«Je suis très fier d’avoir l’image d’un élu des banques»

Le PLR veut revenir dans la course électorale avec son programme économique, alors que des signaux de récession inquiètent. Son vice-président, Christian Lüscher, s’explique.

Homme de l’eau, le Genevois Christian Lüscher apprécie d’avoir déménagé au bord du lac.

Homme de l’eau, le Genevois Christian Lüscher apprécie d’avoir déménagé au bord du lac. Image: Nicolas Righetti/Lundi13

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Le PLR était largué en ce début de campagne. La crise économique doit vous remettre à la mode. Rien de tel qu’une bonne récession?

Nous ne cherchons pas à être à la mode. Les questions économiques forment le véritable code génétique du PLR. Il est logique que lorsque les problèmes dans ce domaine risquent de frapper la Suisse, il s’en saisisse immédiatement et à bras-le-corps.

Mais faut-il aujourd’hui avoir peur pour son emploi?

Non, au contraire. L’économie suisse tourne à plein régime. On voit que 87% des gens sont satisfaits de leur travail et de leur salaire. Cela dit, je suis parfaitement conscient, tout en étant PLR, que des personnes tirent la langue avec des salaires qui leur permettent difficilement de joindre les deux bouts. Il faut aussi penser à elles. Et la seule manière de le faire est d’avoir une économie forte et un partenariat social efficace. C’est précisément pour maintenir cette situation, en prévision de problèmes qui pourraient frapper l’économie mondiale, que nous avons regroupé l’ensemble de nos propositions et que nous en avons formulé de nouvelles. Il faut anticiper pour éviter la crise. C’est notre job.

La libéralisation à tous crins n’a plus vraiment la cote. N’est-ce pas le moment de changer de recette?

Nous ne proposons pas cela, mais des mesures qui permettent d’assurer que nos entreprises restent en Suisse et maintiennent des emplois et que de nouveaux contribuables viennent s’y installer. Parallèlement, nous proposons aussi des mesures qui permettent d’améliorer la situation des femmes, en particulier des femmes qualifiées, qui aujourd’hui ne reviennent pas forcément vite sur le marché du travail parce que la fiscalité est décourageante et que les déductions des frais de garde d’enfant sont très limitées. Nous voulons les porter à 24'000 francs et prônons l’imposition individuelle.

Ces idées sont connues. Vous n’avez rien de neuf?

Si, notamment ce visa pour les start-up que nous aimerions mettre en place. Mais nous constatons que nous manquons souvent de vision globale en Suisse. Nous aimerions développer cette vision d’ensemble pour la fiscalité et l’économie avec l’idée qu’elle est créatrice de stabilité et de sécurité.

Le Conseil fédéral semble obsédé par l’idée de signer de nouveaux accords de libre-échange, comme il l’a montré avec le Mercosur. Vous suivez?

La priorité absolue doit aller au maintien des relations bilatérales avec l’Europe. Ce n’est pas pour faire plaisir à l’UE, mais c’est dans l’intérêt de la Suisse! L’Europe est notre client principal. Parallèlement à cela, ne fermons pas les yeux face à la concurrence internationale. Nous avons besoin de nouveaux accords de libre-échange. Le fait que Guy Parmelin soit maintenant à la tête de l’Économie devrait contribuer à apaiser les craintes du milieu paysan.

Au niveau financier, tout semble réglé. Est-ce qu’on a encore besoin d’un élu des banques comme vous à Berne?

Oui, il y a encore du travail, notamment pour éviter la surrégulation qui empoisonne la place financière. Et je suis très fier d’avoir cette image: les banquiers genevois créent des dizaines de milliers d’emplois et sont eux-mêmes des contribuables responsables et souvent aussi de grands mécènes pour la culture et le sport. Genève peut leur dire merci.

Et le virage écolo de votre parti, vous adhérez?

