Trail, l’appel de la montagne

TendanceAméliorer son endurance et renforcer sa musculature en pleine nature: ce type de course séduit de plus en plus.

Ce qui plaît dans le trail? D’abord, le contact avec la nature; et puis le rendez-vous avec soi et ses propres limites plutôt que la compétition contre les autres.

Ce qui plaît dans le trail? D’abord, le contact avec la nature; et puis le rendez-vous avec soi et ses propres limites plutôt que la compétition contre les autres. Image: Scott Markewitz/Getty Images

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Enfiler ses baskets (profilées), ne pas oublier sa gourde, et filer sur les chemins de montagne: toujours plus de Suisses craquent pour le trail, cette course à pied longue distance qui se pratique en milieu naturel, le plus souvent en montagne pour un surplus de dénivelé.

S’il n’existe pas de fédération ad hoc, il suffit d’entrer dans un magasin de sport pour comprendre que la demande est là. Chaussures, sacs et vêtements high-tech, bâtons ultralégers, la place dévolue au trail a explosé dans les rayons, les livres spécialisés rivalisent de conseils pour s’y mettre, et #trailrunning cumule plus de 8,6 millions d’occurrences sur Instagram.

Un chiffre donne la mesure de la popularité grandissante de la discipline. En 2016, il avait fallu 6 semaines aux organisateurs de Sierre-Zinal, course emblématique du genre, pour vendre tous les dossards. Pour la cuvée 2019, ils sont partis en… 1 heure et 37 minutes. Plus fort que le Paléo Festival. Il faut dire que la rencontre est entrée l’année dernière dans le cercle restreint de la Golden Trail World Series, l’équivalent du grand Chelem dans le genre.

«C’est vrai que c’est assez impressionnant, on est aujourd’hui dans une situation où on doit refuser vraiment beaucoup de monde, et très rapidement, mais c’est de manière générale toutes les courses de montagne qui se portent bien», se réjouit Vincent Theytaz, le directeur de la mythique course. Pour lui, ce succès s’explique notamment par le fait que Sierre-Zinal plaît à un éventail large de sportifs, des coureurs d’élite chevronnés aux simples amoureux de la montagne adeptes de randonnées du dimanche. Autre chiffre parlant: en moyenne, 50% des inscrits à Sierre-Zinal font la course pour la première fois. Toujours plus d’amateurs, qui se décident parfois sur un coup de tête, genre bonne résolution de la nouvelle année, ou qui y participent à la manière d’un «rite de passage», à la trentaine, la quarantaine ou la cinquantaine.

Changer de terrain de jeu


L’envie vous titille? On veillera à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. «Ce n’est pas parce qu’on a les chaussures parfaites et le matériel le plus perfectionné qui soit que l’on est prêt à se lancer dans un trail, il faut un minimum de préparation», avertit Hélène Maystre, physiothérapeute et préparatrice physique chez EnMouvement, à Lausanne.

Les règles de base: commencer de manière progressive, évidemment. En prenant l’habitude de marcher en montagne d’une part, et en alignant les kilomètres de course d’autre part.

Très pratiquement, Hervé Warpelin préconise des randonnées en montagne le week-end, et des sessions de running loin du bitume, pour s’aventurer sur d’autres terrains de jeu, comme des parcours Vita, «histoire d’habituer les chevilles, sans griller les étapes». C’est ainsi que cet ancien footballeur est passé de la course de route «classique» au trail, en augmentant progressivement les distances. Parce que, évidemment, on ne commencera pas le trail avec les 177 kilomètres et les 10 000 mètres de dénivelé positif de l’ultra-trail du Mont-Blanc, mais davantage avec un minitrail, entre 6 et 15 kilomètres, plus accessible. Autre travail en amont: du gainage, encore et toujours, avec un travail axé sur les jambes, pour avoir un corps «fonctionnel», selon l’expression de la préparatrice physique.

Bonne ambiance et respect de la nature


Mais qu’est-ce qui plaît autant dans le trail? Invariablement, tous les adeptes évoquent les mêmes raisons, presque toujours dans le même ordre. Le contact avec la nature, d’abord. Pour un traileur, il est d’ailleurs tout bonnement inimaginable (voire interdit par le règlement des courses) d’abandonner quoi que ce soit derrière soi.

Autre argument: courir un trail, c’est un rendez-vous avec soi et ses propres limites plutôt qu’une compétition contre les autres. «D’ailleurs, je ne regarde souvent ma montre qu’une seule fois, quand je suis à la ligne d’arrivée, quasi jamais durant la course, résume Hervé Warpelin, coureur et collaborateur au New Concept Store d’Épalinges (VD), un magasin référence dans le monde de la course à pied. Quand on court les 20 kilomètres de Lausanne, on jette un œil toutes les 5 minutes sur sa montre, c’est tout autre chose!»

L’atout supplémentaire du trail, c’est le peu d’investissements qu’il nécessite, en tout cas au début (lire encadré). Une fois ses baskets chaussées, il suffit de trouver un chemin pédestre un minimum vallonné pour s’entraîner. «Et on a plutôt de la chance, en Suisse, avec pas mal de ces sentiers, vraiment bien entretenus, et du coup plein d’opportunités pour s’adonner au trail running», s’enthousiasme Vincent Theytaz.

«Si tu es blessé sur le bord du chemin, les autres concurrents vont s’arrêter, te demander si tu as besoin d’aide. Dans les courses sur route, on te sautera par-dessus pour ne pas perdre quelques précieuses secondes!»

