Dessin, musique et philosophiePajak rejoue la partition du Nietzsche musicien
Le dessinateur-écrivain revient sur la passion musicale du philosophe, fan de Wagner éconduit. Lecture musicale à la Fondation Jan Michalski de Montricher.

Dans son «Nietzsche au piano», Frédéric Pajak arrive à nous faire regretter de savoir les improvisations du philosophe au clavier perdues à jamais.
Dans ce court ouvrage ciselé augmenté de huit illustrations – pour une fois, on peut qualifier ses dessins de tels… – l’auteur du «Manifeste incertain» revient sur un penseur qu’il a déjà souvent abordé, pour ne citer que «L’immense solitude – Avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin» de 1999 ou «Nietzsche et son père» de 2001.

La perspective est cette fois-ci presque exclusivement musicale, une dimension que le philologue fils de pasteur chérissait par-dessus tout et que l’on peut considérer comme une clé d’une partie non négligeable de son œuvre.
Mais, dans cette évocation largement biographique de 90 pages, Pajak ne se lance pas dans de grandes considérations philosophiques, leur préférant le parcours musical de celui qui commence à jouer du piano très jeune – il compose ses premières pièces à l’âge de 14 ans – et s’épanouit dans la chorale du petit village de Röcken.
Wagner: amour et haine
Plus tard, Richard Wagner, figure paternelle et créatrice, le marque profondément, et le récit développe cette relation poignante qui basculera de l’admiration ardente à la détestation absolue, avec un Nietzsche qui répudiera l’art de son aîné pour se jeter dans les bras d’une musique méditerranéenne, avec «Carmen» de Bizet en engouement sans limites.
«L’histoire musicale de Nietzsche est aussi l’histoire d’un amour blessé par la société.»
Car si ses improvisations au piano suscitent l’enthousiasme, ses compositions plus ambitieuses ne s’attirent que des railleries. L’histoire musicale de Nietzsche est aussi l’histoire d’un amour blessé par la société, douleur qui trouve des échos dans l’indifférence de certaines femmes aimées en secret, comme Cosima, épouse de Wagner… Ses «Hymne à l’amitié» et «Hymne à la vie» doivent surtout leur (faible) postérité à ses écrits.
Factuel, rédigé avec un certain détachement, mais habile dans ses enchaînements, ce «Nietzsche au piano» rappelle évidemment la fin pathétique du philosophe, se permettant tout juste un discret pathos pour rappeler par quelles passions il était animé.
Frédéric Pajak, «Nietzsche au piano», Éd. Noir sur Blanc, 90 p.
Lecture musicale par Frédéric Pajak et Mathilde Peskine, je 25 janv. (19h) à la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature de Montricher. www.fondation-janmichalski.com
Une exposition faisant dialoguer les œuvres de Frédéric Pajak et de son père, Jacques Pajak, s’ouvre à la Fondation L’Estrée de Ropraz, le 3 février. www.estree.ch

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