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Jardins botaniques«Les plantes invasives sont des opportunistes»

François Felber, directeur du Jardin botanique cantonal à Lausanne, met en lumière les impacts des plantes néophytes envahissantes. Interview.

François Felber, directeur du jardin botanique cantonal de Lausanne.
François Felber, directeur du jardin botanique cantonal de Lausanne.
FLORIAN CELLA

Dans le cadre du projet national BOTANICA, l’exposition «Néophytes envahissantes – influence du changement climatique» présente 22 espèces dans 22 jardins botaniques en Suisse. Explications avec François Felber, directeur du Jardin botanique cantonal à Lausanne, et membre du comité d’organisation.

Peut-on voir ces espèces indésirables dans les jardins botaniques?

Non, à part quelques exemplaires qui posent problème dans d’autres régions du monde, elles sont présentées sur des panneaux. Plusieurs animations et excursions étaient prévues; elles sont repoussées à l’an prochain.

L’homme est-il toujours responsable de l’introduction de ces espèces?

Indirectement oui. L’ambroisie n’a jamais été cultivée ici, mais ses graines se sont retrouvées mélangées à des graines de tournesol, qui lui ressemblent. D’autres, comme la renouée, l’ailante, le laurier-cerise ou le buddléia ont été introduites dans les jardins pour leur qualité ornementale. Certaines espèces se sont même échappées de jardins botaniques!

Ces «invasions» ont-elles pu provoquer de véritables catastrophes?

Elles n’ont peut-être pas conduit à la disparition d’espèces au niveau mondial, mais cela peut avoir de graves conséquences localement, en modifiant totalement les milieux. Les dommages causés sont de type sanitaire (allergies), économique (perte de rendement) ou écologique (perte de biodiversité).

Pourquoi ces plantes deviennent-elles envahissantes?

Les invasives sont des opportunistes. Leur joker, c’est qu’elles n’ont pas d’ennemi naturel dans le nouveau milieu où elles arrivent. Et elles en profitent à fond, jusqu’à réduire la biodiversité à une espèce. L’augmentation des températures favorise la dissémination d’espèces exotiques qui survivent à la saison froide.

Certains biologistes estiment que si une plante s’installe, c’est que la niche écologique était libre. Ne faudrait-il pas laisser faire la nature?

Cela pose problème quand l’espèce change l’environnement à long terme. Nous avons une responsabilité: préserver la biodiversité locale, conserver et transmettre le patrimoine naturel. Je ne suis pas favorable à la banalisation des écosystèmes, qui auront moins de facilités à s’adapter aux changements climatiques. La biodiversité est aussi une formidable ressource naturelle et génétique. On ne sait pas quelle espèce aura une utilité économique à l’avenir.

BOTANICA dans le canton de Vaud:
Aubonne: Arboretum. Lausanne: Jardin botanique. Pont-de-Nant: Jardin alpin.
www.botanica-suisse.org