«Les élus sont assez bien payés pour siéger la nuit»

Politique fédéraleL'UDC est le parti le plus fort à Berne, mais elle pèse peu sur les dossiers chauds du moment. Le chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, s'explique.

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La session d’été des Chambres fédérales qui s’achève aujourd’hui a été marquée par l’isolement de l’UDC. Le parti a beau être sorti vainqueur des élections fédérales de 2015, il reste étranger au pacte politique de l’année, scellé au Conseil des États, entre la révision de l’AVS et la nouvelle réforme de la fiscalité des entreprises.

De même, si elle a occupé la tribune du National avec son initiative «Le droit suisse au lieu de juges étrangers», l’UDC a fini seule contre tous. À quoi cela sert-il d’être le premier parti du pays? Interview avec le remuant chef du groupe parlementaire de l’UDC, le conseiller national zougois Thomas Aeschi.

Vous avez tout fait pour pouvoir débattre de votre initiative pendant neuf heures, avec un vote à 23 h 30. À quoi ça sert?

L’UDC a voulu que le parlement traite cette initiative comme un objet régulier, ce qui est prévu par le règlement. Les autres partis ont alors souhaité mener un débat de nuit et nous l’avons accepté. Mais sur le fond, cela n’a absolument rien de ridicule. Nous posons une question fondamentale: qui doit décider en Suisse? Nous voulons revenir à ce qui se faisait avant 2012 et un arrêt problématique du Tribunal fédéral. Lorsque le souverain prend une décision, cela doit corriger le droit appliqué en Suisse, même s’il s’agit de droit international.

La campagne de vote permettra de mener ce débat. En êtes-vous réduits, pour exister à Berne, à occuper la tribune pendant des heures?

Vous savez, les parlementaires sont très bien, voire trop bien payés. Cela fait partie de notre travail, parfois, de siéger la nuit.

Vous avez même brandi une marionnette représentant l’Union européenne pendant le débat. C’est le spectacle qui vous intéresse?

C’est une bonne image pour illustrer le fait que la Suisse ne pourra plus décider seule de son avenir si elle se soumet à des instances internationales.

Au fond, n’est-ce pas la preuve que malgré sa victoire aux dernières élections fédérales, l’UDC ne pèse toujours pas sur les gros morceaux politiques à Berne?

C’est faux. Notre victoire a eu des conséquences concrètes sur la politique suisse. Pensez aux élections de Guy Parmelin et d’Ignazio Cassis au Conseil fédéral. Elles influencent clairement les décisions prises. La preuve, le gouvernement a refusé le congé paternité et s’est exprimé en faveur de la sécurité de nos concitoyens en planifiant 8 milliards de francs pour la défense aérienne.

Vous dites que l’UDC a du succès. Pourtant vous déclariez récemment dans le «Bund» qu’il n’y a pas de sénateur plus influent que Christian Levrat, le président du PS. On ne vous suit pas…

C’était une analyse de fond sur la collaboration entre les Chambres. Aujourd’hui, le Conseil fédéral mène une politique de droite. Le plus souvent, le Conseil national réussit aussi à trouver des majorités bourgeoises grâce à l’entente du PLR et de l’UDC. Mais ces majorités sont ensuite stoppées aux États. Je m’étonne aussi que des projets viennent de la Chambre des cantons, comme la prévoyance vieillesse, qui sont clairement influencés par le Parti socialiste et par Christian Levrat. En vingt ans, le Conseil des États a donc viré à gauche.

N’est-il pas simplement plus pragmatique que le National?

C’est au contraire le Conseil national qui est devenu pragmatique, par exemple en matière de politique financière.

Mais le coup politique de l’année s’est fait au Conseil des États. Il a lié le Projet fiscal 17 et la réforme de l’AVS. Et l’UDC en est écartée!

Pour l’UDC, l’assainissement de l’AVS est très important. En ce qui concerne le lien qui a été fait entre le projet fiscal et l’AVS, de nombreux points restent à examiner en commission. Nous déterminerons notre position le 31 août.

Même votre conseiller fédéral Ueli Maurer défend le projet. Vous êtes prêts à vous y opposer, seuls contre tous?

