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NorvègeLes archéologues au chevet d’un bateau viking

Les spécialistes de la fouille tentent de percer les secrets d’un bateau détecté en 2018 par les radars géologiques dans une nécropole du sud-est de la Norvège.

Le site de l’excavation à Halden.
Le site de l’excavation à Halden.
AFP
Le ministre norvégien de la Culture Sveinung Rotevatn avait donné le coup d’envoi des fouilles en juin 2020.
Le ministre norvégien de la Culture Sveinung Rotevatn avait donné le coup d’envoi des fouilles en juin 2020.
AFP
Un rivet plein de corrosion prélevé sur le site.
Un rivet plein de corrosion prélevé sur le site.
AFP
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Centimètre par centimètre, ils grattent le sol en quête de précieux reliquats millénaires. Tiraillés entre la minutie de règle et l’urgence dictée par l’avancée de la moisissure, des archéologues norvégiens se hâtent lentement pour exhumer un rarissime bateau-tombe viking et faire parler ses entrailles.

Qui est enterré ici? Selon quel rituel? Que reste-t-il des offrandes funéraires? Que dit-il de la société qui vivait ici? Désormais réduit à d’infimes fragments indissociables à l’oeil profane de la tourbe qui le recouvre, le bateau d’une vingtaine de mètres soulève bien des questions.

Avant qu’il ne disparaisse totalement sous l’assaut de microscopiques champignons, les archéologues tentent de lui faire livrer ses secrets.

Une tache exaltante pour eux qui n’avaient pas eu de bateau viking à se mettre sous la dent depuis plus d’un siècle. La dernière fois, c’était en 1904 quand le bateau d’Oseberg avait été sorti de terre, pas très loin, de l’autre côté du fjord.

«On a très peu de bateaux-tombes», explique la responsable des opérations d’excavation, Camilla Cecilie Wenn, du musée d’Histoire culturelle de l’université d’Oslo. «Je suis incroyablement chanceuse, peu d’archéologues ont une telle opportunité au cours de leur carrière».

Sous une gigantesque tente grise et blanche plantée en plein champ dans une ancienne nécropole proche de Halden, ville du sud-est de la Norvège, ils sont une dizaine en veste fluo, allongés ou agenouillés, à ausculter la terre.

Enfouis dans le sol, les contours du bateau détectés en 2018 par les mesures d’un radar géologique d’experts, mis sur la piste par la présence d’un tumulus tout près. Les premiers prélèvements ayant établi un stade de décomposition avancée, des fouilles ont été entreprises sans attendre.

VIP viking

A ce jour, seule une partie de la quille a été récupérée dans un état convenable. Son analyse a permis de dater aux alentours des années 800 la période à laquelle le bateau a été hissé à terre, placé dans une fosse et enseveli sous un monticule pour faire office de dernière demeure.

A qui? «Si on vous enterre avec un bateau, c’est clair que vous étiez un VIP de votre vivant», souligne Mme Wenn.

Un roi? Une reine? Un jarl (noble)? La réponse se trouve peut-être dans d’hypothétiques ossements ou des objets -armes, bijoux, récipients, outils...- qu’il était usuel d’emporter dans la tombe à l’âge des Vikings, du milieu du VIIIe à celui du XIe siècles.

Le site a toutefois été perturbé à plusieurs reprises, accélérant la dégradation du bateau et amenuisant les chances de retrouver ses reliques.

A la fin du XIXe siècle, le tumulus a été rasé pour libérer de la surface agricole, anéantissant au passage la partie supérieure de l’embarcation et endommageant ce que l’on croit avoir été une chambre funéraire.

Fort possible également que la tombe du puissant défunt ait reçu la visite d’autres dignitaires vikings, quasi contemporains, qui en profanant les lieux auraient cherché à s’enrichir mais aussi, symboliquement, à asseoir leur propre pouvoir et légitimité...

Ossements d’animaux

Pour l’heure, le butin des archéologues est plutôt maigre: d’innombrables rivets métalliques, souvent rongés par la corrosion, qui permettaient de fixer les bordages, et quelques ossements.

«Ces os sont trop gros pour être humains», décrypte Karine Fure Andreassen, penchée au-dessus d’une grande forme osseuse orangée. «Ce n’est donc pas un chef viking que l’on voit, malheureusement, mais sans doute un cheval ou un bovin».

«C’est un signe de puissance. On était tellement riche qu’on pouvait en sacrifier dans la tombe», poursuit l’assistante de terrain.

A côté de la tente, Jan Berge, tel un orpailleur, passe au tamis un tas de terre qu’il arrose au jet d’eau avec l’espoir, de plus en plus mince, de tomber sur une pépite historique.

«Trouver une perle rare? Je n’y crois pas trop», confie cet archéologue de l’administration régionale. «Le plus précieux a sans doute déjà été pris. Et tout ce qui était en fer ou organique a été rongé par le temps ou a même complètement disparu».

Pas de quoi décourager ce barbu aux faux airs de Viking. «Je ne suis pas engagé dans une chasse au trésor», balaie-t-il. «Ce qui m’intéresse, c’est de déterminer ce qui s’est produit ici, comment les funérailles se sont déroulées, comment interpréter les agissements de l’époque».

AFP/NXP