Des vacances trop longues pénalisent les élèves défavorisés

EcoleDes études montrent que les enfants perdent des acquis pendant l’été,en particulier ceux de familles moins aisées. Qu’en est-il en Suisse où la pause estivale varie du simple ou double?

Outre les vacances d’été, des horaires pas trop lourds et des pauses régulières sont favorables à un bon apprentissage.

Outre les vacances d’été, des horaires pas trop lourds et des pauses régulières sont favorables à un bon apprentissage. Image: Imgorthand/Getty Images

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Les Suisses reprennent l’école dans le désordre. Certains Alémaniques ont retrouvé leurs bancs la semaine dernière. Ce lundi, plusieurs cantons romands suivent (NE, JU, VS, Jura bernois). Les Fribourgeois s’y remettent cette fin de semaine (ou la prochaine pour le niveau secondaire). Pour les Vaudois et les Genevois, le retour est agendé au 27 août. À la fin du mois, seuls les Tessinois profiteront encore de la piscine. Au sud des Alpes, les élèves ont en effet 11 semaines de vacances en été!

De quoi faire pâlir d’envie leurs camarades, en particulier en Suisse alémanique, où certains cantons n’offrent que 5 semaines. Ce qu’ils ignorent, c’est que ces différences peuvent avoir des conséquences et que de trop longues vacances peuvent les pénaliser.

Commençons par une bonne nouvelle pour nos jeunes lecteurs: une coupure estivale de plusieurs semaines s’impose. Pour Hubert Montagner, ancien directeur de recherche à l’Institut français de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et professeur des universités, l’enfant doit avoir le temps de nouer d’autres relations sociales, de s’engager dans des activités et d’en changer en cours de route. Mais attention, il ne faut pas exagérer! Le dosage idéal fait l’objet d’innombrables débats et dépend de multiples facteurs. Hubert Montagner juge néanmoins que 6 ou 7 semaines suffisent.

Deuxième constat, certaines connaissances s’évaporent dans la torpeur estivale. Ce phénomène, d’abord montré aux États-Unis, a été étudié en Europe. Cet été, la «Südostschweiz» citait une chercheuse de l’Université de Berne, pour qui 4 semaines de vacances estivales devraient suffire, et la RTS s’inquiétait à son tour du risque qu’une longue pause ne creuse les inégalités sociales. Qu’en est-il?

«Les élèves sont moins forts après les vacances. Les oublis sont plus importants en mathématiques et ils augmentent avec la durée de la pause», nous confirme Pascal Bressoux. Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Grenoble Alpes, il a analysé cet «effet vacances» chez les petits Français de 6 à 8 ans.

Moins encadrés durant l’été

Certes, les connaissances endormies durant l’été sont réactivées sans trop de difficulté à la rentrée. «Mais s’il y a beaucoup d’oublis, cela prend du temps.» Surtout, le phénomène augmente les inégalités sociales. «Les écoliers appartenant à des classes moins aisées perdent davantage de connaissances que les autres. Dans notre étude, la différence d’acquis entre les enfants plus et moins aisés était de 0,23 unité d’écart type avant les vacances et de 0,39 à la fin. Et cela ne se résorbe pas durant l’année scolaire.»

Ces élèves sont probablement moins encadrés durant l’été et effectuent moins d’activités. Bruno Suchaut, directeur de l’Unité de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques du canton de Vaud, avance deux pistes pour y remédier: proposer des stages de remise à niveau avant la rentrée et davantage d’activités culturelles dans les quartiers moins aisés.

Une pause étendue présente un autre inconvénient: il faut compenser le reste de l’année les périodes scolaires perdues. La jeune cigale ayant chanté en italien tout l’été se trouvera fort chargée en hiver. Or, les experts assurent que les enfants apprennent mieux si l’horaire hebdomadaire n’est pas trop lourd et les pauses régulières. Là encore, il n’y a pas de règle gravée dans le marbre, et le bon dosage dépend de plusieurs éléments.

Selon François Testu, professeur de psychologie émérite et président de l’Observatoire français des rythmes et des temps de vie des enfants et des jeunes, le rythme idéal est toutefois de 7 semaines d’école (plus ou moins une) suivies de deux de vacances. Si on les charge trop, les petits fatiguent et ont le sentiment de subir les choses, «ce qui contribue à un désamour de l’école», renchérit Hubert Montagner.

