Viola Amherd est en passe de l’emporter face à Heidi Z’Graggen

Les quatre lobbies qui tiennent les clés du vote penchent en majorité en faveur de la Valaisanne. À trois jours de l’élection, la dynamique de sa concurrente uranaise subit un coup d’arrêt.

D'après les estimations du Matin Dimanche, Viola Amherd (à g.) aurait 75% de chances d'être élue au Conseil fédéral, contre 25% pour Heidi Z'Graggen (à dr.).

D'après les estimations du Matin Dimanche, Viola Amherd (à g.) aurait 75% de chances d'être élue au Conseil fédéral, contre 25% pour Heidi Z'Graggen (à dr.). Image: Yvain Genevay/Samuel Schalch

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Le compte à rebours a commencé. Mercredi, les Suisses connaîtront le visage de leurs deux nouveaux conseillers fédéraux. Si l’élection de Karin Keller-Sutter à la place de Johann Schneider-Ammann ne fait pas un pli (voir encadré), la course pour la succession de Doris Leuthard est plus ouverte. Les PDC Heidi Z’graggen et Viola Amherd doivent encore être entendues par les groupes socialiste, PLR et PBD, à la veille du scrutin. Mais leur première audition devant l’UDC, les écologistes et les Vert’libéraux donnent déjà de précieuses indications sur leurs chances.

Ainsi, Heidi Z’graggen devrait faire un carton à l’UDC, qui a apprécié son côté conservateur et sa position mesurée sur les relations Suisse-Union européenne. «Elle apporterait un vent de fraîcheur bienvenu au Conseil fédéral», lance encore Michael Buffat (UDC/VD). Mais le parti agrarien a beau compter pour près d’un tiers des voix du parlement, cette étiquette de candidate de l’UDC pourrait rapidement devenir un boulet, et pousser la gauche à voter unanimement en faveur de Viola Amherd. D’autant plus que la Valaisanne a séduit les Verts, mais aussi les Vert’libéraux. Bien que ces deux formations n’aient pas encore donné de recommandation de vote, le soutien pouvait se lire entre les lignes de leurs déclarations ou par certaines indiscrétions d’élus. Pas de quoi faire encore une majorité. Où donc aller chercher ces 124 voix synonymes d’élection? La réponse à cette équation se jouera sur ces quatre inconnues.

Les paysans: environ 30 voix

On dit souvent des agriculteurs qu’ils sont le lobby le plus puissant du parlement. Leur groupe a auditionné les candidates lundi dernier, et c’est la prestation de Viola Amherd qui a le plus convaincu. «Il n’y avait pas photo», nous confie l’un d’eux. Directeur de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois (PLR/FR) parle d’une élue fiable. «Si on regarde les votes de Viola Amherd, ces dernières années, elle s’est toujours prononcée en faveur de l’agriculture.» Les dix voix – inattendues – que la Valaisanne a décroché à l’UDC sont aussi la preuve que les paysans roulent plutôt pour elle. Et, bien que le groupe a l’intention de tout faire pour forcer ces irréductibles à voter pour «sa candidate» Heidi Z’graggen, certains agriculteurs UDC ne s’exécuteront pas. «C’est l’avantage du vote à bulletins secrets», glisse une source agrarienne.

Avantage: Viola Amherd


Le Conseil des États: 46 voix

On compare souvent la Chambre haute à un club qui aime bien élire les siens à la fonction suprême. Sans candidat issu de leur rang, vers qui va pencher le vote? La Suisse centrale et ses 10 élus sera-t-elle unanime à soutenir l’Uranaise? «Heidi Z’graggen vient d’un canton qui n’a jamais eu de conseiller fédéral, et il est important que la région retrouve le gouvernement, analyse Damian Müller (PLR/LU). Mais cet argument doit être contrebalancé par un autre: qu’on apprécie ou pas Viola Amherd, on sait ce qu’elle vote.» En tant qu’élue issue d’un Exécutif cantonal, Heidi Z’graggen peut-elle compter sur cet élément pour engranger des votes dans ce Conseil des États qu’on appelle aussi Chambre des cantons? «Elle aura des voix, c’est évident, répond Robert Cramer (Verts/GE), mais depuis l’affaire Maudet, les élus sont devenus très méfiants à l’égard des candidats qui ne sont pas issus du sérail.» En face, Viola Amherd a deux atouts. «En tant que vice-cheffe du groupe PDC, elle est membre du bureau qui gère aussi les affaires du Conseil des États, elle fait presque partie du club, glisse une de ses soutiens. Et les deux sénateurs PDC Valaisans, Jean-René Fournier et Beat Rieder, travaillent pour elle.»

