En se vendant à des retraités, elles auraient amassé plus d'un million

GenèveUne femme de ménage et sa mère qui se prostituaient à Genève sont soupçonnées d’avoir abusé de la confiance de retraités.

La mère est soupçonnée de s’être prostituée depuis 2009 et d’avoir encouragé sa fille à faire de même par le biais de petites annonces dans la presse. (Photo d'illustration)

La mère est soupçonnée de s’être prostituée depuis 2009 et d’avoir encouragé sa fille à faire de même par le biais de petites annonces dans la presse. (Photo d'illustration) Image: Zuberka/iStock

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En mai dernier, Rosa*, une femme de ménage espagnole, a priori sans histoire, a été interpellée chez elle, à Genève. Dans son coffre-fort se trouvait notamment 1,2 million de francs. Comme le révélait la «Tribune de Genève» en juin, elle et sa mère, Theresa*, se retrouvent suspectées d’avoir détroussé des aînés.

La procédure, pour abus de confiance et vol, s’enrichit aujourd’hui d’un nouveau volet. Selon nos informations, la mère, qui a travaillé en Suisse notamment comme dame de compagnie, est également soupçonnée de s’être prostituée, depuis 2009 et d’avoir encouragé sa fille à faire de même par le biais de petites annonces dans la presse, comme celle parue le printemps dernier: «Dame soixantaine sympathique, simple, cherche ami, amitié et plus, minimum 80 ans.»

Theresa soutient avoir invité sa fille à vendre ses charmes depuis «un an et demi». Le parquet l’a donc prévenue ce mois pour ces faits nouveaux, en lui précisant qu’elle aurait exercé cette activité sans se déclarer aux services compétents.

Un diamant à 45'000 francs

Qui sont les victimes? L’enquête le dira. Mais à ce stade, la procédure évoque le cas d’un aîné aujourd’hui décédé et d’un autre retraité qui se retrouve dans le camp des parties plaignantes. Theresa est soupçonnée d’avoir «profité de sa dépendance et de sa faiblesse de jugement» et se serait fait désigner comme seule héritière. Elle lui aurait même fourni un modèle de testament.

D’après les derniers éléments de l’enquête, le vieil homme lui a remis par le passé un diamant valant 45'000 francs contre une prestation sexuelle. Elle est aussi soupçonnée de lui avoir soutiré 253'000 francs entre 2013 et 2018. Le plaignant affirme avoir été envoûté par ces deux femmes qui se seraient rendues indispensables. C’est dans ce contexte que l’homme aurait également acheté une voiture à Theresa. Entendue, cette dernière, propriétaire de biens immobiliers en Espagne, déclare avoir travaillé gratuitement pour lui durant douze ans.

L’autre aîné, décédé l’an dernier, a également eu affaire au duo, qui a été provisoirement libéré ce mois. Rosa aurait utilisé ses plaques de voiture depuis 2015 alors qu’il avait renoncé à son permis de conduire en février 2015. Elle aurait été mandatée pour nettoyer l’appartement du retraité, ce qui n’a pas été fait comme a pu le constater en 2017 un huissier judiciaire décrivant un «appartement dans un état déplorable».

Quant à la mère, elle admet avoir pris de l’argent sur le compte de cet homme mais soutient avoir fait cela pour lui payer ses frais médicaux. Pour ce qui concerne les bijoux du coffre, Theresa explique en avoir reçu de personnes décédées, sans donner plus de précisions. Dans la foulée, d’autres clients de Theresa ont été entendus par la police. Ils ont répondu à des annonces pour des heures de ménage ou des prestations sexuelles. Mais ils n’estiment pas avoir été grugés ou abusés et n’ont pas porté plainte à ce stade.

Theresa a quitté officiellement la Suisse en 2017 mais se rendait périodiquement chez sa fille. De nombreuses valeurs contenues dans le coffre lui appartiennent. La police a retrouvé le safe dans la cuisine de Rosa. À l’intérieur, un sac plastique contenant 791'000 francs et 168'700 euros et des enveloppes où étaient glissés 220 610 francs. Autres valeurs saisies lors de la visite domiciliaire de la police: des montres de luxe (Piaget, Cartier, Baume & Mercier), 100'000 francs de bijoux, une clé d’un safe bancaire et 8 albums de pièces de monnaie de collections. «Un cadeau d’un retraité fait à ma mère», relève en substance Rosa lors d’une audition.

L’enquête se poursuit

Pour l’heure, notamment en raison des déclarations contradictoires des deux prévenues, les enquêteurs peinent à établir l’origine de toutes les valeurs retrouvées dans le coffre et les détenteurs de celles-ci. Le procureur Lobsang Duchunstang poursuit les investigations.

«Sans se prononcer sur le fond, compte tenu de l’instruction en cours, Me Bénédicte Amsellem-Ossipow, curatrice du plaignant, relève qu’il s’agit d’une triste affaire mettant en lumière la vulnérabilité de certain.e.s de nos aîné.e.s et la nécessité d’y veiller non seulement sur le plan familial mais également plus largement au niveau sociétal.» Avocat de la retraitée, Me Sandro Vecchio déclare réserver ses commentaires pour la justice.

* Prénoms d’emprunt

Créé: 23.11.2019, 23h00

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