Les très longues vacances estivales ont-elles des conséquences visibles sur les résultats? Le Tessin était en queue de classement de l’évaluation PISA 2012 (qui teste les niveaux de compétence des élèves de 15 ans, voir ci-contre). D’un autre côté, Fribourg et le Valais surfaient avec les sommets sans être les plus radins en matière de congés estivaux. Bruno Suchaut met en garde: «Trop de facteurs entrent en ligne de compte pour effectuer une telle comparaison.»

Pascal Bressoux, qui se place dans une perspective internationale, lance pour sa part un appel: «Les systèmes sont si différents d’un pays à l’autre que cela n’a guère de sens de ne retenir que la durée des vacances pour expliquer les écarts de performances. La Suisse serait peut-être un bon terrain pour faire une telle enquête.»

Des rythmes à prendre en compte

Pour les chercheurs, l’important est de ne pas oublier l’intérêt de l’enfant quand on parle calendrier et horaires scolaires. Leur plaidoyer résiste, toutefois, difficilement à l’épreuve du terrain. «Les élèves ont des rythmes dont nous devrions tenir compte, mais on ne le fait pas suffisamment», admet Monika Maire-Hefti, conseillère d’État neuchâteloise et directrice de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Dans la pratique, les administrations doivent intégrer d’autres éléments dans l’équation. En été, on ne peut pas laisser les Tessinois transpirer dans des classes surchauffées; Noël ne tombera jamais en janvier; en février, il s’agit d’éviter que toutes les familles se ruent dans les stations de ski en même temps; les fêtes de Pâques ne perdront pas leur habitude de se balader dans le calendrier… Ajoutez à cette discussion les désirs des parents et vous obtiendrez un casse-tête.

Une étude du Service genevois de la recherche en éducation publiée en 2017 montre que les opinions desdits parents sont… très variées. «Les familles d’origine italienne ou espagnole souhaitent, par exemple, de longues vacances en été, vraisemblablement pour rentrer dans leur pays d’origine, détaille son directeur adjoint Dominique Gros. D’autres parents nous disent qu’une meilleure répartition sur l’année leur permettrait de trouver plus facilement des solutions de garde.» Au final, une seule chose est plébiscitée: celle d’offrir «des ponts» quand des congés tombent le jeudi, comme à l’Ascension. Mais pour cela, il faudra récupérer les jours ailleurs.

Créé: 18.08.2018, 22h13

Les Tessinois ont 11 semaines de vacances, mais se rattrapent ensuite

En Suisse, les disparités dans la durée des vacances sont liées au fédéralisme. «Depuis 1970, un concordat intercantonal prévoit qu’en Suisse l’école dure 38 semaines par année», précise Olivier Maradan, secrétaire général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). Seul le Tessin (36,5 semaines) ne respecte pas la règle. Avec son congé estival allant du 16 juin au 2 septembre, il suit une tendance méridionale.

Emanuele Berger, directeur de la division des écoles au sein de l’administration tessinoise, relativise cette particularité tessinoise en calculant le nombre d’heures que les enfants de 11 à 15 ans passent chaque année à l’école. À cette aune-là, les Tessinois, avec leurs 1003 heures, dépassent les Vaudois (912 heures) et les Genevois (924 heures).

La durée de la pause estivale n’est pas discutée au Tessin. «Elle a des causes historiques et climatiques qui sont bien ancrées dans nos traditions», explique Emanuele Berger, avant d’ajouter: «Pour nous, ce débat est nouveau. Il serait intéressant d’y réfléchir.»
Directeur d’école à Ascona, Giorgio Gilardi avoue que certains élèves s’ennuient en été.

«La question est de savoir ce qu’ils font durant ces semaines de vacances. Dans notre école, nous proposons des activités de jour.» Dans la même logique, le directeur conclut qu’en été les enfants peuvent davantage sortir. «Si on augmentait la durée des vacances en novembre, le risque qu’ils restent à la maison devant la télévision ou l’ordinateur serait plus élevé.»

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