Sous-occupé, Pierre Maudet enquiquine ses collègues

Le Genevois se «surimplique» dans les dossiers des autres conseillers d'État. Des élus dénoncent une activité malsaine qui nuit à la cohésion du groupe.

Il y a un an, le collège fraîchement élu prêtait serment sur le parvis de la cathédrale.

Il y a un an, le collège fraîchement élu prêtait serment sur le parvis de la cathédrale. Image: artial Trezzini/Keystone

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À la tête d’un Département du développement économique plus que réduit, Pierre Maudet ronge son frein en s’intéressant de très près aux dossiers de ses collègues. En séance hebdomadaire du mercredi matin, il n’hésite pas à donner son avis, voire à désavouer les autres conseillers d’État genevois. «En temps normal, un ministre n’a pas le temps de faire ça. Lui, il le peut, confirme un connaisseur. Il le fait d’autant plus volontiers qu’on lui a imposé son département restreint.» Les membres de l’Exécutif avaient «puni» Pierre Maudet, dans la tourmente des affaires judiciaires en janvier, en lui retirant presque toutes ses prérogatives.

Selon nos informations, les magistrats goûteraient peu ces interventions qui prolongent les débats et ralentissent les dossiers. Parfois sur des détails. Ces dernières semaines, Pierre Maudet a pu ainsi s’exprimer sur plusieurs dossiers chauds touchant tous les départements. Des sources expliquent qu’il s’est positionné pour la suspension du chantier du dépôt TPG En Chardon. Pour lui, le récent scandale de dumping salarial rendait la situation intenable pour les ouvriers. Le ministre des Infrastructures Serge Dal Busco voulait pourtant la poursuite des travaux de ce chantier prioritaire pour Genève.

Pierre Maudet a aussi pris position contre l’enveloppe de 20 millions de francs voulue par Anne Emery-Torracinta pour déployer des milliers de tablettes dans les écoles du canton. Pierre Maudet les estime dépassées et a suggéré l’emploi de smartphones. Enfin, il a tenu à modérer les ardeurs de Mauro Poggia concernant Uber. Après avoir repris le dossier à Pierre Maudet, le ministre MCG a annoncé vouloir «siffler la fin de la récréation» et augmenter les contrôles contre le géant américain à la légalité contestée. Le ministre du Développement économique lui a rappelé que ses moyens d’action étaient limités.

Les élus de tous bords, membres de partis gouvernementaux, ont eu connaissance de cette surimplication du ministre déchu et des effets néfastes qu’elle peut avoir. «Il dirige un département extrêmement petit par rapport à Mauro Poggia (santé, emploi, sécurité) ou à Anne Emery-Torracinta (instruction publique), par exemple. Il était à prévoir qu’il allait avoir le temps de mettre son nez dans les dossiers de ses collègues», rapporte ainsi Thomas Wenger, chef de groupe socialiste au Grand Conseil. Pour lui, cela nuit au travail gouvernemental. «On sait que quand un magistrat met son nez dans les affaires des autres, c’est généralement pour ralentir les dossiers. Cela ne crée pas une dynamique très saine d’avoir quelqu’un qui fait ça au sein d’un Exécutif.»

«Cela crée des tensions»

Du côté des Verts, on dit aussi avoir été mis au courant de l’activité de Pierre Maudet. «J’ai entendu qu’il avait davantage de temps pour intercéder et éplucher les très nombreux points qui sont à l’ordre du jour du Conseil d’État, indique le député Mathias Buschbeck. Il peut apporter son éclairage mais ce n’est pas très sain. Cela ralentit le travail de l’Exécutif et crée des tensions.» Pour l’élu, «cela semble assez logique, vu qu’il ne lui reste plus que ça».

Le peu de responsabilités accordées à celui qui a été dépossédé de la Sécurité et de la présidence est dans le viseur de certains. «C’est un peu malsain d’avoir un ministre avec un département aussi petit. Le Conseil d’État aurait pu être plus inventif et lui trouver d’autres domaines, affirme ainsi François Baertschi, député MCG. Il risque en effet d’être chicanier du fait qu’il en a le temps.»

Contacté, Pierre Maudet reconnaît son implication dans les activités des autres conseillers d’État. Il la justifie par son expérience. «On me reconnaît la maîtrise de certains dossiers. Je m’efforce, humblement, de continuer à partager avec mes collègues, explique le ministre. Ce qui implique, le cas échéant, de faire des propositions. Je n’en attends pas moins des autres membres du Conseil d’État. Je peux intervenir dans les dossiers touchant à la prospérité de notre République et la bonne gestion de ses deniers.» Le responsable du Département du développement économique ne présume pas de l’impact de son interventionnisme sur ses collègues. «Je ne voudrais pas répondre à leur place, avance-t-il. Personnellement, je considère que toute proposition venant des membres qui composent le collège du Conseil d’État doit être discutée de manière constructive.»

Créé: 22.06.2019, 23h00

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