Passer au contenu principal

Critique de bande dessinée«L’Oasis» décortique l’immense nature à petite échelle

L’auteur français Simon Hureau raconte l’arrivée en douceur de la biodiversité dans son nouveau jardin. Avec bon sens et humour, un vrai régal.

«L’Oasis» fait place au bon sens.
«L’Oasis» fait place au bon sens.
Dargaud

On se sent toujours impuissant face aux aberrations qui détruisent la planète. «La biodiversité fond comme la neige au soleil», disait Nicolas Hulot, alors ministre de l’Écologie en France, juste avant de démissionner en direct à la radio, le 28 août 2018. Ce matin-là, en l’écoutant, l’auteur de bande dessinée Simon Hureau a souhaité réagir à son échelle. L’occasion pour lui de concocter «L’Oasis», nouveau roman graphique où il revient sur son déménagement, avec sa femme et sa fille, dans une maison avec un grand jardin.

De prime abord, le coin de paradis ne respire pas la vie. Son espace vert de 500 mètres carrés ressemble plutôt à une pelouse synthétique, et rares sont les oiseaux qui atterrissent sur les cerisiers parqués tristement au fond, comme des élèves punis, les branches croisées derrière le tronc. Tout reste à faire pour adopter la biodiversité: laisser pousser les aubépines et chanter les bouvreuils pivoine. Même avant de poser les jalons d’une vie nouvelle, la fille de Simon avait déjà tout prévu, prête à accueillir l’éblouissante Mère Nature, le poing levé, la pelle serrée dans l’autre main.

«Tout reste à faire: laisser pousser les aubépines, chanter avec les bouvreuils pivoines, adopter la biodiversité»

Simon Hureau

Le couple se munit alors d’une méthode implacable pour suivre les aspirations de la gosse: d’abord observer minutieusement ce qui se trame là-dehors, puis écouter son instinct en respectent l’équilibre naturel. Car les serpents, limaces et abeilles ne débarquent jamais par hasard et forment un écosystème fragile qui se passerait bien de l’être humain et de ses herbicides. Au fil des pages du captivant «L’Oasis», on fait ainsi la connaissance d’une centaine d’espèces qui surgissent au compte-gouttes, simplement grâce à la place qu’on veut bien leur faire. Et l’auteur parvient à la même conclusion que Gilles Clément, célèbre paysagiste qui signe la préface: «La nature est d’accord pour vivre avec nous si nous sommes d’accord pour vivre avec elle.»

«L’Oasis» de Simon Hureau. Éd. Dargaud, 116 p.