Une roue avait fini dans son pare-brise

En 2016, une mère de famille a été grièvement blessée sur l’A9 par une roue mal fixée qui s’était détachée d’une voiture. Le garagiste vient d’écoper de 6 mois ferme.

Depuis l’accident survenu près de la sortie autoroutière de Saint-Triphon/Monthey, Soraia Gomes Diogo s’aide d’une canne blanche pour la plupart de ses déplacements.

Depuis l’accident survenu près de la sortie autoroutière de Saint-Triphon/Monthey, Soraia Gomes Diogo s’aide d’une canne blanche pour la plupart de ses déplacements. Image: Chris Blaser

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«Bien que ça ne changera rien à ma vie actuelle, c’était important pour moi, psychologiquement parlant, que la justice reconnaisse que ce qui m’est arrivé n’est pas la faute à personne.» Soraia Gomes Diogo revient de loin. Un mardi d’août 2016, vers 8 h 15 du matin, cette mère de famille portugaise alors âgée de 30 ans a réchappé à un terrible accident de la route sur l’A9.

Il ne lui restait que 7 km à parcourir jusqu’à son domicile de Bex (VD), lorsqu’une roue qui s’était détachée d’une Toyota Corolla circulant sur la voie opposée avait atterri dans le pare-brise de sa BMW X3. Une expertise avait permis d’écarter tout défaut du véhicule incriminé. Si les quatre boulons de la roue folle s’étaient progressivement dévissés, ce n’était qu’en raison d’un serrage insuffisant.

Le Tribunal vaudois de La Côte a estimé cette semaine que le garagiste qui avait réalisé un service sur la Toyota trois semaines plus tôt (établi dans la région de Morges et désormais à la retraite) en était le seul responsable. Si bien que le sexagénaire a été condamné à 6 mois de prison ferme pour lésions corporelles graves par négligence mais également usage abusif de plaques de contrôle.

Déjà complètement aveugle de l’œil gauche depuis ses 17 ans à la suite d’un violent coup de poing reçu en plein visage (et sans aucune prise en charge ophtalmologique au Portugal), Soraia Gomes Diogo a vu sa vision restante passer de 80 à 10% après l’accident de l’A9. Une embardée dont elle n’a pas gardé le moindre souvenir. «Je sais juste que je revenais du CHUV, où j’avais véhiculé le père de mes deux filles, qui venait d’y être engagé comme aide de cuisine», témoigne cette Mère Courage, alors femme de ménage.

Ironie du sort, après avoir été désincarcérée, c’est au CHUV – quitté moins d’une heure plus tôt – que la trentenaire avait été héliportée. «Pendant les quatre jours de mon hospitalisation, je ne voyais plus rien, c’était la nuit totale. J’ai été envoyée à deux reprises à l’Hôpital ophtalmique de Lausanne. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on m’a expliqué que j’avais perdu l’essentiel de mon acuité visuelle à l’œil droit, mais qu’il était trop tôt pour dire comment cela allait évoluer. Après quelques rendez-vous, on m’a fait comprendre que ma cécité serait incurable: aucune opération n’est possible parce que l’hémorragie oculaire a atteint le centre de la rétine…»

«Le mercredi, je me souviens que lorsqu’une soignante m’a donné à manger, fourchette à la bouche, j’ai commencé à sentir que j’avais des dents cassées», poursuit la rescapée. Après examen, il s’est avéré que neuf d’entre elles étaient brisées. Son nez était également fracturé, de même que son orbite et sa pommette droites. C’est sous morphine que Soraia Gomes Diogo a pu être ramenée à son domicile.

«J’avais très mal les premiers temps, de jour comme de nuit. Je restais éveillée moins de quatre heures par jour; j’avais vraiment besoin de dormir à cause de mon traumatisme crânien, et c’était le seul moyen de ne pas trop penser au fait que j’étais devenue handicapée…»

Deux semaines plus tard, ses filles (alors âgées de 11 et 8 ans) ont fini par rentrer de leurs vacances au Portugal. «C’était très difficile pour elles de retrouver une maman complètement changée, plus capable de les aider, reprend la trentenaire. Il leur a fallu du temps pour comprendre que je ne pouvais plus faire les mêmes choses, et je sais qu’elles en souffrent encore aujour­d’hui. C’est un choc aussi pour elles…»

La mère de famille a perdu son permis de conduire, qui avait une valeur particulière à ses yeux car elle l’avait passé du premier coup bien qu’étant borgne: «C’était une victoire, je me sentais indépendante, libre.» Mais aussi son travail, auprès d’un foyer pour jeunes en difficulté. Trois mois après l’accident de l’A9, le père de ses enfants l’a quittée.

Elle qui a officié comme agente de sécurité avant son arrivée en Suisse, il y a dix ans, n’ose plus sortir de son appartement à la nuit tombée, hormis pour sortir son chien aux abords immédiats: «Je ne peux plus voir s’il y a un danger.» Sa vision à 10% lui permet cependant de cuisiner pour ses ados, les couleurs étant encore perceptibles.

«Je me coupe très souvent, mais je m’en sors en rangeant toujours les choses au même endroit.» La lecture ne lui est encore possible qu’à l’aide d’une loupe, et de beaucoup d’énergie et de patience. Exit la télévision, dès lors que l’action n’est plus perceptible. Au vu du tort moral subi par Soraia Gomes Diogo, le garagiste retraité a également été condamné à lui verser un montant de 30 000 francs.

Dès le début de l’enquête pénale, le sexagénaire avait reconnu n’avoir serré les roues de la Toyota Corolla qu’à 7,5 kg, au lieu des 10,5 prescrits par le constructeur. Tout en disant ne pas comprendre pourquoi une roue d’un seul véhicule se serait détachée par sa faute alors qu’il a toujours pratiqué de la sorte depuis 1970. L’homme dit actuellement réfléchir à saisir le Tribunal cantonal.

Créé: 08.02.2020, 22h25

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