Quand le stress a raison du coeur

Une étude sur plus de 130 000 personnes démontre que les gens stressés courent un risque accru d’accidents cardiovasculaires, la première cause de décès en Suisse.

D’après les dernières estimations, 35% de la population est 
en en état de stress chronique.

D’après les dernières estimations, 35% de la population est en en état de stress chronique. Image: Runstudio/GettyImages

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Être pris dans une catastrophe naturelle, perdre un être cher, être victime de violence ou de harcèlement peut mener votre cœur à bout. Et pas uniquement au sens figuré. Une recherche scandinave publiée dans le «British Medical Journal» révèle que les personnes exposées à un stress aigu ont 60% plus de risques de développer une maladie cardiovasculaire, notamment une défaillance cardiaque.

Le stress a fait partie du quotidien de Danièle Laufer pendant de nombreuses années. Journaliste dans un grand groupe de presse, elle était constamment sous pression. Le 13 février 2014, son cœur s’est littéralement brisé en raison du stress. Vingt-quatre heures après une violente altercation avec une collègue, elle s’effondre et se retrouve aux soins intensifs. «Je croyais que j’étais en train de faire une crise cardiaque, mais on m’a diagnostiqué un tako tsubo.»

Piège à poulpe

Cette pathologie cardiovasculaire, également appelée «syndrome du cœur brisé», signifie «piège à poulpe» en japonais. Il s’agit d’un dysfonctionnement du myocarde dû au stress, diagnostiqué pour la première fois au Japon dans les années 1990. «Sous l’effet du stress, le ventricule gauche se déforme jusqu’à ressembler à un piège à poulpe. Les symptômes ressemblent à ceux d’un infarctus, mais quarante-huit heures plus tard, le cœur reprend sa forme normale», explique la journaliste qui, suite à sa maladie, a consacré un livre à ce phénomène méconnu.

Pour arriver aux résultats de cette grande étude, les chercheurs scandinaves se sont penchés sur le registre suédois des patients. Ils ont étudié les dossiers médicaux de plus de 136 000 personnes souffrant d’un trouble lié au stress sur une période de vingt-sept ans. Leur état de santé a ensuite été comparé à celui des membres de leur famille ne souffrant pas de stress, ainsi qu’avec un échantillon de la population standard. Les scientifiques en concluent que c’est dans les six mois qui suivent le diagnostic d’un trouble lié au stress que le risque d’arrêt cardiaque est le plus grand. Et cela indépendamment de facteurs familiaux, d’antécédents somatiques ou psychiatriques. Le risque s’estompe après un an, précise l’étude.

Ces résultats confirment des recherches antérieures. Si le lien entre les émotions et la santé physique a déjà été mis en évidence au XVIIe siècle, ce n’est qu’en 2017 que l’Université Harvard et le Massachusetts General Hospital mettent en évidence l’influence du stress sur l’activité d’une région spécifique du cerveau en lien avec les émotions: l’amygdale. Sous stress, celle-ci envoie des signaux à la moelle osseuse qui produit des globules blancs. En excès, ceux-ci favorisent l’inflammation et le développement de plaque d’athérome, un dépôt graisseux qui bouche les artères et augmente ainsi le risque d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux.

Quand l’esprit encaisse, le corps tousse

Selon un rapport de l’Observatoire suisse de la santé publié en 2013, le risque d’être atteint d’un trouble de l’humeur au moins une fois dans sa vie en Suisse est de 20%. Le psychiatre David Orson Benbassat, qui a fondé en 2012 la clinique du stress à Genève, accueille donc les résultats de la recherche scandinave de façon enthousiaste: «Cette étude est significative de par l’ampleur de son échantillon et la durée des observations. Elle rappelle que la souffrance psychique entraîne également une souffrance du corps.» «Les dernières estimations font état de 35% de la population en état de stress chronique. Il est indispensable que les personnes qui consultent pour un problème psychique fassent aussi un bilan de santé complet.» Une attitude médicale qui gagnerait à devenir systématique, constate le Dr Frédéric Sittarame, responsable des programmes d’enseignement en réadaptation au service de cardiologie des HUG. «L’étude scandinave prouve que nous devrions nous occuper davantage de ce que vivent les gens avant leur accident cardiovasculaire. Encore trop peu de mesures de prévention sont notamment prises pour apprendre à réduire les effets de la pression émotionnelle au travail et en famille.»

Apprendre à gérer ses émotions

Au service de réadaptation cardiovasculaire des HUG, le docteur constate que de nombreuses personnes ne sont ni capables de percevoir leurs émotions ni de les nommer ou de les accueillir. «La régulation des émotions a d’importants impacts sur les comportements. Si la gestion des émotions était enseignée de manière préventive, nous pourrions diminuer les causalités responsables des maladies cardiovasculaires et chronique», commente le spécialiste.

Aux HUG, on propose aux victimes d’accidents cardiovasculaires un suivi psychologique et une attention particulière est apportée à la réadaptation sociale et professionnelle, car l’accident cardiovasculaire ajoute un stress supplémentaire. À la clinique du stress, le docteur Benbassat propose des thérapies cognitives et comportementales afin de développer les capacités de résilience au stress. Il s’appuie notamment sur la méthode de méditation de pleine conscience et réduction du stress.

Quant à Danièle Laufer, elle est retournée travailler pendant deux ans dans son entreprise après son tako tsubo. Puis, par crainte d’une récidive, elle a claqué la porte et s’est lancée dans la rédaction du livre «Tako Tsubo, un chagrin de travail», publié en 2017. «Il y a quelque chose de violent et de sournois dans le monde du travail aujourd’hui, notamment le monde des médias, que je voulais dénoncer», raconte-t-elle. Puisqu’il n’existe pour l’instant aucun traitement contre le tako tsubo, elle évite désormais les situations qui la mettent sous pression et pratique le yoga plusieurs fois par semaine.

Créé: 19.09.2019, 11h56

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