Avantage: Viola Amherd


Le groupe PLR: 46 voix

Le virage à droite du parlement, en 2015, a fait du PLR le nouveau faiseur de roi. Quelle reine entend-il porter à la fonction suprême? «Heidi Z’graggen est plus à droite, ce qui pourrait séduire le PLR, mais Viola Amherd est plus précise sur les dossiers, analyse Thierry Burkart (AG). Le groupe sera très partagé. Les auditions permettront d’y voir plus clair.» D’autres osent carrément un pourcentage. «Ce sera du 60-40 en faveur de Z’graggen», glisse un Alémanique. Les Romands, eux, rouleront davantage pour Viola Amherd. «L’aile plus modérée des Romands a tout intérêt à élire la plus centriste des deux, sinon le Conseil fédéral serait trop marqué à droite», glisse un élu. Viola Amherd a un autre avantage de ce côté de la Sarine. «En tant que Valaisanne, elle a une certaine sensibilité romande, réagit Frédéric Borloz (VD). Ce qui peut nous aider dans plusieurs dossiers. En tant que Chablaisien, j’ai souvent l’habitude de travailler avec le Valais.»

Avantage: Heidi Z’graggen


Le groupe PDC: 43 voix

Lors des auditions devant son groupe, Viola Amherd a fait un carton. Elle a été désignée sur le ticket au premier tour à une écrasante majorité. «Ça a été tellement net que ces voix sont acquises», estime Benjamin Roduit (VS). Une analyse que partage la Zurichoise Kathy Riklin (ZH). Vraiment? Il se murmure, au sein du groupe, que le président, Gerhardt Pfister, roulerait – en coulisses – pour Heidi Z’graggen, au profil plus proche du sien. «Il réussira à rallier l’aile conservatrice du parti, craint un soutien de la Valaisanne. 40% de nos voix peuvent partir chez l’Uranaise.» Un scénario auquel ne croit pas Christine Bulliard (FR). «En tant que vice-cheffe de groupe, Viola Amherd est appréciée et respectée. Je pense qu’elle engrangera 70% des voix démocrates-chrétiennes.» De ce pourcentage dépend peut-être l’élection. «C’est peut-être bien le PDC qui détient la clé du vote», glisse un élu.

Avantage: Viola Amherd (TDG)

Créé: 01.12.2018, 23h00

Comment nous sommes arrivés à ce pourcentage

Pour obtenir les chances de chacune des deux candidates, nous avons imaginé deux scénarios, qui se basent sur les prévisions du nombre de voix que les deux PDC peuvent obtenir au sein de chacun des différents groupes parlementaires. L’évaluation s’est faite à partir de déclarations politiques, d’analyses d’élus des différents partis et de spécialistes de la politique fédérale.

Sur cette base, nous avons arrêté deux prévisions. Une sur la fourchette la plus basse, l’autre sur la plus haute. Ainsi, Heidi Z’graggen devrait obtenir, au pire, 99 voix, et au mieux 130. Quant à Viola Amherd, son socle minimum se situerait à 116, contre 147, au maximum. Étant donné qu’il faut 124 voix pour être élu, il existe 24 scénarios dans lesquels Viola Amherd l’emporte contre 8 favorables à Heidi Z’graggen, soit, respectivement, 75% et 25% de chances pour chacune de devenir la prochaine conseillère fédérale PDC.

L’élection au 1er tour de Keller-Sutter serait un affront pour Hans Wicki

Au parlement, ce n’est pas «Charlie» que l’on cherche mais «Wicki». Alors que tout le monde parle de la grande favorite du PLR Karin Keller-Sutter presque déjà conseillère fédérale, le Nidwaldien ne suscite qu’un intérêt poli des médias, quand ils ne l’ignorent pas. Son slogan «Rendre possible l’impossible» risque de faire un flop. Reste que, dans cette campagne, Hans Wicki a quelque chose d’héroïque. Un peu à la Winkelried, ce soldat helvétique (qui viendrait du même canton que lui) qui – selon la légende – se serait sacrifié pour offrir la victoire aux siens.

Tout d’abord, le sénateur a eu le courage de se présenter face à la favorite. Bravant les critiques de candidat alibi, il a affronté les médias, même s’il ne devait s’adresser qu’à deux journalistes à sa sortie des auditions, quand sa concurrente en avait dix fois plus. Avec un aplomb étonnant, il a assumé ses lacunes en français et affirmé que son seul défaut, face à Karin Keller-Sutter, était de ne pas être une femme. Il a fait sourire aussi, avec son côté macho. À la question de savoir ce qu’il pensait d’être entendu par Alliance F, il a répondu qu’il adorait être entouré de femmes. Malaise…

Désormais envisagée, une élection de Karin Keller-Sutter au premier tour serait pour lui un affront cinglant. On pourrait alors se demander pourquoi le PLR l’a laissé aller au casse-pipe. Dans la légende de Winkelried, il existe une autre variante. Le héros n’aurait pas crié à ses pairs: «Occupez-vous de ma femme et de mes enfants» en se lançant sur les lances ennemies pour ouvrir une brèche, mais: «Quel est le salaud qui m’a poussé?»

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