«Roxy» et «Coco» aident les victimes d’AVC

Deux chiens travaillent deux jours par semaine au service de neurorééducation des HUG. Avec pour objectif de motiver les patients à participer le plus activement possible à leur physiothérapie.

«Roxy» a 3 ans et «Coco» fêtera son 1er anniversaire le 14 février. Cette jack russell et cette teckel naine sont hautes d’une vingtaine de centimètres et pèsent quelque six kilos.

«Roxy» a 3 ans et «Coco» fêtera son 1er anniversaire le 14 février. Cette jack russell et cette teckel naine sont hautes d’une vingtaine de centimètres et pèsent quelque six kilos. Image: Yvain Genevay

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Coco grimpe sur les genoux de José Luis Rodriguez. Le patient caresse la jeune chienne, puis l’embrasse. Un peu plus loin, Roxy est dans son panier. Mais son repos ne va pas durer. Quand les deux bêtes endossent leurs harnais avec le logo des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), elles se transforment en thérapeutes. Leur mission? Avec leur maîtresse, qui est physiothérapeute, elles aident des patients dont le système nerveux a été endommagé, par exemple suite à un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral (AVC).

Ces animaux doivent leur présence aux HUG à Béatrice Leemann, médecin adjointe agrégée au service de neurorééducation. La doctoresse s’est intéressée à la zoothérapie après avoir remarqué que la présence d’un chat errant avait un effet socialisant auprès des patients et de ses collègues. L’idée d’embaucher des animaux pour encourager les malades lorsqu’ils font des exercices physiques avait germé. La physiothérapeute Paola Giraldo a adhéré au projet par la suite et s’est formée à la zoothérapie. En 2017, elle a adopté Roxy, qui a suivi durant deux ans des cours de dressage avant de réussir son test de maîtrise du comportement. Coco a rejoint l’équipe l’an dernier.

«Les chiens vivent avec ma famille et c’est ma fille qui a choisi leur prénom», précise Paola Giraldo. Pour entrer à l’hôpital, ils ont dû montrer pattes blanches. «Le plus difficile a été de convaincre les différents responsables que la présence d’un animal à l’hôpital était possible tout en respectant les mesures d’hygiène, de propreté et de sécurité», se souvient Béatrice Leemann. Les animaux, donc, sont assurés et ne visitent pas les lieux où les patients sont hospitalisés. Ils travaillent au sous-sol de l’établissement, dans des salles dédiées et lavées après leur passage. Ils sont eux-mêmes nettoyés avant d’entrer dans l’enceinte de l’hôpital, sont suivis de près par un vétérinaire et prennent des antiparasitaires tous les mois.

La joueuse et la tendre

Roxy et Coco viennent aux HUG deux jours par semaine et y assurent à chaque fois deux heures de travail. Roxy est une jack russel, une espèce réputée pour son énergie. Ce qui s’est confirmé: la chienne adore jouer et s’avère idéale pour travailler l’équilibre et la marche. Coco, elle, est câline. En caressant ou en brossant cette teckel naine qui aura un an le 14 février, les patients exercent leur motricité fine. Toutes deux ont en tout cas un point commun: elles aiment les friandises et ne mangent pas avant de venir aux HUG.

Au concours des chiens mignons, ces deux-là peuvent briguer une médaille. Dans le service, il a même fallu demander au personnel et aux patients de ne pas les déranger durant leur travail. Au boulot, justement! La séance de José Luis Rodriguez débute par une promenade avec Roxy. La chienne s’assied, le patient se baisse et lui donne un bout d’une mini-saucisse qu’il a lui-même fractionnée. «Ce mouvement demande de la précision, détaille Paola Giraldo. Et pour marcher, il faut se concentrer sur son propre équilibre tout en étant attentif à l’animal.»

José Luis Rodriguez a eu un AVC il y a quelques mois, ce qui a entraîné une faiblesse du côté gauche. En brossant Coco, il est parvenu dans un premier temps à rester plus longtemps debout. «Les animaux m’ont beaucoup aidé, assure-t-il. Ce n’est pas la même chose avec des appareils.» Le retraité prouve sa motivation en se préparant pour un nouvel exercice. Il saisit une balle, Roxy se poste devant lui et attend avec un regard suppliant. Quelques secondes plus tard, elle saute aux quatre coins de la pièce pour rapporter le jouet aux pieds du malade, qui le ramasse à nouveau. Le lancer est répété dans plusieurs positions. Que ce soit les fessiers, les bras, les mains ou les hanches, chaque geste permet de renforcer une partie du corps.

«Ce n’est pas facile», susurre le patient en posant un pied sur une marche. Il retrouve le sourire en félicitant Roxy. Et puis, les facéties de Coco le divertissent. L’animal est encore bébé et sa formation n’est pas terminée. Il se roule sur le sol, cherche la nourriture dans les coins, mâchouille la balle plutôt que de la rendre… Durant cette heure de physiothérapie, on rit souvent. Il règne dans la salle un joyeux désordre. «Au quotidien, nous sommes aussi déconcentrés, note Paola Giraldo. Dans la rue, il se passe beaucoup de choses et c’est un bon exercice de travailler ainsi.» José Luis Rodriguez, lui, l’assure: «Ces chiens, ce sont des vrais pros.»

Galerie: Quelques exercices effectués avec le chien

Pratique nouvelle

En fin de séance, la distribution d’eau est le prétexte pour une ultime flexion. «Notre but est de favoriser par tous les moyens la récupération motrice», confirme Béatrice Leemann. Pour celles et ceux qui souffrent d’une paralysie, les exercices physiques sont fatigants. Or, pour retrouver les mouvements importants pour la vie quotidienne, il est essentiel que ceux-ci soient pratiqués de façon active, intense et répétée. Avec un chien, ils ont plus de sens et sont plus amusants. «Un accident vasculaire cérébral bouleverse la vie, renchérit Paola Giraldo. Mes bêtes apportent aussi un soutien psychologique et permettent aux patients d’oublier leurs soucis.»

Ce traitement rencontre un franc succès et les personnes intéressées ne peuvent pas toutes en bénéficier. Embaucher d’autres animaux? «On y réfléchit. Avant cela, nous devons apporter la preuve scientifique que cela fonctionne», répond Béatrice Leemann. En psychiatrie ou dans les EMS, deux secteurs où la zoothérapie est bien établie, son bénéfice est reconnu. Mais en rééducation, la pratique est nouvelle. L’équipe doit donc réaliser une étude pour démontrer son efficacité. Enfin, surtout les soignants. Car après leur travail, Roxy et Coco préfèrent piquer un somme.

Créé: 07.02.2020, 13h14

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les PV diminuent depuis que les policiers doivent y écrire leur nom
Plus...