Bien sûr. Je suis pour l’action et non pas pour le bruit. Si chacun d’entre nous contribue de manière intelligente à prendre des mesures qui ralentissent le réchauffement climatique, ce sera déjà un immense pas. J’ai la chance d’avoir des enfants grands et des enfants jeunes. Mes filles de 8 ans sont très conscientes des problèmes écologiques, des déchets plastiques, des écogestes. Je pense que la génération qui a aujourd’hui entre 5 et 30 ans et qui va régner sur la Suisse d’ici à quelques années aura une conscience écologique spontanée et naturelle.

Vous vivez maintenant au bord du Léman. Vous voyez les changements en direct?

C’est évident que lorsqu’on est proche de l’eau ou sous l’eau – ce qui est souvent mon cas parce que je suis un passionné de plongée sous-marine – on est en présence directe avec le problème climatique et de sauvegarde de la planète. Aux Maldives, j’ai vu les coraux abîmés. On voit l’inconscience écologique de 90% des pays de la planète qui balancent tous leurs déchets sans tri dans la mer, et ces îles de plastique qui se forment. L’été dernier, la température du Rhône à Genève a atteint 29,2 degrés, un record historique.

Créé: 31.08.2019, 23h00

«À Genève, nos électeurs prendront leurs responsabilités»

On vous sent stressé aujourd’hui dans la configuration électorale genevoise. Vous craignez les coups de crayon?

Je ne crains aucun coup de crayon. Le PLR est le parti de la responsabilité et nos électeurs prendront les leurs.

Mais combien de voix allez-vous perdre à cause de l’affaire Maudet?

J’ai pris mes responsabilités en relayant la position du PLR suisse et du comité directeur genevois. Et croyez-moi, je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur. Cela étant, il s’agit pour moi et pour le parti d’une affaire réglée sur le plan politique.

Vous l’avez défendu avant de le lâcher. Est-ce l’histoire d’une amitié perdue?

J’ai été parfois l’avocat et souvent l’ami de Pierre Maudet et le temps qui s’écoule rétablira cette relation.

Genève a un siège de plus au Conseil national cette année. Vous êtes sortant, connu. Ce sera un jeu d’enfant pour vous!

Quand on se présente à une élection, on s’expose à ne pas être élu. Le fait d’être sortant ne doit pas conduire à adopter un comportement arrogant. Et pour tout dire, j’aime faire campagne, rencontrer des gens, intervenir, «vendre» le produit PLR. Je suis enthousiaste. Notre liste est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, sans compter le devoir d’obtenir un siège aux États pour mon ami Hugues Hiltpold.

La politique fédérale vous amuse toujours? Après douze ans,vous ne ressentez pas d’usure?

Amuser n’est pas le bon mot. Je suis tombé amoureux de la politique fédérale dès mon premier jour à Berne. J’ai un plaisir quotidien avec ma charge de conseiller national. Si j’avais la moindre usure, je ne me représenterais pas.

Et les déplacements, la conciliation?

On s’habitue. Finalement, Berne est à deux arrêts de train de Genève: Lausanne et Fribourg. Le train me permet de travailler et de préparer mes dossiers. J’ai l’impression que le trajet dure 10 minutes. Cela étant, j’ai la chance d’avoir une très bonne santé. J’arrive pour l’instant à concilier sans problème ma vie professionnelle, ma vie familiale et ma vie de parlementaire.

Vous vous représenterez donc en 2023?

Je considère la présidence de la Commission de l’économie et des redevances, que j’assumerai l’an prochain pour deux ans si je suis réélu, comme l’apogée de ma carrière politique. N’est-ce pas une façon de vous répondre?

En dates


  • 1963: Naissance à Genève, le 6 décembre.

  • 2007: L’avocat est élu une première fois au Conseil national.

  • 2009: Le PLR genevois le présente dans la course au Conseil fédéral au côté de Martine Brunschwig Graf.

  • 2019: Devenu vice-président du PLR Suisse, Christian Lüscher se représente pour une quatrième législature.

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