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Chronique économiqueL’inflation comme l’Hydre de Lerne?

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L’analogie, un peu hasardeuse, consistant à comparer l’éternel recommencement de la lutte contre l’inflation avec l’un des douze travaux d’Hercule (tuer l’Hydre de Lerne, ce dragon aux neuf têtes qui repoussaient à double quand on les coupait), n’est pas complètement déplacée si l’on songe au conflit permanent entre maintien de la stabilité des prix et recherche du plein-emploi. Il y a eu certes, dans l’histoire récente, d’assez longues périodes (les années 90 en particulier) quasi dépourvues d’inflation, performances obtenues grâce à des gains de productivité (merci l’informatique) et à une importante immigration de cerveaux bien faits, suppléant au manque de main-d’œuvre qualifiée. Mais ces effets, positifs sur le potentiel de croissance, n’avaient pas vocation à être éternels et se sont peu à peu dissipés, laissant ressurgir l’habituel dilemme inflation/récession.

On s’est d’abord attaqué au premier terme de l’alternative, au moyen de hausses des taux d’intérêt, si marquées que l’économie a basculé dans la récession. Puis on s’est tourné vers le second, en inondant le marché de liquidités, si besoin même en amenant les taux en territoire négatif.

Du coup, l’inflation est repartie, les taux ont repris l’ascenseur, la croissance est retombée… et le renchérissement avec elle. De sorte que, modérément rassuré, on s’est remis à ouvrir la porte à de prudents reculs des taux directeurs –  peut-être, aux dernières nouvelles, à deux quarts de point de pourcentage au lieu d’un seul aux États-Unis, et à un, voire deux également à la BCE. Parcours similaire – parfois anticipé, parfois retardé pour diverses raisons propres au cas helvétique – à la Banque nationale suisse, qui n’évolue pas en vase clos.

Bien qu’en reflux, et à ce titre rassurant, le renchérissement résiduel n’est cependant pas uniforme, et il n’a pas échappé aux vigies que l’inflation de base persiste. Or c’est elle que l’on peine encore à couper, telles les têtes de l’Hydre.

L’ultime moyen d’en venir à bout consisterait à réduire, et si possible éliminer, l’écart entre pénuries sectorielles de main-d’œuvre et persistance du sous-emploi. Car c’est lui qui fait que, sans correctifs, la relance de la croissance rallume inévitablement l’inflation, et inversement que la lutte contre celle-ci ne peut qu’aggraver le chômage. Or ce moyen existe, en tout cas sur le papier. En ciblant mieux les retours en emploi (en clair: en formant de préférence les travailleurs dans les métiers où le manque de personnel est le plus marqué), on freinerait la hausse des salaires qui résulte des pénuries sectorielles, et par ce biais on empêcherait le renchérissement qu’entretient la spirale salaires/prix, sans devoir automatiquement recourir à des politiques monétaires restrictives qui corsètent la demande et freinent par ce biais la conjoncture.

Ce rapport, souvent négligé, entre nature des offres et évolution des demandes d’emploi, est sans doute complètement étranger aux méthodes monétaires, conventionnelles ou non, de lutte contre l’inflation, mais il vaudrait la peine de mieux l’étudier, et surtout de s’en inspirer.

La tâche – sans jeu de mots – paraîtra herculéenne; elle sera surtout de longue haleine, car elle impliquera une transformation profonde des habitudes et des structures de formation professionnelle, sans compter qu’elle restreindrait les libertés de choix individuelles. Mais des incitations financières, mieux ajustées que celles traditionnellement utilisées, pourraient faire le travail sans charge budgétaire supplémentaire.

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