Ma vie de mascotte dans un club de hockey

Le dragon du HC Fribourg-Gottéron roule des pelles, amuse, console et reçoit de la bière. Sa confession.

La tanière du dragon, le 25 janvier 2019 à Saint-Léonard.

La tanière du dragon, le 25 janvier 2019 à Saint-Léonard. Image: Yvain Genevay

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Rencontrer un dragon, quand on n’en a pas vu depuis longtemps, est toujours intimidant. Pour avoir une petite idée de ce qui nous attend, ce vendredi après-midi à Fribourg, on demande à celui qui lui prête vie chaque soir de match de nous parler un peu de son meilleur ami. «Si je devais présenter Augustin, je dirais que c’est un dragon un peu foufou, commence-t-il sans vouloir nous rassurer. Il est un peu capricieux, aussi. Il aime bien faire des bêtises et n’écoute pas toujours ce qu’on lui dit. Cette saison par exemple, on lui a demandé de ne pas grimper sur les bandes autour de la glace, mais il le fait tout le temps. Il lui est même arrivé de tomber sur les photographes. Et puis, il aime bien faire des farces.» Ce sacré farceur a 5 ans mais il en fait 27 – ou l’inverse. Il a été adopté par Fribourg-Gottéron en 2013. Il a fallu trouver une personne capable de le comprendre et de l’aimer; de ne faire qu’un avec lui.

Comme ce n’est pas si simple de s’occuper d’un gros dragon vert, ils furent deux à s’en partager la garde puis, dès 2015, il n’y eut plus que lui. «Au début, il m’a fallu quelques matches avant d’avoir le caractère d’Augustin.» Dans la peau du dragon, il ne serait donc pas tout à fait lui-même? «Sa folie, elle lui appartient. Je ne suis pas comme ça tous les jours, et heureusement. Cela dit, il a quelques traits déjantés qui sont les miens. À l’école primaire, j’étais extrêmement timide. Puis j’ai commencé le théâtre et suis devenu plus à l’aise. J’adore amuser la galerie et interagir avec les gens. Je travaille d’ailleurs dans le social.»

Intervenant en protection de l’enfant, il lui arrive de rencontrer des jeunes fans de Gottéron qui lui parlent du dragon facétieux de Saint-Léonard. «Ils me disent qu’il est drôle et fou, ce qui me fait sourire en coin. Ils parlent de lui sans savoir que c’est moi. Il y a un petit côté Batman.»

«Dans sa peau, je suis un autre»
Le costume transforme. Sublime. «Quand je me glisse dans la peau du dragon, je suis un autre. Parfois, après une journée de travail, ça m’embête d’aller au match. J’ai l’impression de ne pas avoir une bonne énergie. Mais les supporters ne le voient pas derrière mon masque. Ils ne se doutent de rien. Eux, ils ont le même engouement, la même énergie. Ils me font rapidement entrer dans mon personnage. C’est fou, l’effet des gens en face.»

«On me fait beaucoup de commentaires sur ma queue. Je comprends qu’elle puisse faire des jaloux, voire des envieuses» Augustin

Augustin est le seul de la patinoire à rencontrer les spectateurs de tous les secteurs les soirs de match, ce qui lui donne une vision quasi sociologique des tribunes. «Gottéron, c’est une grande famille. Il y a une mixité assez énorme. Toutes les classes sociales se mélangent pour la même cause: leur équipe. Que les gens soient malades, qu’ils aient des problèmes à la maison ou au travail, ils viennent à la patinoire pour passer un bon moment. Je le ressens. J’ai envie de leur faire partager un moment de bonheur; ça me booste.» Toute la difficulté, pour la mascotte, est de savoir s’adapter à celui qui se trouve en face. «De se mettre sur la même fréquence que l’autre», glisse Augustin.

