Regula Rytz: «Oui, la vague verte va durer»

Candidate au Conseil fédéral, Regula Rytz estime que la vague verte n’est qu’un début. La présidente écologiste veut mettre les autres partis face à leurs responsabilités.

La présidente des Verts et conseillère nationale bernoise, Regula Rytz, se bat pour que les votes écologistes au parlement soient pris en compte lors du renouvellement du Conseil fédéral le 11 décembre.

La présidente des Verts et conseillère nationale bernoise, Regula Rytz, se bat pour que les votes écologistes au parlement soient pris en compte lors du renouvellement du Conseil fédéral le 11 décembre.

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Regula Rytz, croyez-vous aux miracles?

Non. Mais les Verts sont habitués à relever des défis qui paraissent impossibles.

Tous les médias disent que vous n’avez quasi aucune chance.

Nous savons que ce sera difficile. Mais le 20 octobre et depuis quatre ans dans les cantons, les gens votent pour le climat et pour un changement écologiste comme jamais auparavant. L’heure est venue pour les autres partis de dire s’ils respectent cette volonté démocratique.

C’est le parlement qui élit le Conseil fédéral. Vous voudriez que ce soit le peuple?

Non, nous nous étions d’ailleurs engagés contre l’initiative UDC qui exigeait ce changement. Mais les Verts ont triplé le nombre de leurs sièges. Les Suisses ont dit clairement qu’ils voulaient une autre politique, qui respecte davantage la nature, la biodiversité et la durabilité. L’élection d’une Verte au Conseil fédéral permet d’y arriver.

Qu’apporteriez-vous au Conseil fédéral?

Je pense avoir le profil nécessaire pour accomplir ce mandat. J’ai dirigé un parti politique, j’ai eu un mandat d’Exécutif de 8 ans à la Ville de Berne, et j’ai l’expérience de la Coupole fédérale. Surtout, je veux être une partie de la solution pour trouver des réponses au défi du réchauffement climatique. Et puis les Verts suisses sont très connectés avec les autres partis verts européens, dont certains occupent des positions clés à Bruxelles. Ce serait précieux d’avoir une écologiste au gouvernement dans le cadre de nos relations avec l’UE.

À la Municipalité de Berne, vous étiez dans une majorité de gauche. Au Conseil fédéral, vous seriez dans la minorité.

Bien sûr. Mais il faut voir aussi qu’il y a eu un basculement des majorités du centre droit vers le centre gauche au National. Ce qui ouvre beaucoup de possibilités. Dans cette nouvelle configuration, le PDC va avoir un rôle fondamental. C’est redevenu le pivot du parlement. Avec l’élection d’un Vert au Conseil fédéral à la place d’un PLR, il deviendrait aussi le pivot du gouvernement, ce qui est cohérent.

On vous dit trop à gauche…

Aujourd’hui je suis présidente de parti, et j’ai un rôle bien particulier à défendre. Si je suis conseillère fédérale, je serai dans une autre fonction, et je respecterai la collégialité. Cela ne signifie pas que je renierai mes convictions, mais je les défendrai de façon différente. D’ailleurs, jusqu’ici mon parcours ressemble à celui d’Ueli Maurer. Lui aussi était à la tête d’un parti, et lui aussi a échoué au Conseil des États de son canton, avant de devenir conseiller fédéral.

On sent bien les appels du pied au PDC et à l’UDC, mais ils ne vous soutiennent pas. Avez-vous reçu des garanties? Ce seront eux les faiseurs de rois.

Non. Nous avons mené des discussions, mais ce n’est pas à moi de parler en leur nom. Je suis prête à prendre cette responsabilité historique qu’on attend des Verts. Les autres partis doivent désormais prendre la leur. La stabilité politique est importante en Suisse. Mais stabilité ne signifie pas immobilité. Nous avons trois semaines pour convaincre. L’UDC a dû patienter quatre ans avant d’avoir son 2e siège. Pourquoi les Verts auraient-ils droit au leur maintenant?

Parce que la progression des Verts est solide: elle s’observe depuis quatre ans dans les cantons. Et qu’il faut agir vite. Peut-on encore attendre quatre ans avant d’influencer la politique en faveur de plus d’écologie et de la durabilité? Je ne pense pas.

