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Adaptation d’un manga
«Les gouttes de Dieu» se consomme sans modération

Clémence et Tomise, magistrale interprétation de l’actrice française Fleure Geffrier et d’une pop star japonaise, Tomohisa Yamashita. Avant de jouer «Les gouttes de Dieu», l’un et l’autre ont étudié les rites de l’œnologie pendant une quarantaine d’heures…
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Jusqu’aux «Gouttes de Dieu», adaptation d’un manga lui aussi exceptionnel, le vin n’avait guère inspiré les auteurs de séries. Symbole social hyperprésent dans les films français selon une étude du Dr Foued Cheriet, maître de conférences à Montpellier SupAgro, le divin breuvage a en définitive généré peu de classiques. Et pour l’œil pétillant de Louis de Funès détectant dans «L’aile ou la cuisse» un Léoville Las Cases juste en matant son verre, combien de piquettes éclusées?

Aux États-Unis, jusqu’aux litres de Chardonnay ingérés par Bree Van de Kamp, beaucoup de «Desperate Housewives» et autres «Drôles de dames» se seront lentement émancipées à travers la divine picole. Mais là aussi, l’art du vin se décrépit sous les clichés. Voir dans «Emily in Paris» la production du Château de Sonnay se vendre comme des barils de soda, coucher de soleil sur les froufroutants vignobles à l’appui. À la manière de la gastronomie exportée dans des séries romantiques, du «Goût du vin» et autre «The Bear», l’œnologie se résume à prendre un air constipé en reniflant l’air, puis à cracher avec conviction. Aucune de ces bêtises dans «Les gouttes de dieu».

Vécu comme un duel œnologique, «Les gouttes de Dieu» ne manque pas de faire des incartades dans le choc des cultures nippone et occidentale.

La série tournée entre Châteauneuf-du-Pape et Tokyo, coproduite par Hulu Japan, France 2 et Apple TV, se focalise sur l’essence du vin. Dérivée du manga, l’intrigue présente l’aboutissement d’une vie, celle d’un vigneron qui a tout sacrifié à sa collection de bouteilles rares. Cet Alexandre Léger parle de ses crus comme d’entités surhumaines qu’il suffit d’effleurer pour en envisager les irradiations cosmiques. Un Montrachet 2000 dans le volume 18 des «Gouttes de Dieu» lui inspire «une émotion englobant tout, peur, désespoir, peine…» Et c’est une épreuve, conclut-il.

Entre cruauté et raffinement, ce misanthrope met son héritage de 145 millions de dollars au concours entre sa fille naturelle française, Camille, et son élève japonais, Tomine. Sa dernière volonté? À l’aveugle et en trois manches – douze dans le manga de 44 volumes – il leur faudra identifier des crus choisis par le défunt. Premier débat, l’inné ou l’acquis l’emportera-t-il? Le match se nuance aussitôt de paramètres physiologiques.

Allergique à l’alcool, Camille «comprend» le vin essentiellement par l’odorat, son nez étant mieux équipé en capteurs que le commun des mortels. Tout ensuite s’enregistre dans les petits tiroirs de la mémoire.

Camille, suite à un traumatisme lié à son enfance dans les chais paternels, est devenu allergique à l’alcool. Bien qu’au bénéfice d’un nez hypersensible, la jeune femme part avec un blocage terrifiant, décuplé par le deuil. De quoi permettre aux scénaristes de batifoler dans le monde sensoriel des connexions cérébrales avec des explications scientifiques aussi ahurissantes qu’une théorie quantique servie au milieu d’«Hamlet». Ou «Roméo et Juliette».

«Garder un peu d’avance sur le spectateur pour le surprendre, mais pas trop pour ne pas le perdre.»

Quoc Dang Tran, réalisateur et scénariste

De son côté, Tomine ne part pas plus gagnant. Ce fils de la haute bourgeoisie scandalise sa famille à «convoiter la fortune d’un étranger» et personne ne comprend ce pâle jeune homme triste qui passe son temps les narines dans son verre au lieu de réjouir ses ancêtres sur des montagnes de yens. Là encore, «Les gouttes de Dieu» évite les affaires amoureuses prévisibles. Ici, semble prévenir l’auteur Quoc Dang Tran avec constance, travail et patience au long cours mènent à l’extase.

Lui-même venu d’un «assemblage hybride», réalisateur et scénariste cosmopolite de 36 ans ayant bourlingué dans le marketing avant de se former en autodidacte spontané, il sait composer avec la haute teneur didactique du manga et le suspense inhérent au feuilleton. Son mantra: «Garder un peu d’avance sur le spectateur pour le surprendre, mais pas trop pour ne pas le perdre.» Flashes hypnotiques en guise d’ivresses, courts plans obliques qui biaisent le marathon engagé, montage nerveux entre la claustrophobie mentale de la société japonaise et les éclats introvertis des Européens… sa production touche à tout, bouddhisme, tragédie ou génétique, dans une palette mémorielle gouleyante. Du rarement vu.

Apple TV, 8 x 52’.

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