100 francs la prestation
Face à une petite fille émue aux larmes de le voir, il se montrera doux et attentif. «Et avec les grands enfants, ce sera encore différent.» Le ton se fait soudain malicieux. «On me fait beaucoup de commentaires sur ma queue. Je comprends qu’elle puisse faire des jaloux, voire des envieuses.» Le dragon en joue sans vergogne. «Augustin embrasse facilement les demoiselles qui viennent le câliner.» C’est cependant moins la susceptibilité des maris jaloux que celle des supporters adverses que cet adepte des bisous avec la langue (fourchue) doit gérer. «Le plus souvent, il n’y a aucun problème. Mais contre Ambri, il y a deux ans, ça s’était moins bien passé. Les fans m’avaient arrosé de bière, et je leur avais répondu en leur faisant un signe, disons, d’agacement, ce qui avait eu le don de les irriter davantage. Malheureusement pour moi, j’étais pile dans l’axe de la caméra. La vidéo avait circulé. Mais les dirigeants du club ne m’avaient pas viré!»

Ils savent trop la chance qu’ils ont de pouvoir compter chaque soir de match sur un dragon qui pète le feu pour un salaire qui part vite en fumée (100 francs).

«Je le fais par passion. De toute façon, personne ne ferait Augustin pour l’argent, ça n’en vaudrait pas la peine vu le temps que ça prend.» Presque cinq heures par soir en comptant les trajets, et sans voir le match. «Seulement des séquences», observées de loin à travers un filet noir cousu dans la gorge de l’animal. Un crève-cœur pour cet amoureux de hockey? «Non. Je suis de toute façon dans l’ambiance, oppose-t-il. Et en tant que mascotte, on a l’impression de jouer un rôle.»

Lequel, justement? Le dragon est-il un sixième homme ou un sixième joueur? «Je me vois comme un trait d’union entre l’équipe et les supporters. Ce qui est certain, c’est que les gens n’en veulent pas à Augustin quand Fribourg perd. Dans le même temps, la mascotte est une figure du club. On me demande souvent des infos sur l’équipe, mais je ne sais vraiment pas grand-chose. Même si, depuis cette année, j’ai un numéro. Le un, pour Augustin.»

«Quand Fribourg perd, les gens me disent: «Va voir jouer avec eux!» Ou encore: «Va les secouer dans le vestiaire!»

Même s’il ne joue pas, ce dragon aux poignées d’amour et de crème double finit toujours aussi fatigué que les hockeyeurs. Parce qu’il doit courir dans les rangs serrés de la patinoire avec un costume lourd (la tête) et encombrant (la queue). «Je prends quelques moments de pauses durant les matches, admet-il. Je vais dans un vestiaire boire un coup et reprendre mes esprits avant de retourner au charbon.»

Lorsqu’il se défait de sa peau verte, tard le soir, il se dit content de se retrouver en lui-même.

Secrètement amoureux de Calvina
Quand le costume est trop lourd à porter, se met-il à rêver d’être aérien comme un aigle genevois ou agile comme un lion lausannois?

«Je n’aurais pas aimé faire autre chose que dragon», dit-il en riant, avant de nous faire une petite confidence: «Augustin a un petit amour secret pour Calvina (ndlr: la mascotte de Genève-Servette). Calvin n’est pas très content, même si on sait tous que c’est un amour impossible.»

L’idylle est née lors du «mascottes show», un événement qui rassemble les figures iconiques des clubs en marge d’un match de l’équipe nationale. «Cet événement a toujours été organisé à Genève. Quand la nouvelle patinoire sera terminée à Fribourg, ce serait bien qu’on puisse l’accueillir. Comme ça, je pourrai présenter les lieux à Calvina…»

Il faudra que ce soit bientôt, alors. Car cet humain si dragon, qui rempile chaque saison, ne pourra pas continuer à faire vivre Augustin seul tout en poursuivant son activité professionnelle à 100%. Mais sera-t-il d’accord de partager son meilleur ami? «Bien sûr, soutient-il. Quand nous étions deux il y a cinq ans, je trouvais même supersympa car l’autre personne amenait des idées que je n’avais pas eues, et inversement.»

Ce qu’il souhaite, surtout, c’est que «l’esprit d’Augustin perdure». Parce que tout le monde le sait: «Un dragon, ça peut vivre très longtemps.» (Le Matin Dimanche)

Créé: 05.02.2019, 20h57

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