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CoronavirusL’UE est «plus unie» qu’avant la crise, selon des experts

La pandémie du coronavirus a permis à l’Union européenne de faire preuve d’un «fédéralisme par exception», ont estimé ce week-end des ministres et économistes réunis aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence.

«On se souviendra peut-être de ce moment comme du début de l’Europe fédérale», a déclaré un économiste de la banque Lazard lors de la visioconférence des rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
«On se souviendra peut-être de ce moment comme du début de l’Europe fédérale», a déclaré un économiste de la banque Lazard lors de la visioconférence des rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
KEYSTONE

Protecteur et stratège: le rôle de l’État a gagné en importance avec la pandémie due au nouveau coronavirus. La crise pourrait aussi permettre à l'Union européenne (UE) d’acquérir des compétences d’un État fédéral, selon des experts réunis ce week-end en France.

«Tous les citoyens dans le monde se sont rendu compte que nos systèmes de santé sont absolument essentiels, qu’il y a un État qui doit nous protéger en ce qui concerne la sécurité, la convivialité, l’approvisionnement d’eau et de nourriture», a expliqué la ministre espagnole de l’économie, Nadia Calviño, participant en visioconférence aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, relocalisées à Paris cette année et diffusées en ligne.

Les États ont adopté des politiques de soutien budgétaire, creusant leurs déficits, tandis que les banques centrales ont maintenu à flot les économies en injectant des liquidités et en maintenant les taux d'intérêt au plancher.

«La dépense publique et la question de l’efficacité de l’État à la fois comme État régalien, comme État-providence et comme stratège est la question centrale pour les années qui viennent», constate l’économiste Christian Saint-Étienne.

Défiance envers la mondialisation

Certains souhaitent que le renforcement du rôle économique de l’État ne soit que temporaire, comme le gouverneur de la banque centrale de Finlande Olli Rehn. Pour lui, «il est important que les États européens utilisent la marge de manoeuvre qui leur est laissée (par la politique de la BCE) pour introduire des réformes structurelles».

Mais si gouvernements et institutions ont joué un rôle protecteur, la défiance envers la mondialisation n’a jamais été aussi forte, explique Yann Algan, professeur d’économie à l’institut d’études politiques. «La crise du Covid-19 signe la fin du capitalisme mondialisé», «triomphant au cours des dernières décennies».

La crise a aussi fait vaciller l’Europe, les mesures de confinement suspendant temporairement la libre circulation, tandis que des États interdisaient des exportations de masques et équipements médicaux.

UE «plus unie qu’avant»

«Quand la crise du Covid a commencé, on a dit que l’Europe n’était pas à la hauteur des exigences. Il y avait très peu d’actions de stabilisation, très peu de coordination. Pour la première fois depuis longtemps, on a vu les frontières se fermer entre l’Allemagne et la France», relève Henrik Enderlein, de la Hertie School of Governance à Berlin.

Rapidement, les États de l’UE et leurs institutions communes ont pris conscience du risque d’éclatement de l’UE et ont agi pour la renforcer. Au plan européen, «on voit quelque chose émerger que je qualifierais de fédéralisme par exception, c’est-à-dire un moment où l’État se constitue quand il y a une crise», analyse Henrik Enderlein.

Dans un message aux rencontres d’Aix-en-Seine, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est dit samedi convaincue que l’Europe allait «sortir plus unie qu’avant» de la crise du Covid-19.

Les actions de la Banque centrale européenne pendant la crise ont en tout cas permis d’éviter de répéter l’erreur d’une réaction trop tardive et timorée, comme pour la crise financière de 2008-2009.

Un début

La BCE a pu agir ainsi parce qu’elle est «la seule institution vraiment fédérale au niveau européen» avec «un vote à la majorité», ce qui lui permet d’«agir à un niveau européen comme une institution vraiment étatique», explique Henrik Enderlein.

Jean-Louis Girodolle, de la banque Lazard, estime qu’à travers le plan de relance de 750 milliards d'euros (environ 800 milliards de francs), qui doit encore être avalisé par les chefs d'État et de gouvernement, «on se souviendra peut-être de ce moment comme du début de l’Europe fédérale».

Toutefois, si les négociations pour tenter de trouver un compromis entre les 27 sur le plan de relance s’intensifient, elles restent «très difficiles», avec des positions entre États-membres «encore éloignées les unes des autres», a pointé mercredi la chancelière allemande Angela Merkel.

Pour Ursula Von der Leyen, «la relance sera un nouveau chapitre dans notre histoire […] nous percevons déjà un nouveau souffle, un nouvel élan, une nouvelle unité européenne.»

«Comme la commission ne va plus faire seulement des prêts mais aussi des transferts directs, relève le banquier Jean-Louis Girodolle, c’est le moment pour elle d’avoir des ressources propres: taxe carbone aux frontières […] taxe sur les GAFA» (Google, Apple, Facebook et Amazon), à la manière d’un État.

ATS/NXP