Viola Amherd: «Moi à gauche? Mon papa doit se retourner dans sa tombe»

InterviewViola Amherd (PDC/VS) succédera à Doris Leuthard au Conseil fédéral. Il y a un mois, elle se livrait à quelques confidences.

Viola Amherd (PDC/VS) rêve que la Suisse soit dans les trois premiers pays les plus avancés en matière de digitalisation et d’intelligence artificielle.

Viola Amherd (PDC/VS) rêve que la Suisse soit dans les trois premiers pays les plus avancés en matière de digitalisation et d’intelligence artificielle. Image: Yvain Genevay/LMD

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Vous allez mieux?
Oui, je suis rétablie à 100%. Cette semaine, j’ai encore dû enlever un petit canal que l’on m’avait posé près des reins et cela s’est bien passé.

Vous aviez déjà eu des calculs auparavant?
Non, les médecins m’ont dit que cela pouvait arriver à tout le monde, à n’importe quel moment. Il paraît que cela peut être lié à une surconsommation de viande. Mais comme je n’en mange pas… (Rires.) Je ne peux pas me plaindre. Jusqu’à présent, j’ai eu une excellente santé.

Annoncer sa candidature depuis un lit d’hôpital, ce n’est quand même pas banal.
C’était surtout très dommage! J’aurais bien aimé m’expliquer directement sur ma candidature, en communiquant ouvertement. Mais j’étais à l’hôpital et ce n’était pas possible.

Il y a aussi eu la révélation de cette condamnation civile pour des loyers encaissés en trop. Ça vous a fait hésiter?
Non. C’est clair, ce n’était pas un moment agréable. Mais j’ai voulu être transparente. J’ai répondu à toutes les questions des journalistes. J’ai même envoyé les documents à ceux qui les souhaitaient. Je n’ai rien à cacher. C’est une procédure civile pas une procédure pénale. Quand on n’est pas dans la profession, il est parfois difficile de faire la différence. Mais comme dans toute activité économique, quand deux parties ne sont pas du même avis, c’est un tribunal qui doit trancher. Rien de plus.

Donc si la justice tranche une nouvelle fois contre vous ces prochaines semaines, vous maintiendrez votre candidature?
Oui.

Dites-nous: vous n’avez rien d’autre à cacher?
Rien dont je serais consciente. Bien sûr, je suis avocate-notaire et dans la politique depuis plus de trente ans. Cela peut créer des ennemis. J’ai pu prendre des décisions qui n’ont pas satisfait tout le monde. Il faut vivre avec.

Qu’est-ce qui vous motive à devenir conseillère fédérale?
Après trente ans en politique, j’ai toujours autant de passion pour la chose publique. Je respecte totalement la fonction de conseiller fédéral qui est très exigeante et offre aussi la possibilité de développer ses idées dans un collège, en tentant de les réaliser. Je me sens l’énergie et la volonté nécessaire pour ce poste.

De quelle Suisse rêvez-vous pour demain?
D’une Suisse prospère et ouverte. Et ce n’est pas une formule! J’ai beaucoup travaillé pour la jeunesse. J’aimerais qu’elle croie en son avenir, que les jeunes aient la chance de se former, de se réaliser et de trouver un travail. Pour cela, nous avons besoin d’une Suisse ouverte et d’une économie qui fonctionne bien.

Le cœur de votre campagne, c’est la digitalisation. Pourquoi?
C’est justement un thème du futur. Une étude a classé la Suisse à la 5e place des pays les plus avancés en matière de digitalisation et d’intelligence artificielle. Moi, je rêve d’une Suisse parmi les trois premiers. Je pense que nous avons vraiment une chance à saisir, avec nos universités spécialisées, notre force d’innovation. Et il n’y a pas que le côté technique, mais aussi les conséquences sociales. Avec la digitalisation, des personnes vont perdre leur emploi. Il faut leur donner les moyens de continuer à se former, leur permettre de ne pas avoir peur de ces nouvelles technologies. Nous devons trouver des solutions.

Le Conseil fédéral n’en fait pas assez?
Il a élaboré une stratégie digitale, et a fondé Innotour, qui distribue des subventions. C’est déjà bien, mais on peut faire plus, j’en suis persuadée. Je le vois aussi en tant que présidente de la société qui développe la fibre optique dans le Haut-Valais. Nous devons développer les infrastructures, la législation, la protection des données, etc. C’est un tout.

En matière d’environnement, votre profil Smartvote est peu développé. Vous n’êtes pas très écolo?
Si, j’y suis très sensible. Je suis aussi présidente du Parc régional du Binntal. Mais je pense que ce classement est surtout dû à la question du loup. Je suis contre la présence du loup en Suisse. Comme Valaisanne, je pense que c’est compréhensible!

