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Les cinémas genevois se mettent en quatre pour relancer le public

Nouveautés et reprises composent une offre alléchante depuis la réouverture des salles.

Jack Nicholson dément dans «Shining» de Kubrick.
Jack Nicholson dément dans «Shining» de Kubrick.
DR

Le 16 mars, tout fermait. Plus de cinémas, plus de films, plus de séances. Un monde sans lumière, en somme, remplacé par du streaming, de la VOD, de la solitude et d’autres formes d’anéantissement social plus ou moins efficientes. Et puis le 6 juin tout se ralluma. Ou presque. Les films allaient de nouveau être projetés en salle, les spectateurs s’y retrouver, moyennant quelques aménagements guère gênants dans un marché où le temps des salles combles ne fait plus guère florès, et la valse des sorties reprendre son cours. Mais comment s’y retrouver dans les films à l’affiche? Nouveautés, inédits, reprises, ressorties? Oui, il y a de tout cela. Une des idées phares de cette réouverture est la reprise, au Cinérama, de la version rallongée du chef-d’œuvre de Kubrick, «Shining». Dans une salle dont la moquette reproduit à l’identique celle du grand hôtel de l’intrigue, on ne pouvait pas trouver plus idéal. L’entreprise fait mouche. Quarante ans après sa sortie, cette adaptation démente de Stephen King, avec un Jack Nicholson au paroxysme de la démence, dans une odyssée de l’horreur dont le film reste l’un des parangons, attire encore du monde. Et c’est bien normal, c’est le propre des classiques.

Coulisses des Oscars

Dans ce même circuit, celui du Cinérama Empire et du Ciné 17, «Shining» est la seule exception à une règle désirée par le maître des lieux, Didier Zuchuat. Rouvrir avec des inédits uniquement. On peut en découvrir trois depuis quelques jours. Soit «The Report», de Scott Z. Burns, avec un Adam Driver impeccable (ce qui relève de la tautologie), film d’investigation politique dans lequel on ressort des dossiers brûlants autour du 11 septembre 2001. «Emma», d’Autumn de Wilde, adaptation de Jane Austen à première vue correcte. Et «Untouchable», d’Ursula Macfarlane, documentaire retraçant l’affaire Weinstein dans ses grandes largeurs. On n’y apprend rien de fracassant, mais le film a le mérite de donner la parole à bon nombre des victimes du prédateur et, surtout, à jeter un regard glaçant sur les coulisses des Oscars, pour lesquels il vaut mieux posséder un budget confortable que des qualités filmiques irréprochables.

Du côté des multiplexes, en l’occurrence Pathé Balexert, on joue la carte des reprises d’avant confinement. Tous ces films à la carrière inachevée, ou brisée par le virus, sont de nouveau visibles. «La bonne épouse», de Martin Provost, «Dark Waters», de Todd Haynes, «The Invisible Man», de Leigh Whannell, «De Gaulle», de Gabriel Le Bomin, «Judy», de Rupert Goold, avec Renée Zellweger oscarisée pour son rôle de Judy Garland, ou «Le Cas Richard Jewell», de Clint Eastwood, figurent notamment parmi les choix possibles.

Aux Nord-Sud de la Servette il y a également la possibilité de voir «La bonne épouse» ou «Dark Waters», mais aussi des documentaires qui avaient bien démarré avant l’arrêt des machines, comme «Citoyen Nobel», de Stéphane Goël, savoureux portrait du Vaudois nobellisé de chimie Jacques Dubochet. D’autres films sont également proposés au Cinélux, tel l’excellent «Un divan à Tunis», de Manele Labidi, avec une Golshifteh Farahani qui ouvre un cabinet de psychanalyse dans une banlieue tunisienne, ou le très beau «You Will Die at 20», d’Amjad Abu Alala. C’est encore dans la salle du boulevard Saint-Georges qu’on peut voir trois programmes de courts métrages réalisés par des cinéastes suisses durant le confinement. Ils font partie de la Lockdown Collection.

Salles toujours fermées

Les salles du Grütli n’ont ouvert qu’avant-hier. Des nouveautés y côtoient un cycle Billy Wilder indispensable par définition. Au rayon des inédits, nous avons parlé de «Mare», d’Andrea Staka, dans nos éditions d’hier, mais il ne faut pas non plus négliger «Queen & Slim», de Melina Matsoukas, qui, sous ses dehors standards, résonne furieusement avec une brûlante actualité. On y suit un couple de Blacks en fuite, traqués pour avoir abattu un flic en légitime défense. Parfois démonstratif mais souvent émouvant. Quant au Spoutnik, qui ne devait initialement rouvrir qu’en septembre, il revient sur sa décision pour proposer, dès ce vendredi, un programme de soutien aux luttes contre le racisme. C’est un semi-classique de 1973, «The Spook Who Sat by the Door», d’Ivan Dixon, qui est visible en tout cas jusqu’à dimanche soir (prix libre).

Enfin, notre panorama serait incomplet si l’on ne mentionnait pas les salles toujours fermées. C’est le cas des Scala, en rénovation. Mais aussi du City, fermé pour une durée indéterminée. Le CDD du sentier des Saules ne rouvrira, quant à lui, que le 9 septembre, mais dans l’attente il propose tout l’été un riche programme de films à découvrir en streaming (via leur site www.cinemacdd.ch). Quant au multiplexe de l’Arena, il rouvrira le 24 juin.