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La Une | Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 10:39

Comment parle le genre : épisode 1

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Le genre ce n’est pas une grande théorie abstraite comme le prétendent certain-e-s de ses détracteurs.

Il se construit jour après jour dans nos gestes et nos paroles les plus anodines et les plus quotidiennes. Il y a quelques années je m’étais «amusée» à noter ces petits mots, ces commentaires ou ces images qui constituent ce que l’on appelle «le genre»: des représentations des femmes et des hommes ainsi que du masculin et du féminin qui circulent dans la culture à l’insu de notre plein gré*.

Le genre est donc un savoir partagé, mais souvent implicite, sur ce que sont les femmes et des hommes, leurs rôles dans la société, leurs désirs, leurs devoirs ou leurs aspirations etc… Je m’étais dit qu’une fois ou l’autre j’aurais utilisé ces exemples: cet espace des Quotidiennes me semble un lieu idéal pour essayer de vous montrer «comment parle le genre».

Femmes dans les métiers d’hommes

L’émission de la RTS «Mise au point» en 2004, proposait un reportage sur une jeune femme qui pratique le métier de bodyguard. Après quelques explications sur le contenu de cette profession, le journaliste lui pose cette question: «est-ce qu’on peut avoir une vie de femme quand on est garde du corps?». Qu'est-ce que cela peut bien vouloir signifier «une vie de femme»?

La jeune femme aurait pu demander des précisions: mais non, elle a de suite répondu en expliquant comment son métier d’homme influençait ses rapports amoureux avec les hommes. En fait une «vie de femme» veut dire tout ce qui est de l’amour, de l’affect, de la sexualité. Le genre est donc cet accord tacite qui fait que les deux interlocuteurs se comprennent sur la signification commune de ce que «une vie de femme» veut dire, sans même en discuter, sans préciser.

Une vie de femme, une vie d’homme

Il paraît évident qu’on n’aurait jamais posé cette question à un homme dont le métier est bodyguard : comment ce métier influence-t-il votre vie d’homme?

Car une vie d’homme ne se résume pas à la vie amoureuse mais est, bien entendu, plus complexe. Peut-être on aurait pu lui demander comment ce métier influence votre vie de famille (même si on le demande très rarement aux hommes) et là il aurait parlé des horaires irréguliers, des risques pris, par exemple.

Les maux (mots) des femmes

Parmi les difficultés du métier que la femme bodyguard énumère, il y a aussi ce qui relève d’une particularité féminine qu’elle se sent légitimée à signaler: «j’ai mes maux de ventre ou mes maux de reins» et je dois quand même assurer. Ici encore le genre se manifeste: un homme aurait-il indiqué que de temps en temps il avait mal au dos ou la migraine?

Jamais, car le corps de l’homme n’est pas défaillant (ou plutôt ses défaillances ne s'étalent pas publiquement) alors que celui des femmes a été très longtemps (et visiblement encore aujourd’hui) considéré comme trop faible et accablée de maux mensuels qui l’empêchent de faire ce que les hommes font.

Une femme avec un métier d’homme est encore et toujours dans un entre-deux, entre homme et femme. Pour cela elle doit donner des gages récurrent de sa féminité ; elle doit montrer, par ses réponses et par l’implicite entre elle et le journaliste, qu’elle reste une femme. En fin d’interview elle place donc une phrase qui permet de rassurer les téléspectateurs: «lorsque je suis amoureuse je deviens une nana».

Vous l’aurez compris, c’est l’amour pour un homme qui nous rend vraiment femmes: ouf... on est rassurées, tout change pour que rien ne change.

«Je ne suis qu’une femme, une femme, une femme avec toi»; Michèle Torr

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* Comme dirait la marionnette de Richard Virenque. (nxp)

Créé: 29.12.2013, 16h52

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