Mais son attrait majeur, selon les dires de toutes les personnes interrogées, c’est la bonne ambiance qui existe lors de ces rencontres. «Si tu es blessé sur le bord du chemin, les autres concurrents vont s’arrêter, te demander si tu as besoin d’aide, illustre Hervé Warpelin. Dans les courses sur route, on te sautera par-dessus pour ne pas perdre quelques précieuses secondes!»

La tendance des mini-trails et des trails blancs


Et ce qui a permis de démocratiser encore davantage la pratique, c’est l’offre des organisateurs de trails, qui ont compris qu’ils attireraient plus de coureurs s’ils proposaient aussi des variantes plus «soft». Ces dernières années, presque chaque grand rendez-vous de trail ou d’ultra-trail (on utilise le qualificatif d’ultra quand la distance à parcourir est importante, dès 42 kilomètres pour certains, beaucoup plus pour d’autres) a ainsi décliné sa version «allégée», voire carrément des événements plus festifs, comme la Freddie’s Night ou la Queen’s Night du Montreux Trail Festival, fin juillet. Bingo: du coup, plus de curieux, des profils différents, et tout un nouveau marché…

Plus macro-économique, certains lient carrément la popularité grandissante du trail avec… le réchauffement climatique. Une hypothèse évoquée déjà en 2015 par des élèves de la Haute École de gestion et Tourisme du Valais. En gros, face à une concurrence acharnée et des précipitations neigeuses en baisse, les stations de montagne ont dû trouver de nouveaux moyens pour attirer le chaland. Proposer des pistes de trail est devenu ainsi une valeur ajoutée à l’attractivité de la station, même quand la neige fait défaut. Ce qui n’empêche pas certaines d’entre elles de proposer désormais des «trails blancs», pour permettre aux aficionados de continuer à pratiquer même durant l’hiver, l’autre grande tendance du moment.

Attention bobos


Reste qu’avec la démocratisation de la discipline, certains se lancent ou se présentent sur la ligne de départ mal préparés. Car il ne suffit pas d’avoir acheté le matériel le plus high-tech qui soit pour s’élancer gaiement sur 55 kilomètres avec un dénivelé positif de 4200 mètres.

«L’alternance de montées et de descentes peut être difficile à gérer, d’autant plus que le milieu n’est pas toujours amical, relève Hélène Maystre. C’est donc très fort pour les jambes.» Vous faites déjà régulièrement des balades en montagne? Selon cette spécialiste, vous êtes déjà mieux préparé qu’un coureur sur bitume.

Mais attention: blessures aux genoux, tendinites, entorses voire fractures de fatigue – qui arrivent dans les derniers kilomètres, quand le corps est fatigué et l’attention un brin relâchée – ne sont certes pas légion, mais font partie des risques inhérents au trail. Autre pépin parfois rencontré chez les «novices»: la déshydratation, car la durée de l’effort s’étale souvent sur plusieurs heures. «Boire durant un effort soutenu, cela s’apprend aussi, assure Vincent Theytaz. En gros, il ne faut pas attendre d’avoir soif.»

Mais il y a une bonne nouvelle: dans le trail, on peut marcher! «Le but est de tenir la distance, surtout ne pas se sentir obligé de courir tout du long», prévient Hélène Maystre. Oui, même les meilleurs sportifs s’autorisent à ralentir un peu le pas lorsque la pente se fait trop raide. Il ne vous reste plus qu’à muscler un peu cuisses et mollets avant de vous lancer.

Créé: 11.08.2019, 15h50

Le matériel

Les chaussures

C’est la dépense la plus importante. Si on démarre le trail sur des terrains pas top pentus, bien entretenus et réguliers, on peut éventuellement commencer avec ses baskets de running classiques. Mais dès qu’on s’aventure sur de la pente ou des terrains techniquement plus complexes, il faudra s’équiper de chaussures plus profilées. Même si les bénévoles de Sierre-Zinal ont déjà vu passer à de rares occasions des coureurs à pieds nus, venus du Népal ou du… Mexique.

La gourde

Encombrante, la gourde a laissé sa place dans le cœur des traileurs à la flasque molle, que l’on peut glisser dans les bretelles de son sac ou dans une ceinture spéciale, comme la Freebelt Pro de Compressport, l’it-accessoire des traileurs.

Les vêtements

«On démarre la course disons à 500 mètres, et on se retrouve quelques heures plus tard à 2000 mètres, il faut donc toujours être équipé pour ces différents climats, d’autant que le temps peut changer rapidement en montagne», prévient Vincent Theytaz.

Les bâtons

Il existe des bâtons spécifiquement développés pour le trail, ultralégers et pliables, qui peuvent se ranger dans certains sacs à dos de trails. Attention, des courses interdisent leur utilisation ou la régulent drastiquement.

Le sac

Il existe désormais tout un assortiment de sacs conçus spécialement pour le trail. Place pour un réservoir d’eau, rangements ultrapratiques pour dégainer barre d’énergie, coupe-vent voire bâtons, les concepteurs ont pensé à tout. «Ce n’est vraiment pas un achat anodin, car une course de trail dure souvent de deux à dix heures, il faut donc s’hydrater, s’alimenter, et bien organiser son sac en conséquence», insiste Bastiaan Breine, grand traileur venu de Belgique, aujourd’hui collaborateur chez
Décathlon, à Bussigny

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