Passer au contenu principal

La rédactionLes migrants, victimes invisibles du Covid-19

Plus de temps à perdre. Après trois mois d’arrêt pour cause de pandémie, l’Ocean Viking, le navire humanitaire affrété par l’ONG SOS Méditerranée, a pu reprendre la mer lundi. Trois jours plus tard, les équipes de sauvetage étaient déjà à pied d’œuvre. Cinquante et une personnes ont été sauvées des eaux ce jeudi au large de l’île italienne de Lampedusa.

Le confinement de l’Europe, la fermeture des frontières et la décision prise par l’Italie et Malte de verrouiller leurs ports, début avril, en raison de l’urgence sanitaire, ont stoppé net l’assistance aux personnes en détresse. Mais de l’autre côté de la Méditerranée, la peur du virus et l’absence de navires humanitaires n’ont pas dissuadé les gens de fuir. Au contraire. Des centaines de personnes quittant les côtes nord-africaines à bord d’embarcations de fortune ont été signalées ces dernières semaines.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), les départs des côtes libyennes ont augmenté de 290% entre janvier et avril comparé à la même période l’an dernier, et de 156% au départ de la Tunisie. Mais seules 7000 personnes ont atteint les rives européennes. Que sont devenues les autres?

«Les départs des côtes libyennes ont triplé entre janvier et avril comparé à la même période en 2019»

Plus de 3800 personnes ont été interceptées par les gardes-côtes et renvoyées de force dans l’enfer libyen, selon l’ONU. Et ce alors que le gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale, a déclaré que ses propres ports n’étaient pas sûrs en raison des bombardements. Pour ce qui est du décompte macabre, le HCR annonce 186 morts depuis le début de l’année, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 269.

Des chiffres très en deçà de la réalité qui ne comprennent pas les naufrages «invisibles», reconnaissent les agences onusiennes. Sans témoins, impossible de connaître le nombre exact d’embarcations disparues. Durant cette période, les tragédies se sont déroulées en silence et à l’abri des regards.

Corps repêchés

Le 11 juin, 52 corps ont été retrouvés au large de la Tunisie, des migrants originaires d’Afrique subsaharienne qui faisaient route clandestinement vers l’Italie. Dix autres corps, dont celui d’un bébé, étaient encore repêchés trois jours plus tard. Dans la ville côtière de Sfax, où les autorités avaient déjà dû inhumer des dizaines de migrants morts dans les mêmes circonstances en 2018, le cimetière affiche complet.

Après le Sea-Watch 3, de l’ONG allemande du même nom, et le Mare Jonio de l’organisation italienne Mediterranea Saving Humans, qui ont annoncé dimanche avoir secouru respectivement 211 et 67 naufragés, l’Ocean Viking est le troisième navire humanitaire à avoir repris ses missions de recherche et de sauvetage dans la zone depuis la réouverture des frontières européennes.

Reste maintenant à remettre la machine en route à Bruxelles. La pandémie a laissé le mécanisme de répartition des personnes secourues en mer, esquissé à La Valette en septembre dernier, au point mort. Il est temps de passer la première. Et vite.