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La Une | Dimanche 25 août 2019 | Dernière mise à jour 17:08

La mammographie doit rester un choix

Cancer du seinOn peut s'offusquer du récent rapport de Swiss Medical Board qui questionne l'utilité du dépistage systématique du cancer du sein. Mais il a le mérite de rappeler que se soumettre à la mammographie reste un choix.

Un médecin analyse la mammographie qu'il a effectuée.

Un médecin analyse la mammographie qu'il a effectuée. Image: Keystone

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Le rapport sur les mammographies remboursées du Swiss Medical Board (SMB), rendu public début février, a soulevé un tollé. De quel droit ose-t-on remettre en question un progrès acquis de haute lutte et entré dans les habitudes de nombreuses femmes de plus de 50 ans en Suisse?

Certes, ce rapport comporte bien des défauts. D’abord la démarche: le SMB s’est livré à un calcul coûts-bénéfices en soi discutable. Il a mis en balance les dépenses pour les programmes de dépistages avec les inconvénients et les bénéfices qui en découlent, c’est-à-dire la qualité et les années de vie gagnées pour les femmes qui s’y soumettent.

Résultat: pour une à deux vies sauvées sur mille femmes soumises à un programme de dépistage, une centaine de femmes saines recevraient un résultat faussement alarmant. En conclusion, dit le rapport, le dépistage organisé ne vaut pas son coût. La Ligue suisse contre le cancer, qui conteste vertement la méthode de calcul utilisée, a soumis le rapport suisse à un groupe d’experts indépendant aux Pays-Bas.

Politiquement maladroit

Cette étude est également politiquement maladroite. En recommandant aux cantons qui ont introduit des programmes de dépistage de les abandonner et à ceux qui n’en ont pas encore de ne pas les organiser, le groupe d’experts médical dépasse largement sa compétence scientifique. Il n’est pas étonnant que les cantons romands, pionniers dans ce domaine, aient très mal réagi.

La pilule a d’autant moins bien passé que le groupe d’experts chargé du rapport est essentiellement zurichois, un canton historiquement réfractaire à l’introduction des programmes de dépistage pour toutes.

Mais ce rapport tant décrié a aussi du bon. Il rappelle très clairement que chaque femme a le droit de refuser la mammographie organisée. Les citoyennes doivent prendre leur décision en connaissance des risques que la démarche encourt.

Risque de faux diagnostics

Et risques, il y a: les faux diagnostics peuvent être très traumatisants (les effets psychiques peuvent être ressentis jusqu’à cinq ans après selon le CHUV) ; la mammographie ne met pas à l’abri d’un cancer d’intervalle : six mois après l’examen, une tumeur peut apparaître et passer entre les maille du filet. Et enfin, traiter une grosseur qui ne bouge pas et qui n’aurait pas été détectée sans mammographie n’est pas indiqué.

Le rapport du SMB ne parle pas du diagnostique opportuniste (sur demande chez son gynécologue), plus cher, souvent complémentaire, mais parfois plus adapté. La pression est telle sur les femmes d’ici qu’elles finissent par culpabiliser si elles ne passent pas tous les deux ans par un programme de dépistage. Un peu comme les jeunes mamans culpabilisent de ne pas allaiter quand tout dans leur entourage les y contraint. Plus une campagne est fortement martelée, plus il est difficile de garder son libre arbitre, surtout quand il s’agit de la santé.

La réaction de l’Office fédéral de la santé publique au rapport du Swiss Medical Board s’est fait attendre quelques jours, mais est en cela assez exemplaire. L’OFSP maintient son soutien aux programmes de dépistages systématiques du cancer du sein, mais encourage l’amélioration de leur qualité.

Le dépistage est une stratégie nationale, tant mieux. Mais il reste plus que jamais un choix individuel.

Curieuse de tout, prête à en rire ou à en pleurer, Christine Salvadé est devenue journaliste par le cœur plus que par la raison. Elle travaille au Matin Dimanche depuis trois ans. Née dans le Jura, elle a effectué son stage au quotidien Le Pays à Porrentruy. Après avoir obtenu une licence en Lettres aux Universités de Lausanne et Neuchâtel, elle a fait partie de l’équipe rédactionnelle du Nouveau Quotidien, où elle dirigeait la rubrique culturelle. Au journal Le Temps, elle a successivement occupé les postes de journaliste politique, pigiste à Londres, journaliste société, responsable de la rubrique culturelle et rédactrice en chef adjointe chargée du site www.letemps.ch. Elle est maman de deux ados.

Créé: 17.02.2014, 14h54

Le rapport de Swiss Medical Board est daté du 15 décembre 2013 mais a été rendu public début février 2014. (Image: DR)

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