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ChroniqueL’UDC tombe le masque. Le peuple peut revoter

6 décembre 1992. Il y a des dates qui ne s’oublient pas. Le refus par le peuple suisse de l’Espace Economique Européen (EEE) a marqué notre histoire, définit notre destin. Il y a eu quelques autres dates du même tonneau, notamment la conclusion des Bilatérales I (1999) et II (2004). Ces accords ont fondé notre relation avec l’Union européenne (UE). D’une grande agilité négociatrice, la Suisse a obtenu le beurre et l’argent du beurre, selon la formule consacrée. C’est le moment de remercier les négociateurs mais surtout l’UDC.


Car c’est bien grâce à ce parti et à son combat anti-européen de l’époque que le conseil fédéral s’est engagé dans la voie bilatérale hautement fructueuse. Curieusement pourtant, Christoph Blocher et l’UDC n’ont eu de cesse depuis lors de détruire ce qu’ils ont contribué à construire: une relation stable, productive et rentable sur quasi tous les tableaux avec le partenaire commercial numéro un de la Suisse.


Première salve, le 9 février 2014 avec l’initiative contre l’immigration massive. Le peuple suisse l’accepte à une majorité de 50,3%. Stupéfaction générale. Au lendemain du vote, la Suisse découvre que c’est l’ensemble de sa relation avec l’Union européenne qui menace d’éclater. Les Bilatérales sont mortes, prévient l’UE sans tergiverser.

Le peuple avait été trompé. Par l’UDC qui affirmait que les relations avec l’UE ne subiraient aucun changement. Par tous ceux qui ont cru l’UDC et n’ont pas mis clairement en garde contre le risque majeur posé par la fameuse clause guillotine pour l’économie mais aussi pour la recherche et les étudiants privés des programmes d’échange. Absents pendant la campagne, les perdants ont donné des conférences de presse surréalistes au lendemain du vote pour pleurer ce qu’ils venaient de perdre par négligence.


Il a fallu près de trois ans de formidables contorsions du gouvernement et virulents combats parlementaires pour vider l’initiative de sa substance en triturant la loi d’application. La Suisse sauve in extremis sa tête sur le billot européen. Notre démocratie n’en sort pas grandie: la loi de mise en oeuvre ne correspond clairement pas à l’esprit de l’initiative de l’UDC.


Nous avions suggéré en ces mêmes colonnes en 2015 que le peuple revote car rien n’avait laissé présager que la votation du 9 février déterminerait fondamentalement le futur de nos relations avec l’UE. Revoter? Les conservateurs avaient hurlé à la démocratie bafouée, à l’insulte du peuple. Pourtant, c’est bien à un deuxième vote pour ou contre les Bilatérales I que nous allons procéder le 27 septembre prochain. Ironie de l’histoire, c’est l’UDC qui a souhaité ce scrutin sur “l’immigration modérée” avec exactement le même impact que celui de 2014. Aucune ambiguïté cette fois. Les Bilatérales et nos liens avec l’UE sont en jeu. Sur le plan de l’économie et de la compétitivité suisses, les pertes seraient majeures.


Cette fois, l’UDC a tombé le masque. Ses intentions sont claires. Il veut la fin de la libre circulation des personnes, donc la fin des Bilatérales I et donc la fin des relations constructives avec l’UE. La Suisse a évité de justesse le désastreux impact de la votation du 9 février 2014. Mais comme souvent, les deuxièmes vagues sont plus redoutables encore. Si la Suisse ouverte se laisse déborder lors de la prochaine votation, le 27 septembre 2020 s’inscrira dans l’histoire comme la fin d’une success story entamée le 6 décembre 1992. Sauf que cette fois, il n’y aura pas de deuxième voie.