L’UDC a communiqué de manière très claire à ce sujet. Si le Conseil des États veut faire ce lien entre les deux dossiers, alors l’âge de la retraite des femmes à 65 ans doit aussi faire partie du paquet. Et il y a différents instruments fiscaux que nous devons encore analyser dans le détail. Enfin, je suis d’avis que l’on ne peut lier les deux projets que s’il est acquis que le peuple pourra se prononcer sur l’un et sur l’autre de manière séparée.

Pour peser davantage, l’UDC doit conquérir le Conseil des États. Vos critiques servent donc à préparer les prochaines élections?

Je fais une analyse de la situation actuelle. Cela ne fait pas partie d’une campagne.

Mais c’est le cercle vicieux: en adoptant une ligne dure sur les thèmes, l’UDC se ferme elle-même les portes du Conseil des États.

Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Nos préoccupations sont très pragmatiques. Je ne peux pas m’imaginer que le citoyen suisse veuille qu’un inconnu à Bruxelles, Strasbourg ou à l’OCDE à Paris, décide du droit qui s’applique dans notre pays. Je suis aussi convaincu que le citoyen ne veut pas davantage de migration économique. Quand je vois la situation à Genève ou dans l’arc lémanique, je m’interroge: combien d’étrangers prennent une place de travail à des Suisses?

Pourtant vous n’avez que cinq conseillers aux États.

C’est aussi une question de personnel. Notre but, ces prochaines années, sera d’avoir le personnel adéquat, aussi lors d’élections majoritaires. En Suisse alémanique, l’UDC a du succès lors de telles élections. En Suisse romande, nous avons eu des difficultés internes dans certains cantons, comme Neuchâtel ou Vaud. Mais peut-être que ces crises nous offriront l’opportunité d’un nouveau départ.

Sur le fond, je trouve que c’est une très bonne décision. Enfin! C’est la première fois que la Suisse a le courage de résister à l’Union européenne et d’annoncer d’éventuelles mesures de rétorsion. Je suis très fier d’Ueli Maurer, qui a proposé ce plan, au cas où l’équivalence européenne accordée à la bourse suisse n’était pas reconduite d’ici à la fin de l’année. Comme pour tous les plans B, nous espérons ne pas devoir l’appliquer. Mais la Suisse montre qu’elle ne se contente pas d’avaler tout ce que l’UE lui impose. A mon avis, c’est aussi grâce à nos conseillers fédéraux que la Suisse n’a jusqu’ici pas ratifié d’accord cadre avec l’UE, comprenant une reprise automatique du droit européen.

Créé: 14.06.2018, 18h33

Au Conseil fédéral, le ton change en faveur de l’UDC

Le Conseil fédéral vient de bander les muscles face à Bruxelles dans le dossier de l’équivalence boursière. Une victoire pour vous?

Je trouve que c’est une très bonne décision. Enfin! C’est la première fois que la Suisse a le courage de résister à l’Union européenne et d’annoncer d’éventuelles mesures de rétorsion. Je suis très fier d’Ueli Maurer qui a proposé ce plan au cas où l’équivalence européenne accordée à la Bourse suisse n’était pas reconduite d’ici à la fin de l’année. Comme pour tous les plans B, nous espérons ne pas devoir l’appliquer. Mais la Suisse montre qu’elle ne se contente pas d’avaler tout ce que l’UE lui impose. À mon avis, c’est aussi grâce à nos conseillers fédéraux que la Suisse n’a jusqu’ici pas ratifié d’accord cadre avec l’UE, comprenant une reprise automatique du droit européen.

L’UDC se plaignait beaucoup du PLR avant 2015. Est-il devenu un partenaire plus fiable?

Cela dépend des thèmes. Nous travaillons très bien ensemble sur les questions financières, économiques et fiscales, ainsi que sur la prévoyance vieillesse par exemple. La collaboration est en revanche moins bonne sur la politique européenne. Nous ne comprenons pas que le PLR soutienne à nouveau un accord institutionnel avec l’UE. Et nous avons aussi un problème concernant le renvoi des criminels étrangers. Le PLR s’est engagé au parlement pour introduire une clause de rigueur, qui tolère des exceptions aux renvois, et maintenant il la critique. Cela nous agace beaucoup.

Pour remplacer Doris Leuthard, l’UDC voudra-t-elle encore asseoir son influence sur le Conseil fédéral?

On verra en temps voulu. Il est tout sauf sûr que Doris Leuthard démissionne cette année encore. Le moment venu, il appartiendra au PDC de désigner deux ou trois candidats. Suite aux auditions, nous déterminerons à qui va notre soutien.

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