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ÉditorialL’indécente pause vaccinale

Plusieurs Cantons ont suspendu les injections pendant les fêtes de Pâques. Incompréhensible.

Faisons d’abord appel à votre mémoire. Vous vous souvenez de cette histoire d’avions de combat qui ne volaient qu’aux heures de bureau? Bien. Sur le moment, c’était surtout très drôle. Parce que la menace n’était pas franchement perceptible et que les véritables embarrassés étaient ceux qui voulaient dépenser beaucoup d’argent pour acheter des avions. Bref, le problème a été réglé. On vole désormais à toute heure et on aura des nouveaux avions. La menace, par contre, semble toujours planer très loin.

A lire: L’arrêt de la vaccination à Pâques passe mal

Des menaces, parlons-en. Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que, depuis un an, il y a cette petite chose qui nous gâche quand même sacrément la vie? Et qui a emporté 10’000 de nos proches qui avaient encore quelques belles années de vie devant eux? Parlons de ce pays qui, après avoir si bien géré cette première vague, a sombré dans cette cacophonie confédérale pour engendrer, à l’automne, des chiffres plus rouges que rouges et des incidences de décès liés au Covid-19 parmi les plus élevées au monde dans certains cantons.

«C’est insupportable parce qu’à l’heure où les sacrifices consentis ont été et sont encore immenses.»

Et que font-ils ces nombreux Cantons, face à cette menace, au moment de voir leurs concitoyens partir s’étouffer au Tessin ou dans les Alpes pour le week-end pascal? Ils se disent que les vaccinations, après tout, peuvent attendre mardi, au retour des heures de bureau. Quatre petits jours de plus ou de moins, pas de quoi fouetter un microbe. Sur le fond, c’est vrai. Mais quitte à passer pour un enfant gâté face à ce miracle pharmacologique que le monde est en train d’accomplir, on a vraiment de la peine à se tordre de rire devant tant de nonchalance. Les communications par fax pouvaient valoir une blague entre le fromage et le dessert. Là, c’est insupportable.

C’est insupportable parce qu’à l’heure où les sacrifices consentis ont été et sont encore immenses, où l’occupation du terrain par les complotistes fragilise la sortie de crise, où les cas remontent partout autour de nous, on renvoie le symbole d’une administration incapable de saisir l’urgence de la situation. Et au bout d’un an de calvaire, ce n’est pas qu’elle toussote, c’est qu’elle a carrément de la fièvre.

84 commentaires
    Garfield-63

    Ainsi, pour Julien Wicky, les petites mains qui s'occupent de vacciner les partisans du monde d'avant, qui n'ont pour seul souci du lendemain que de reprendre leur frénésie de voyages, devraient continuer à trimer sans la moindre reconnaissance et le moindre congé, alors que les privilégiés auraient droit aux congés libres de tout mouvement grâce au sésame du Saint Vaccin?

    On touche là au côté le plus sordide de cette société qui veut qu'une poignée de privilégiés ne soit jamais impactée par le moindre petit problème, et qu'une majorité de la plèbe soit là pour les servir, encore et toujours, de préférence sans congé et avec un salaire frisant l'indigence.