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Folle journée sur les marchésRéveillée par Trump, la finance revient sur Biden

Acquis à l’idée d’une vague démocrate jusqu’à mardi soir, les milieux financiers ont eux aussi été pris à revers par le scrutin.

Retransmission d’un discours du président américain dans un restaurant de Shanghaï, ce mardi à la mi-journée.
Retransmission d’un discours du président américain dans un restaurant de Shanghaï, ce mardi à la mi-journée.
KEYSTONE

Les milieux financiers, comme les bookmakers, ont passé la journée de mercredi à réajuster leur pari, après que lavalanche démocrate esquissée par les sondages eût été démentie la veille au soir. Après avoir envisagé au petit matin un remake de la victoire in extremis de Donald Trump en 2016, des millions d’opérateurs se sont adaptés, au fil des fuseaux horaires, à un autre scénario tout au long de cette folle journée de mercredi.

Une option qui, en réalité, ne modifie pas fondamentalement la donne, à leurs yeux du moins: celle dune courte victoire dun Joe Biden forcé de composer avec un Sénat républicain. Les investisseurs se sont ainsi adaptés au décompte des voix qui, à partir du milieu de la journée, créditait le président Trump de 213 grands électeurs tandis que son rival démocrate, Joe Biden, s’en voyait assurer 238. Il leur faut en réunir au moins 270 pour s’assurer le chemin de la Maison-Blanche.

Trump crée l’onde de choc

Les commentaires du président sortant – il était 8 h 30 à Genève – ont commencé par provoquer une onde de choc. «Honnêtement, nous avons gagné l’élection», a brandi Donald Trump, sans qu’aucun décompte réalisé par les grandes agences de presse américaines ne confirme cette affirmation. En un tweet, le consensus pariant sur une victoire démocrate, auquel s’étaient ralliés les milieux financiers, paraît alors balayé.

«Nous pouvons nous attendre à ce que M. Trump conteste les votes par correspondance au niveau des États et même devant la Cour suprême, ce qui ferait entrer le pays dans une période d’incertitude qui pourrait durer des semaines», prévient alors Adrien Pichoud, économiste de la Banque Syz.

«Mardi soir encore, Wall Street saluait une victoire probable de Joe Biden.»

John Plassard, Mirabaud & Cie

«Alors que les indices boursiers américains ont salué mardi soir une victoire probable de Joe Biden et potentiellement une vague bleue, la tendance s’est inversée sur les futures durant la nuit», réagit au petit matin John Plassard, directeur adjoint au sein de Mirabaud & Cie. La Bourse des sociétés technologiques Nasdaq «a même été temporairement arrêtée en raison de sa [trop forte] hausse», prévient ce dernier.

Volte-face en direction de Biden

Une fois la surprise passée, l’analyse de la situation au long de ce 4 novembre éreintant n’aura pas vraiment inversé la tendance de la Bourse. Et ce en dépit de signaux opposés – favorable à Joe Biden – remontant des bureaux de vote du Michigan et du Wisconsin, autres États charnières, cruciaux pour le résultat.

«En réalité, les opérateurs savent qu’un président démocrate devra de toute façon composer avec un Sénat républicain durant au moins la moitié de son mandat, rendant ainsi difficile la mise en œuvre de sa promesse de rehausser de 21 à 28% le taux d’imposition des entreprises», décryptait le spécialiste des marchés américains de Mirabaud en fin d’après-midi.

Ne pas oublier le Sénat

Les marchés s’appuient sur les faits tangibles. Or ils savent que, quel que soit le gagnant, «il est certain que le blocage constitutionnel va perdurer, avec un Sénat probablement républicain, et un Congrès démocrate, forçant de nouveau à une cohabitation», résume Franck Dixmier, responsable de placements obligataires chez Allianz Global Investors.

«Du fait de la cohabitation avec un Sénat républicain, le plan de relance pourrait ne pas être aussi massif que prévu.»

Franck Dixmier, Allianz Global Investors

S’il leur paraît certain qu’un plan de relance massif de l’activité du pays sera déployé par Washington face à la pandémie du Covid-19, «du fait de cette cohabitation, il ne pourra être aussi massif que prévu, même si Joe Biden est élu», poursuit le financier.

De façon plus anecdotique, des ajustements similaires ont été observés toute la journée sur les sites de pari comme BetFair. Les joueurs avaient pourtant inversé la tendance, hier soir vers 22 heures, lorsque les premiers bookmakers ont parié sur Donald Trump. Au point que mercredi matin 77% des parieurs donnaient Donald Trump gagnant, contre 23% jouant Joe Biden. Dans la soirée, la mise avait de nouveau totalement basculé à… 84% en faveur de Biden.

La Fed capte tous les regards

Sur les salles de marchés, les courtiers n’avaient pas uniquement les yeux rivés sur l’écran CNN où tournent en boucle les estimations du nombre de grands électeurs acquis à chaque candidat.

Les milieux financiers ont rendez-vous jeudi avec un autre événement, rappelle le spécialiste de Mirabaud: la possible annonce d’un plan de soutien massif de l’activité par la Réserve fédérale – s’ajoutant à celui du gouvernement – alors que la deuxième vague de Covid-19 frappe le pays. Une augmentation des injections d’argent frais dans la machine économique – elles ont déjà atteint 3000 milliards de dollars depuis le début de la pandémie – et surtout un éventuel rachat d’actions en Bourse par la banque centrale qui vaudraient tous les résultats électoraux du monde aux yeux des investisseurs.

8 commentaires
    Hari__Seldon

    Les pronostiqueurs financiers s'avèrent aussi doués que les instituts de sondage.