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La rédactionLes aveux génocidaires de soldats birmans

Des confessions contredisent la version officielle du Myanmar concernant le traitement infligé aux Rohingyas.

Serait-ce un tournant? Pour la toute première fois, des témoignages glaçants de militaires birmans confirment les atrocités commises contre les Rohingyas en août 2017, poussant quelque 750’000 membres de cette minorité musulmane à fuir le Myanmar et à se réfugier au Bangladesh voisin.

«Tirez sur tous ceux que vous voyez et sur tous ceux que vous entendez! Le colonel Than Htike nous a donné cet ordre. Alors nous avons tiré de façon indiscriminée sur tout le monde au village de Taung Bazar», raconte dans une vidéo le soldat Myo Win Tun, 33 ans. Sur un ton monocorde, il avoue avoir jeté «dans une fosse commune de la rue Tower-Tai» quinze hommes, huit femmes et sept enfants. Il confesse aussi avoir violé une femme.

«Nous avions ordre de tuer tout le monde, enfants comme adultes»

Issu d’un autre bataillon opérant dans d’autres localités, Zaw Naing Tun, 30 ans, rapporte le même genre d’atrocités. «Dans la zone de Kalar, nous avions ordre de tuer tout le monde, enfants comme adultes, témoigne-t-il. «ous avons nettoyé une vingtaine de villages.» Il affirme également avoir dû monter la garde pendant que d’autres soldats violaient des femmes.

Selon l’ONG Fortify Rights, ces confessions ont été enregistrées en juillet par l’Armée d’Arakan, un groupe rebelle taxé de terroriste par le Myanmar. Déserteurs, les deux hommes seraient ensuite passés au Bangladesh à la mi-août. Lundi, ils ont été transférés à La Haye, affirme de son côté le «New York Times». Leurs aveux pourraient être des pièces cruciales dans l’enquête ouverte par la Cour pénale internationale pour identifier les hauts responsables ayant donné l’ordre de perpétrer ces crimes contre l’humanité. Les deux soldats pourraient également être appelés à s’exprimer devant la Cour internationale de justice, où le Myanmar est accusé de génocide par la Gambie au nom des 57 États membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI).

Détails concordants

Issus de bataillons distincts (le 353 et le 565), qui étaient effectivement déployés dans ces régions à l’époque, les deux hommes ont livré les noms et les grades de 19 militaires ayant participé ou ordonné des atrocités, parmi lesquels un lieutenant-colonel, un colonel et trois capitaines, rapporte le «New York Times». Quant aux détails sur les massacres, les villages et les fosses communes, ils correspondent aux nombreux récits de victimes recueillis au Bangladesh par la mission d’enquête de l’ONU.

Bref, ces aveux contredisent la version officielle du Myanmar. La dirigeante Aung San Suu Kyi avait déclaré en décembre à La Haye qu’il y avait peut-être eu parfois un usage «disproportionné» de la force, mais aucune «intention génocidaire». L’armée dit avoir seulement traqué des terroristes après des attaques contre des postes de police. Et les soldats qui témoignent «ont été pris en otage» par l’Armée d’Arakan et «contraints à une confession».

Ce sera aux juges de La Haye de trancher.