AboLigue des NationsAvec ou sans la VAR, la Suisse craque
L’Espagne s’impose 4-1, en jouant à dix dès la 24e minute. L’assistance vidéo fait parler. Sans être une excuse cette fois.

Puisqu’il faut le dire dans la langue de Molière, la VAR a toujours quelque chose de théâtral. Logique. Mais si Harpagon s’accroche acte après acte à sa cassette pleine d’or, l’assistance vidéo pour les arbitres n’est pas… avare de rebondissements, elle non plus.
La Suisse l’éprouve depuis le début de la Ligue des nations. Au Danemark, jeudi soir, la technologie a sanctionné injustement Nico Elvedi d’un carton rouge, oubliant une faute préalable de son adversaire. Précipitant la défaite helvétique et l’expulsion de Xhaka dans la foulée. À Genève contre l’Espagne, elle a été mobilisée plusieurs fois, sans influencer cette fois l’issue de la rencontre, cette lourde défaite 4-1.
Les séquences vidéo qui accompagnent le football de ces dernières années disent le changement. La VAR a ses supporters et ses détracteurs, mais il faut rappeler l’essentiel: elle existe pour minimiser les erreurs arbitrales et, dans l’immense majorité des cas, elle y parvient sans le moindre problème. Sauf à considérer qu’un hors-jeu de 4 centimètres vaut moins qu’un hors-jeu de 2 mètres, par exemple.
À Genève, c’est à la 4e minute que l’écran signifiant un check de la VAR s’est allumé. Après la tête de Joselu, le ballon avait-il entièrement franchi la ligne avant que Kobel ne le repousse? En Ligue des nations, pas de «Goal Line Technology», cette numérisation qui dit instantanément si c’est le cas, comme en Ligue des champions.
Un but validé
Les préposés à la VAR ont donc simplement regardé si les images contredisaient de manière nette la décision de l’arbitre et de son juge de ligne, qui avaient validé le but. Réponse: non. Le but a été validé.
À la 7e minute, la Suisse a égalisé par Omeragic. Enfin, elle le pensait. La VAR à nouveau mobilisée. Au début de l’action, une main claire de Freuler. Frustration, bien sûr. Mais il y avait bien une faute évidente du Suisse au début de l’action. La VAR a corrigé l’oubli, c’est son rôle quand il y a un but, qui aurait, sinon, injustement compté.
L’écran clignote des trois lettres à la 20e minute à nouveau. Embolo filait seul au but quand Le Normand va à la faute: rouge direct signifié à l’Espagnol par l’arbitre. Mais une vérification, donc: Breel Embolo était-il hors-jeu au moment de la passe d’Akanji? La VAR vérifie: c’est non, l’expulsion est confirmée, l’Espagne joue à dix dès la 24e minute.
Morale ou esprit?
Il y aura sept minutes d’arrêts de jeu en première période pour toutes ces interruptions. Certains considèrent que le recours à la VAR hache le spectacle, sacrifie les émotions en les suspendant dans le temps à la décision technologique. C’est vrai. Et qu’elle se trompe, cette VAR, comme au Danemark pour Elvedi. C’est vrai aussi. Mais on peut aussi considérer que ces quelques minutes perdues servent la morale et que l’émotion suspendue est moins importante que la justesse de celle-ci.
À l’avenir, la technologie va envelopper davantage encore le football. On peut le déplorer ou pas, mais c’est ainsi. Ballons avec puces électroniques: quand Vargas a botté son corner, qui allait trouver la tête d’Amdouni pour le 2-2, une sonnerie aurait alerté l’arbitre, plutôt que le juge de touche pour invalider la réussite. Il y aura d’autres aides, plus ou moins heureuses. Le football vivra avec, il n’a pas le choix, il n’y aura pas de retour en arrière.
La Suisse dernière
Il faut se faire une raison et celle de la Suisse vacille par-delà l’existence de la VAR. À Genève, en dépit des séquences intéressantes, d’une domination logique face au champion d’Europe après l’expulsion de Le Normand dès la 24e minute, une lourde défaite 4-1. Deux buts encaissés à onze contre onze, deux de plus à onze contre dix. La VAR n’y est pour rien, mais le rendu est fâcheux.
Après deux matches, la Suisse est dernière de son groupe avec deux défaites. Déjà très loin de figurer à l’une des deux premières places, en vue du tirage au sort des qualifications pour le Mondial 2026. Des espoirs nés lors de l’Euro, presque inattendus avant la compétition allemande, il reste une envie, parfois, peut-être, mais rien de plus. L’état de grâce semble s’être envolé.
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