Vous vous reconnaissez comme la candidate de la gauche?
Non. Je suis la candidate du PDC. Mon papa, qui est décédé en 1999, doit se retourner dans sa tombe s’il entend que je suis de gauche. Il était entrepreneur. À la maison, nous avons tous travaillé dans le commerce familial et c’était un thème permanent de discussion. J’ai comparé mon positionnement économique avec celui des autres candidats PDC. Eh bien, je suis la deuxième plus libérale après Elisabeth Schneider-Schneiter! Je pense que cette étiquette est plutôt liée à mon positionnement en matière sociétal et social. Mais ce n’est pas mener une politique de gauche que de s’engager en faveur de la jeunesse et de l’enfance.

Comment allez-vous faire pour vous départir de cette étiquette?
Je pense que les élus fédéraux me connaissent et savent comment je vote. Lorsque je me bats, avec d’autres et avec succès, pour le deuxième tube du Lötschberg, je pense à nos PME.

Vous êtes la candidate de l’arc alpin. En face, il y a des candidats de Suisse centrale et de la ville. Qu’est-ce qui manque le plus au Conseil fédéral?
Je pense que c’est précisément l’arc alpin. Il y a des conseillers fédéraux originaires de villes au gouvernement. C’est important. Mais je pense avoir la sensibilité d’une minoritaire dans mon canton, et la sensibilité de mon canton, qui est minoritaire au niveau fédéral. Et j’ai été présidente d’une ville dans une région de montagne. Je connais les défis des relations villes-campagnes. Nous avons besoin des deux pôles. Si on laisse mourir les régions de montagne, et que tout le monde doit aller vivre dans les agglomérations, la pression ne fera qu’augmenter sur ces dernières.

Mais vous sentez-vous soutenue par votre canton? Les attaques viennent du Haut-Valais…
Je ne peux pas dire que tout le monde me soutient dans ma région, mais je sens un énorme appui, qui vient de la population et de mon parti cantonal. Ces attaques sont plus une préoccupation de journalistes, je crois.

Vous êtes célibataire, sans enfants. Votre famille, c’est votre sœur, votre nièce et vos amis. C’est un modèle qui survit au PDC?
Ça fait trente ans que je survis. (Elle rit.) De nombreuses politiciennes du PDC de poids ont été des célibataires: Judith Stamm, Josi Meier, etc. Et elles ont aussi milité et développé d’excellentes politiques familiales.

Le mariage traditionnel, la famille, ça ne vous a jamais tentée?
Pour moi, l’indépendance et la liberté ont toujours été très importants. C’est notre maman qui nous a encouragées, ma sœur et à moi, à veiller à toujours être autonomes. Mais il n’y a pas un métier où on est moins libre que conseiller fédéral… J’ai beaucoup réfléchi à cela avant d’annoncer ma candidature. Un conseiller fédéral évolue dans un cadre strict. Mais d’un autre côté, aucune autre fonction n’offre de telles possibilités de concrétiser ses convictions, de les partager avec des gens de tous horizons, de tous partis et de tous pays. Et puis c’est un poste à durée limitée… (Sourire.)

Avez-vous le goût du pouvoir?
Le pouvoir, pour moi, c’est avoir la possibilité de faire changer les choses et de réaliser des projets. Dans ce sens-là, oui, j’aime le pouvoir.

Être ministre, c’est aussi communiquer en permanence. Vous êtes prête pour les projecteurs?
Je ne cherche pas la lumière, ce n’est pas ma personnalité. En revanche, quand j’ai quelque chose à dire, je le dis volontiers. Je crois que je l’ai prouvé ces dernières semaines.

Vous, la féministe, pourriez être la première femme élue au Conseil fédéral sans que la question du genre n’occupe les débats. Ça vous fait quoi?
Ça me fait plaisir. Être femme ne devrait pas être un défaut et si c’est un atout, tant mieux. Si on considère que j’ai d’autres qualités pour cette fonction, bien sûr, cela me fait plaisir. Je pense surtout qu’aujourd’hui, il y a une méfiance généralisée envers le monde politique et que les gens ont besoin de fiabilité et de confiance. On peut avoir confiance en quelqu’un qui fait son travail et ne cherche pas à être toujours sous les projecteurs, même sans rien avoir à dire. (TDG)

Créé: 10.11.2018, 22h40

En dates

1962: Elle naît à Brigue (VS).

1991: Après des études à l’Université de Fribourg, elle s’installe comme avocate-notaire dans sa ville de Brigue.

2000: Elle est élue présidente de sa ville. Elle le restera jusqu’en 2012.

2005: Elle entre au Conseil national où elle remplace Jean-Michel Cina. Elle est aujourd’hui vice-présidente du groupe parlementaire PDC.

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