Vous êtes donc convaincue que la vague verte va durer?

Évidemment. Car les problèmes seront malheureusement toujours plus graves. On a déjà perdu tellement de temps que l’urgence climatique devient de plus en plus visible. La pression sur l'environnement et la biodiversité est énorme. Or une économie verte est possible. Parmi les nouveaux élus écologistes, nous avons beaucoup de spécialistes qui pourront apporter des solutions concrètes, pragmatiques et rapides à réaliser. Nous progressons durablement.

L’UDC envisage de vous élire à la place de la PS Simonetta Sommaruga. Accepteriez-vous une telle élection?

Non. La nouvelle formule magique doit représenter les nouveaux équilibres. Avec le renforcement des Verts et des Vert’libéraux, l’UDC et le PLR ne sont plus majoritaires au parlement. Ce n’est pas correct qu’ils soient surreprésentés au Conseil fédéral. Enfin, le PS est légitime à avoir deux sièges, il est plus grand que le PLR et la question sociale mérite une forte représentation au gouvernement.

Vous voulez la chute du PLR Ignazio Cassis. Êtes-vous prête à priver les italophones de leur unique siège?

Les Verts ne cherchent pas à prendre le siège de monsieur Cassis, mais à renouveler le Conseil fédéral pour qu’il représente le message porté dans les urnes. Le retrait tactique d’un conseiller fédéral PLR un an avant les élections biaise ces discussions. Si j’étais élue, nous permettrions au PLR de choisir qui il souhaite présenter pour le siège qui lui revient.

Pourtant jeudi, il était exclu d’attaquer Karin Keller-Sutter. Désormais c’est évoqué par le groupe des Verts. Qu’est-ce qui a changé?

La logique du processus d'élection du 11 décembre, où les conseillers fédéraux sont élus par ordre d'ancienneté, implique qu’Ignazio Cassis sera le premier à passer. C'est à ce moment-là que nous donnerons le choix aux autres partis d’élire une Verte. Nous n’attaquons personne ad personam.

Après la vague violette, êtes-vous à l’aise avec l’idée qu'une femme attaque une autre femme?

Soyons clairs, si on ne réussit pas lors du premier vote, je ne vois pas comment nous réussirions lors du second.

Est-ce plus important d’avoir des femmes au Conseil fédéral ou un italophone?

Il est faux d’opposer une représentation face à une autre. La question est: est-ce que les partis prennent au sérieux le mandat des électrices et des électeurs? On doit garantir la stabilité en assurant que le gouvernement évolue avec la société.

Créé: 23.11.2019, 23h00

«Nous avons le devoir d’y être»

Conseillère fédérale, un rêve de petite fille?

Pas du tout.

Quand est-ce que cette idée a germé?

Le soir des élections, je me suis très vite posé cette question: Est-ce que notre victoire est telle que nous avons désormais le droit et le devoir d’être au gouvernement? Pour moi, la réponse est oui.

À quel moment vous êtes-vous dit: «Je fonce»?

Une telle décision ne se prend pas sur un coup de tête. J’ai eu beaucoup de discussions avec ma famille et mes amis. J’ai parlé aussi avec des représentants des autres partis. Les retours étaient positifs, mais on me signifiait qu’il n’y avait pas de place libre. Cette réponse n’est pas acceptable. J’ai donc décidé de me lancer.

Qu’est-ce qui anime en vous l’envie d’être conseillère fédérale?

Je n’ai jamais eu de plan de carrière personnel. Ce n’est pas ma personne qui importe, mais le combat que je porte. Je rêve d’un futur meilleur pour les prochaines générations. Je suis à disposition pour incarner ce changement. J’y mets de la force, des convictions et de la motivation.

En dates

1962: Regula Rytz naît à Thoune. Sa mère est musicienne et son père architecte. Elle, elle deviendra enseignante, avant de reprendre des études à l’université.

2005: Après avoir été élue au Grand Conseil bernois, Regula Rytz entre à l’Exécutif de la Ville de Berne. Elle sera en charge des Travaux publics, des Transports et des Espaces verts.

2011: Elle entre au National et prend la coprésidence des Verts l’année suivante avec Adèle Thorens. Depuis 2016, elle est seule à la tête du parti.

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