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Un troisième disque doux-amerLianne La Havas revient à ses premières amours

La chanteuse londonienne a dévoilé vendredi un nouvel album empli de douceur, de mélodies soul-folk et d’harmonies jazz. Mais elle a tendance à se répéter.

Lianne La Havas a présenté son troisième disque, «Lianne La Havas», mercredi à Londres via un concert retransmis en live sur YouTube.
Lianne La Havas a présenté son troisième disque, «Lianne La Havas», mercredi à Londres via un concert retransmis en live sur YouTube.
Hollie Fernando

Seule avec sa guitare, elle s’avance près du micro. Pull en laine coloré, dreadlocks jetées en arrière, elle joue ses premiers accords feutrés teintés de jazz puis pose sa voix douce avant de faire éclore la soul de son vibrato si particulier. Frissons… derrière l’écran. Mercredi à Londres, Lianne La Havas jouait non pas pour un public en chair et en os mais bien devant une caméra. Retransmis en direct sur YouTube à tous ceux qui avaient acheté leur billet, le concert Covid-compatible visait à dévoiler au monde entier le nouvel album de la chanteuse, disponible depuis vendredi.

Intitulé sobrement «Lianne La Havas», ce troisième disque est le premier depuis cinq ans et l’excellent «Blood». Cette pépite soul-jazz à l’instrumentation léchée confirmait alors toute l’étendue du talent de compositrice et les possibilités vocales de celle qui avait bluffé Prince à ses débuts, en 2012. Si bien que le Kid de Minneapolis l’avait prise sous son aile pour de multiples collaborations, en studio comme sur scène.

Recyclage d’accords jazz

C’est aux premières amours de cette Britannique, née d’une mère jamaïcaine et d’un père grec, et à l’album «Is Your Love Big Enough?» que s’apparente davantage ce nouvel opus. Un retour aux sources, à des mélodies douces-amères comme le suggère le premier titre «Bittersweet», et plus proche des ballades mélancoliques guitare-voix de ses débuts, à l’image de l’envoûtant «Green Papaya».

La pochette de l’album «Lianne La Havas», troisième disque de la chanteuse
La pochette de l’album «Lianne La Havas», troisième disque de la chanteuse
WMG

Ce n’est pas un hasard si la Londonienne a choisi la performance solo ce mercredi soir, commençant d’ailleurs ce vernissage par trois morceaux intimistes issus de son premier disque, loin des tubes plus pop de «Blood». De ce retour en arrière – aussi réjouissant soit-il –, ce troisième album souffre néanmoins d’une forme de recyclage de ses accords jazzy joués en arpèges avec effet réverbe. Et d’une répétition au sein même du projet – les singles «Bittersweet» et «Paper Thin» suivent parfois les mêmes enchaînements harmoniques.

Une reprise de Radiohead

Mais Lianne La Havas, qui pilote pour la première fois la production de cette galette, garde toujours cette fragilité dans la voix. Cette capacité à capter l’essence de la soul lorsqu’elle chante la douleur d’une rupture amoureuse (la bouleversante «Courage») ou à enrichir ses mélodies pop de notes bleues et d’un groove imparable («Can’t Fight»).

Toujours dans sa zone de confort, la trentenaire reprend «Weird Fishes», l’un des plus beaux titres méconnus de Radiohead, qu’elle avait déjà pour habitude de jouer sur scène il y a de ça huit ans. On dira qu’elle y est finalement immortalisée en studio, et réinterprétée ici avec brio. L’émouvante et lumineuse «Sour Flower», qui conclut ce disque en cri du cœur, appelle à une renaissance après la rupture. Comme si, dans la tourmente, le besoin nostalgique du retour en arrière était un passage obligé pour mieux prendre un nouvel envol.

«Lianne La Havas»
Lianne La Havas
Warner