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SociétéL’ivresse racontée par ceux qui l’aiment

Si l’alcool est au cœur de notre culture, confesser son ivrognerie reste tabou. En plein «dry january», nous avons interrogé des buveurs du cru sur leurs pratiques éthyliques.

STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Raconter son ivresse. Suivant l’exemple de Véronique Nahoum-Grappe, première ethnologue à réunir en France des récits de buveurs («La culture de l’ivresse», 1991), nous avons interrogé des Genevoises et Genevois. Ceci en partant d’un constat si évident qu’on l’oublierait: de l’ivresse, d’habitude, on ne parle pas, sinon pour dire qu’on a un problème. Raison pour laquelle les récits qui suivent sont anonymes, bien qu’ils évoquent une pratique répandue.

Dans la société qui est la nôtre, le contrôle du corps et de l’esprit est à ce point valorisé que l’ivresse constitue un relâchement coupable. Ainsi que l’expliquent deux sociologues du boire, Ludovic Gaussot et Nicolas Palierne (interview ci-contre). Ce même souci de contrôle motive le «dry january», mois «sec» d’abstinence post-Fêtes. Cette maîtrise de soi, n’est-ce pas également le fait de déguster du vin en le recrachant? «Les confréries bachiques ont peu à peu été transformées en sociétés œnophiles», résume Gabriel Bender, auteur en 2005 du livre «Ivresse, entre plaisir et discipline». Interrogé sur le sujet, le sociologue suisse nous a répondu sans détour: «La répression de l’ivresse est telle que plus personne n’ose la célébrer.»

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