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Votations cantonales La réforme de la caisse de pension plébiscitée à Fribourg

L’assainissement de la Caisse de prévoyance du personnel de l’État de Fribourg a passé la rampe. Il s’agit d’une victoire pour le gouvernement.

Assemblée du syndicat SSP lors d’une journée d’actions et de grève contre la reforme de la Caisse de prévoyance du personnel de l’État de Fribourg.
Assemblée du syndicat SSP lors d’une journée d’actions et de grève contre la reforme de la Caisse de prévoyance du personnel de l’État de Fribourg.
KEYSTONE

Le peuple fribourgeois a plébiscité dimanche l’assainissement de la Caisse de prévoyance du personnel de l’Etat de Fribourg (CPPEF), après pratiquement trois ans de discussion. Le oui a recueilli 69,79% des voix, avec un taux de participation de 43,4%.

Le résultat constitue un succès personnel pour le conseiller d’Etat Georges Godel. Le grand argentier cantonal, 68 ans, aura bataillé durement pour mener à bien une réforme qui doit garantir à la CPPEF un taux de couverture de 80% en 2052, en vertu des normes fédérales, sans trop pénaliser les employés les plus âgés.

«Un grand jour»

«C’est un grand jour pour le Conseil d’Etat et pour le Grand Conseil», s’est réjoui devant la presse à Fribourg Georges Godel. «La démocratie a parlé après un travail de titan». Mais le magistrat démocrate-chrétien a affiché une victoire modeste, sachant qu’il en coûtera 330 millions de francs aux contribuables fribourgeois.

«Et presque autant aux employés», a rappelé Georges Godel. Avec la réforme fiscale des entreprises, acceptée par le peuple fribourgeois en juin 2019, la réforme de la CPPEF, et ses quelque 20’000 assurés, représentait un autre grand enjeu de la législature qui s'achève dans un an. Et il était temps de boucler le dossier.

La CPPEF doit en effet déposer un nouveau plan à l’autorité de surveillance d’ici à la fin de l’année. «En cas de non, un plan B beaucoup moins favorable aurait prévalu», a rappelé Georges Godel. «Il en allait aussi du maintien de la qualité du service public», a ajouté la présidente du Conseil d’Etat Anne-Claude Demierre.

Campagne timide

La campagne s’est révélée timide, deuxième vague pandémique oblige. Les opposants, emmenés par le Syndicat des services publics (SSP) et son incontournable secrétaire régional Gaétan Zurkinden, ont pris systématiquement le contrepied des arguments avancés par Georges Godel.

Au «compromis solide et équilibré», le front syndical a dénoncé une «symétrie des sacrifices» et un «service public affaibli». La révision implique le transfert du risque de la caisse vers l’assuré, avec le passage de la primauté des prestations (rente liée au salaire) à celle des cotisations (rente liée au capital épargné).

L’abandon du principe de solidarité, souvent la norme en Suisse, s’accompagne de mesures «transitoires et compensatoires» pour atténuer la baisse des rentes futures. La réforme prévoit de limiter la diminution des retraites à 9,5% pour un âge de 64 ans, en tablant sur un taux d’intérêt crédité sur les avoirs vieillesse de 2,5%.

Aux 9,5% de perte maximale, le SSP opposait un taux de 18%. Et, selon lui, 60% des employés devront travailler de 2 à 4 ans de plus pour y parvenir. Pour l’heure, 60% aussi d’entre eux choisissent une préretraite entre 60 et 62 ans. Le syndicat a réagi en parlant «d’une détérioration sans précédent des conditions de retraite».

Manne publique

Le paquet comprend des mesures pour le personnel dès 45 ans à hauteur de 380 millions de francs pour l’employeur, dont 330 millions pour le canton, représentant le tiers de sa fortune. S’y ajoute une hausse paritaire des cotisations de 1% (avec un coût net pour les collectivités publiques de 10 millions par an).

Il y a aussi l’introduction d’un système de bonifications croissantes avec l’âge. Le Conseil d’Etat a encore prévu une revalorisation salariale de 0,25% pour tout le personnel (3,6 millions par an). Le coût théorique total de la révision atteint 1,4 milliard de francs, réparti entre employés et employeurs.

La réforme répond à deux motifs principaux. En premier lieu, le défi posé par l’allongement de l’espérance de vie. En 2010, il y avait quatre actifs pour un retraité. C’est deux pour un désormais. Ensuite, il y a la baisse des revenus tirés des placements, avec un marché des capitaux longtemps considéré comme le troisième cotisant.

Avec le résultat de dimanche, «l’avenir de la caisse est garanti», a conclu Anne-Claude Demierre, par ailleurs ministre de la santé. La loi révisée entrera en vigueur le 1er janvier 2022.

ATS/NXP