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Planète RéseauxL’hyperlocal ou le renouveau communautaire

Philippe Amez-Droz, chargé de cours Medialab UNIGE.
Philippe Amez-Droz, chargé de cours Medialab UNIGE.
Olivier Vogelsang

La crise du Covid-19 aura révélé limportance de la solidarité intergénérationnelle, de léchange dinformation à travers les plateformes communautaires, à commencer par les réseaux sociaux, mais aussi au moyen des nouveaux outils de télétravail. Linformation locale et régionale na pas échappé à ce phénomène: lintérêt général et le bien commun – santé publique, assistance et nouveaux comportements sociaux – ont été projetés comme des valeurs de référence profondément attachées à la communauté de proximité.

L’étude que la chercheuse Anne Schulz a mise en ligne sur le site de l’Institut Reuters (Digital News Report, 23 mai 2020) dévoile l’importance que les populations de 40 pays accordent à l’information locale. La Suisse se classe dans la moyenne, avec 48% de personnes interrogées se déclarant «extrêmement intéressées par l’information locale». Celle-ci pouvant être de presse écrite, imprimée ou en ligne, de télévision et de radio locales. Ce taux est supérieur à celui de la France (31%) ou à la Grande-Bretagne (31%), deux pays au pouvoir centralisé, mais inférieur à celui de l’Allemagne (54%). Des résultats à nuancer, comme le précise l’auteure (le Brésil vient ainsi en tête du classement avec 73%).

L’enquête souligne aussi l’importance de la compétition entre contenus de production journalistique et contenus échangés sur les réseaux sociaux. Or, comme le relève une autre étude récente du Centre de Recherche sur le Journalisme et les Médias, PEW (29 juin 2020), les Américains qui sont assidus à l’information sur les réseaux sociaux sont plus enclins à croire au complotisme même si 64% d’entre eux, selon l’étude, sont confiants dans la véracité des News sur le Covid diffusées par le Center for Disease Control (CDC), davantage que dans celles issues de l’administration Trump.

L’intérêt de ces enquêtes porte sur la qualité de l’information, le rôle des médias traditionnels, et celui du journalisme local en particulier, confrontés aux énormes flux de contenus parfois douteux – les fake news – qui inondent internet. Le fait rassurant est l’existence même de ces communautés en ligne qui s’identifient, se reconnaissent, se valident par le bouche-à-oreille ou, si vous préférez, par posts échangés. Les communautés hyperlocales participent ainsi à la citoyenneté, en mode digital, en complément du rôle journalistique classique, fragilisé à première vue par cette concurrence. Dans les faits, les médias locaux devraient y puiser les sources de leur renouveau, en termes d’audiences rajeunies et de nouveaux modèles d’affaires. Les médias locaux et régionaux, lus ou suivis avec assiduité durant la crise du Covid, ont relayé les craintes de ces communautés citoyennes, en leur offrant contexte, éclaircissements, précisions et informations choisies pour expliquer avec soin les décisions des autorités sanitaires et politiques. Cette complémentarité des rôles doit être étudiée car elle vient tempérer une crainte émise par des experts des technologies digitales et de l’intelligence artificielle affirmant, dans une autre étude de PEW publiée en février 2020, pour près de la moitié d’entre eux, que la disruption numérique va affaiblir les États démocratiques d’ici à 2030. Ce scénario pessimiste lié à l’exploitation des données personnelles (le big data) à des fins commerciales ou de propagande serait-il celui d’un monde d’avant le Covid, moins solidaire et moins responsable? L’avenir nous le dira bien assez vite.