Grève des femmes: et après?

Au lendemain de la mobilisation du 14 juin, les collectifs pensaient déjà à la suite.

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Cet article a été publié dans Le Matin Dimanche du 16 juin 2019

Pour comprendre les lignes que la grève des femmes de 2019 a fait bouger en Suisse et les attentes des manifestantes, il faudrait pouvoir les interroger une à une. À défaut, et à chaud, voici ce qu’il en restera.

Un lien fort

C’est un des «grands succès» de cette grève des femmes, aux yeux de Michela Bovolenta, l’une des coordinatrices, qui l’a vécue à Lausanne. La mobilisation a réuni petite-fille et grand-mère, horlogère et ingénieure, Suissesse et femme migrante. Elle a, souvent, transcendé les partis. «Les gens ont massivement investi la rue, quelles que soient leurs pensées politiques», se réjouit Marianne Mure Pache, membre du collectif genevois.

Côté valaisan, Anne Darbellay en garde une image forte: «Lors des prises de parole libres, des femmes ont témoigné dans leur langue maternelle, en arabe, en turc, en espagnol. Il y avait une interprétation en langage des signes. La thématique LGBTIQ + a aussi été abordée. Ces moments inclusifs étaient très forts.» Michela Bovolenta en est convaincue: «Il en restera un très grand dynamisme. Le travail mené depuis plus d’un an a permis l’émergence d’un réseau de collectifs dans toute la Suisse. L’idée est de continuer ce combat, à voir désormais comment.»

L’esprit de la fête

Surprise au réveil samedi matin, Mirsada Talovic, du collectif neuchâtelois, avoue une joyeuse gueule de bois. La grève a été bruyante, festive, irrévérencieuse. Elle sourit: «L’énergie partagée entre les gens m’a marquée. Il y avait vraiment beaucoup d’émotions dans cette étape où l’on dépasse la colère pour poser les choses sur lesquelles on veut du changement.

Et le fait de se retrouver toutes dans la rue, aussi en pensées avec celles qui ne pouvaient pas être là, était très fort.» Catherine Friedli, membre du collectif fribourgeois et secrétaire syndicale SSP, a encore des frissons en pensant à cette «foule, comme une vague, qui s’est levée»: «Nous avons écrit l’histoire. Cela montre que le mouvement est nécessaire et légitime. Et maintenant? Notre place, on va la prendre.»

La visibilité

À l’overdose pour certains, la grève des femmes a aussi permis de rappeler l’invisible: une femme sur sept perd son travail en revenant de congé maternité, une Suissesse sur cinq a été victime de violence sexuelle, l’égalité salariale n’est pas acquise, ni le partage des tâches. «Je trouve que le débat dans les médias a longtemps porté sur des questions de formes. Les questions de fond ne sont arrivées que dans les trois dernières semaines, mais cela a donné un dernier souffle à la manifestation», estime Catherine Friedli.

La grève de 2019 a fait débattre au café, au travail et à la table familiale. «La vague violette a eu l’effet d’un électrochoc pour certains, estime Mirsada Talovic. Cela va rester. Et sur le plan local, on voit déjà émerger des initiatives, comme des ateliers pour l’égalité. C’est du concret.» Anne Darbellay renchérit: «Je crois que cette grève a permis une prise de conscience des femmes, mais aussi des hommes, du fait qu’il faut des changements légaux, mais aussi un changement des mentalités.»

La pression sur le politique

Le politique est attendu au tournant. «La grève est là pour la symbolique, pour montrer au peuple le soulèvement et la colère des femmes. On en a désormais la preuve. Maintenant, les mentalités doivent changer et la politique a son rôle à jouer. Sans cette pression, certaines décisions politiques ne seraient sans doute pas prises», affirme Leïla Hanini, secrétaire de l’association interjurassienne Grève des femmes.

Congé paternité, représentativité des femmes dans les conseils d’administration et en politique, définition du viol, taxe rose, retraites, etc.: des décisions sont attendues ces prochains mois sur lesquelles les grévistes entendent peser.

L’urgence

Il y avait vendredi dans la foule celles qui avaient déjà participé en 1991 et les autres. La patience des premières est à bout. «Nous aimerions demander des résultats concrets et rapides! Que les personnes qui occupent des postes à responsabilité agissent enfin», témoigne Marianne Mure Pache, bientôt 60 ans. Pour elle, il s’agit aussi d’ouvrir de nouveaux fronts: elle évoque la prise en considération, à la retraite, des discriminations salariales vécues précédemment, la mise en place de cours pour prévenir le harcèlement ou encore une analyse genrée de l’utilisation de l’impôt.

Leïla Hanani ressent aussi ce sentiment d’urgence. «Il faut que ça bouge. Mais notre système politique fait aussi que les choses ne sont pas rapides, S’il y a une prise de conscience maintenant, cela permet de prendre les bonnes décisions dès aujourd’hui». Catherine Friedli ajoute: «Le 14 juin, finalement, c’était une date. Le plus important est ce que l’on a construit depuis l’an dernier et ce qu’on va faire maintenant.»

Créé: 15.06.2019, 22h30

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