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RencontreL’homme-chevreuil, sept ans de vie au fond des bois

Geoffroy Delorme a vécu seul en forêt, partageant le quotidien des chevreuils jusqu’à se faire adopter. Un livre étonnant raconte son expérience, posant un regard aussi inquiet qu’exalté sur notre rapport avec la nature sauvage.

Geoffroy Delorme, alias l’homme-chevreuil, dans la forêt domaniale de Bord-Louviers, là ou l’Eure croise la Seine dans l’est de la Normandie.
Geoffroy Delorme, alias l’homme-chevreuil, dans la forêt domaniale de Bord-Louviers, là ou l’Eure croise la Seine dans l’est de la Normandie.
GEOFFROY DELORME

Geoffroy Delorme n’est pas fou. Quand bien même son expérience relève sans doute de l’insensé. Seul pendant sept ans au fond d’une forêt normande, le jeune homme a partagé son quotidien avec les chevreuils. Dormir sous les arbres, chercher sa nourriture, ne pas mourir de froid. Geoffroy Delorme a tout vécu, de la naissance d’un faon à la mort de ses congénères. De la tristesse et de la joie. Onze ans plus tard, un livre paraît, qui narre cette fugue, «L’Homme chevreuil. Sept ans de vie sauvage», aux Éditions Les Arènes.

Geoffroy Delorme avait 16 ans quand tout a commencé. Des années plus tôt, on l’avait sorti de l’école pour suivre une scolarité à domicile. Un enfant en chambre, tout ce qu’il ne souhaitait pas. Lire tous ces livres? Que de belles choses, en effet. Mais que faire de sa solitude, sinon s’échapper, sinon partir en exploration. La présence d’un père féru de botanique aura-t-elle aidé à trouver la piste à suivre? Jardin, haie, bosquet: l’enfant s’en va toujours plus loin. Jusqu’à ce jour précieux, unique en son genre. Devenu adolescent, il traverse définitivement la barrière menant aux bois. La forêt domaniale de Bord-Louviers n’a rien d’un sanctuaire sylvestre. On entend les tronçonneuses, on voit passer les joggeurs. Cinq kilomètres, c’est la distance qui le sépare de la maison parentale. Qu’il ne fréquentera plus qu’à de rares occasions, lorsque l’hiver devient trop pénible, lorsque le corps vient à flancher. Mais l’homme chevreuil est bien décidé. Sept ans durant, il ne quittera plus son territoire, se mêlant aux chevreuils, ses «amis», sa «famille», qu’il approche en douceur avant d’être adopté par la troupe des graciles ongulés.

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