avait plaidé jeudi sa cheffe de file, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie après avoir contesté le résultat de la présidentielle du 9 août.

Double approche

Le principe de sanctions avait été approuvé il y a plusieurs semaines, mais l’unanimité des Vingt-Sept était requise pour leur mise en oeuvre. Or, Chypre conditionnait son accord à une prise de position ferme de l’UE contre les violations de ses eaux territoriales par la Turquie. Le président chypriote Níkos Anastasiádes a obtenu gain de cause après plus de sept heures de «discussions passionnées».

Dans ce conflit en Méditerranée orientale, où la Turquie, la Grèce et Chypre se disputent des gisements d’hydrocarbures, l’UE a adopté une double approche vis-à-vis d’Ankara: améliorer certaines coopérations et relancer l’union douanière mais à condition que la Turquie cesse ses forages illégaux dans les eaux de Chypre, a expliqué Charles Michel.

«Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition», a averti Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. La Commission a été chargée d’élaborer des sanctions économiques et elles sont prêtes à être «utilisées immédiatement», a-t-elle précisé.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a été invité à «saisir cette offre» et les dirigeants de l’UE sont convenus de juger «avant la fin de l’année si des développements positifs ont été enregistrés», a précisé Charles Michel. «La solidarité à l’égard de la Grèce et de Chypre (...) est non négociable», avait prévenu Emmanuel Macron.

«Certains Etats sont très réticents quand il s’agit de tracer des lignes rouges pour la Turquie, c’est pourquoi les discussions ont pris aussi longtemps», a révélé le chancelier autrichien Sebastian Kurz, disant qu’il «ne pensait pas seulement à l’Allemagne».

«L’Union européenne a beaucoup d’intérêt à développer une relation réellement constructive avec la Turquie, malgré toutes les difficultés», avait fait valoir la chancelière allemande Angela Merkel, souhaitant «une nouvelle dynamique». Signe d’une volonté d’apaisement de la part d’Ankara, un accord a été trouvé jeudi à l’Otan entre la Grèce et la Turquie sur un mécanisme pour éviter les conflits et le président Erdogan s’est dit déterminé «à maintenir les voies du dialogue ouvertes» avec l’UE.

Rejet des «ingérences»

Les tensions avec Ankara ne sont pas apaisées pour autant. Les dirigeants européens ont dit leur préoccupation face à la montée des hostilités au Nagorny Karabakh, théâtre de combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais, et ont condamné toute «ingérence extérieure», une mention visant implicitement Moscou et Ankara.

Emmanuel Macron a affirmé disposer d’informations sur la présence de «300 combattants syriens de groupes djihadistes» dans ce territoire en majorité peuplé d’Arméniens, qui a fait sécession de l’Azerbaïdjan à la fin de l’URSS, et a demandé «des explications» au président Erdogan. Il a par ailleurs appelé l’Otan à «regarder en face» les actions d’Ankara, membre de l’alliance.

De son côté, l’Arménie a assuré avoir «des preuves» que la Turquie soutient militairement les troupes azerbaïdjanaises engagées au Nagorny Karabakh, a déclaré le Premier ministre arménien Nikol Pachinian dans un entretien au quotidien français «Le Figaro» publié vendredi. Nikol Pachinian a accusé la Turquie de soutenir l’armée azerbaïdjanaise avec des avions de combat, des drones et d’autres matériels militaires, et d’avoir acheminé des conseillers militaires ainsi que «des mercenaires et des terroristes» vers le Nagorny Karabakh, ce territoire séparatiste où s’affrontent depuis dimanche Azerbaïdjanais et Arméniens.

Les discussions ont en revanche été plus apaisées sur les autres sujets à l’ordre du jour. Les dirigeants européens ont adopté «sans discussions ni débats» leur stratégie vis-à-vis de la Chine et se sont engagés pour une nouvelle réunion avec le président Xi Jinping en 2021. Ils ont toutefois insisté dans leurs conclusions sur «les graves préoccupations que leur inspire la situation des droits de l’homme, y compris l’évolution de la situation à Hong Kong et le traitement des personnes appartenant à des minorités», sans citer nommément les Ouïgours.

Les dirigeants de l’UE se retrouvent à 9H30 vendredi pour la seconde journée du sommet, consacrée à l’économie numérique.

AFP/NXP