Les féministes accusent les syndicats de sous-évaluer la manifestation du 14 juin

Les syndicats avaient annoncé 15 600 participants à la grève des femmes à Genève, bien loin des dernières estimations. Des féministes leur reprochent d’être jaloux de la réussite du mouvement.

Le nombres de manifestantes dans la rue le 14 juin fait débat.

Le nombres de manifestantes dans la rue le 14 juin fait débat. Image: Keystone

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Les chiffres de la manifestation du 14 juin suscitent encore un intense débat à Genève. Les féministes ne décolèrent pas contre la participation annoncée par les syndicats. Après la manifestation, ils avaient annoncé avoir comptabilisé 15 600 participants, soit à peine plus que les 12 000 personnes estimées par la police. La mobilisation avait pourtant été un véritable raz-de-marée dans les rues de la Cité de Calvin. Les organisatrices ont annoncé 30 000 manifestants tandis que, cette semaine, un algorithme de l’EPFL relayé par heidi.news est arrivé au résultat de 75 000 participants, une estimation qui serait historique si elle devait se confirmer.

Pour les féministes, les syndicats cherchent à minimiser l’ampleur de la contestation. «De par mon expérience, j’ai pu constater que les syndicats ne sont pas des plus ouverts au féminisme, regrette Francine Betran. Il y a comme partout une sous-représentation des femmes au sein des comités directeurs.» La féministe, présidente notamment de l’association de défense des victimes genevoises de Tariq Ramadan, évoque même une rivalité malvenue.

Certaines rappellent en effet que la dernière grande mobilisation syndicale à Genève, la grève massive de la fonction publique, n’avait mobilisé «que» 10 000 manifestants, le 10 novembre 2015. Et de rappeler aussi que le 1er mai réunit seulement 2500 personnes. La crédibilité des organisations habituées à battre le pavé serait donc en jeu, et présenter une affluence de 15 600 Genevoises et Genevois descendus dans la rue le 14 juin reviendrait à diminuer l’écart. «Il peut y avoir une certaine inquiétude de la part des syndicats envers un mouvement de femmes qui prend énormément d’importance et qui remet en question les rapports de pouvoir avec les hommes», estime Francine Betran.

Une féministe «historique», qui se dit «furieuse», va dans son sens. «Un tel succès a suscité des jalousies, avance-t-elle. Peut-être que les syndicats ne se réjouissent pas, car ils sentent qu’ils perdent le contrôle des luttes, ce qui peut être angoissant.» Pour celle qui milite depuis plusieurs décennies, la rivalité est historique. «Les syndicats ne se sont ralliés au féminisme que tard, dans les années 1990, quand il a fallu trouver de nouvelles causes à défendre», rapporte-t-elle.

«On a voulu invisibiliser les participantes»

L’avis selon lequel on a sciemment voulu minimiser l’ampleur du mouvement est largement partagé. «Ces collectifs de femmes se sont organisés, ont fait un travail extraordinaire. Dévaluer le nombre de participants est une manière de dénigrer ce travail», estime Céline Brockmann, cofondatrice du Bioscope de l’Université de Genève, qui estime que le comptage doit être physique et non politique. En présentant un bilan à la baisse, ce sont autant de femmes qu’on ne veut pas prendre en compte, estiment les féministes.

«Quand on voit de telles erreurs, on ne peut s’empêcher de se dire qu’on a voulu invisibiliser les participantes. C’est très grave», juge ainsi la socialiste Christina Kitsos. Pour l’élue municipale en Ville de Genève, ces décomptes montrent que la lutte féministe est plus que jamais d’actualité. «Nous voyons que les femmes sont sous-évaluées dans toutes les structures. Ce n’est pas pour rien que nous sommes descendues dans la rue.»

Les syndicats promettent que le comptage polémique, relayé par les médias après la grève, n’a jamais été officiel. «Je ne sais pas d’où sort ce chiffre de 15 600 participants, mais il est absolument faux», assure Valérie Buchs, répondante du Cartel intersyndical pour la grève du 14 juin. Elle rejette les accusations de jalousie. «C’est ridicule! Les syndicats ne peuvent que se réjouir de cet immense succès, poursuit Valérie Buchs. Nous avons participé depuis le premier jour à l’organisation de cette grève.»

Les féministes estiment que les syndicats n’ont pas voulu se discréditer en avouant leur erreur. Elles relèvent enfin que les syndicats n’ont pas rectifié ce chiffre, ce qui aurait facilement tué la polémique. Et cela n’a pas été fait.

Créé: 06.07.2019, 23h00

Les chiffres

5 600: Les syndicats ont avancé cette participation le 14 juin. Cette estimation est critiquée par des féministes.

30 000: C’est le nombre de manifestants estimé par les organisatrices du mouvement.

75 000: Un algorithme de l’EPFL a établi que la participation était bien plus élevée que ce que pensaient les différents acteurs.

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