Les quatre vérités d’Ada Hegerberg, Ballon d'or féminin

FootballLa notion d’égalité est au cœur des préoccupations de la jeune Norvégienne: «Les jeunes filles doivent pouvoir bénéficier des mêmes chances que les garçons.»

Ada Hegerberg, premier Ballon d’or féminin de l’histoire.

Ada Hegerberg, premier Ballon d’or féminin de l’histoire. Image: Instagram / Ada Hegerberg

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À 23 ans, Ada Hegerberg est devenue la première femme à recevoir un Ballon d’or, la plus haute distinction individuelle dans le football.

Le destin d’Ada Hegerberg a basculé le 3 décembre dernier à Paris. En recevant le premier Ballon d’or féminin, la Norvégienne est entrée dans l’histoire du football. Depuis, tout le monde se l’arrache. Une notoriété que la jeune femme de 23 ans semble gérer avec une décontraction déconcertante. «Bienvenue à Lyon, lance-t-elle avec enthousiasme en nous recevant dans un salon du centre d’entraînement de l’Olympique lyonnais. Vous avez fait un bon voyage?» Dans un français presque parfait, Ada Hegerberg répond avec une disponibilité et une franchise peu habituelles dans le milieu.

«Petite, je m’identifiais à des joueurs comme Thierry Henry. J’espère aujourd’hui que les filles pourront avoir des modèles féminins»

Avec un peu de recul, est-ce que vous avez pu réaliser ce qui vous est arrivé?
Les deux semaines de pause à Noël m’ont fait du bien. J’ai eu le temps de réfléchir à tout cela, de prendre conscience. Mais c’est toujours un sentiment bizarre. J’ai rendu visite à mon fiancé (ndlr: l’international norvégien Thomas Rogne), qui joue en Pologne. Même là-bas, des gens m’arrêtaient dans la rue pour me féliciter. Cela démontre que ce Ballon d’or a touché beaucoup de gens. À la longue, ça pourrait poser un problème mais pour l’instant, ce n’est que du bonheur.

Quel souvenir gardez-vous de la cérémonie?
C’était génial d’être entourée de toutes ces stars du football. J’ai ressenti un vrai respect mutuel. J’étais heureuse d’être traitée d’égal à égal. Tout le monde connaît le travail et les sacrifices nécessaires pour arriver à ce niveau. Même Balotelli m’a écrit pour me féliciter.

La soirée a notamment été marquée par la question sexiste du DJ Martin Solveig, «Est-ce que tu sais twerker?» Cette question a-t-elle gâché votre plaisir?
Non, absolument pas. À titre personnel, cela ne m’a pas blessée. Cette remarque aurait été déplacée même si elle avait été adressée à Kylian Mbappé. C’était surtout important de voir que les gens ont réagi sur les réseaux sociaux. On ne peut pas dire n’importe quoi.

Que représente ce Ballon d’or pour vous?
Ce Ballon d’or est bien plus grand que moi. Ce n’est pas que le mien, mais celui de toutes les femmes dans le football et en dehors. C’est un symbole fort. J’ai désormais une voix plus importante. Il faut que j’en prenne conscience et que je puisse l’utiliser à bon escient.

C’est quelque chose qui s’apprend?
Oui, bien sûr. Heureusement, j’ai été consciente de ce rôle depuis toute petite, grâce à ma famille qui a valorisé mes choix. J’ai toujours aimé être capitaine sur le terrain, mais aussi prendre la parole en dehors. Il reste encore beaucoup à faire et chacune d’entre nous a un rôle à jouer. Ce Ballon d’or n’est qu’un début.

Et ce mythique trophée alors?
Il est très beau, mais il est surtout très lourd. J’avais des courbatures dans les bras à la fin de la soirée. Une fois de retour à ma place, je ne savais pas où le mettre. Je ne pouvais pas le porter sur mes genoux. Alors, je l’ai simplement mis par terre. Roberto Carlos m’a dit: «Tu fais quoi? On ne met pas un Ballon d’or par terre!» Il avait un siège libre à côté de lui alors il l’a pris pour le surveiller. C’était drôle.

Votre vie a-t-elle changé?
Oui et non. Bien sûr, les sollicitations ont explosé. Mais le lendemain de la remise du prix, j’étais déjà à l’entraînement pour préparer le prochain match de championnat. Le samedi, on a fait huit heures en bus pour aller jouer à Sochaux. C’est une bonne piqûre de rappel. Seul le travail peut te permettre de gagner ce genre de trophées. Ce n’est pas un prix qui va me changer.

Quand avez-vous appris que vous alliez être récompensée?
L’un des entraîneurs assistants de l’OL m’a convoquée dans son bureau une semaine avant la cérémonie et m’a demandé si je savais garder un secret. J’ai tenu dix minutes, le temps de courir à ma voiture pour appeler mes proches. Ensuite, il a fallu attendre sept jours sans pouvoir en parler aux autres. Au final, cela a été une chance. J’ai pu réaliser petit à petit. Il y avait tellement d’émotions qui se bousculaient dans ma tête. Je n’en ai presque pas dormi.

Vous avez dû acheter une vitrine pour conserver le trophée à la maison?
Non, il est au musée du club désormais. C’est une bonne chose que tous les Lyonnais puissent le voir. Il est aussi mieux protégé comme ça. J’avais peur de le garder chez moi. Au début, c’était le cas, mais je me réveillais inquiète chaque matin en me demandant s’il était toujours là.

En y repensant, c’est fou qu’on ait dû attendre 2018 pour avoir un Ballon d’or féminin.
Oui, enfin! Cela a pris du temps. Mais j’ai toujours une approche positive en ce qui concerne les progrès à accomplir dans le sport. Je suis surtout heureuse que France Football ait franchi le pas. Les joueuses se doivent de toujours monter le niveau en redoublant d’efforts à l’entraînement.

Vos collègues masculins ont-ils aussi un rôle à jouer?
Quand les hommes ont la possibilité de participer à ce combat, c’est important qu’ils le fassent aussi. Je n’ai pas envie de critiquer les footballeurs qui réussissent. L’égalité ne pourra devenir réalité uniquement grâce à une approche constructive.

Justement, quel rôle ce titre personnel peut-il jouer pour l’égalité dans ce sport?
Quand j’étais petite, on voyait très peu de football féminin à la télévision. Je m’identifiais à des joueurs comme Thierry Henry. J’espère aujourd’hui que les filles pourront avoir des modèles féminins à imiter. Des joueuses qui leur prouvent qu’il est possible de réussir dans le football, peu importe son genre. J’en ai eu conscience très tôt. Ma sœur était capitaine dans une équipe de garçons et ma mère était l’entraîneur. Cela a provoqué certaines discussions mais c’était normal pour moi.

Vous avez quitté la sélection norvégienne en critiquant le manque d’égalité de traitement. Pourquoi cette décision?
Ce n’est pas seulement une question d’argent. Je n’aime pas trop m’exprimer sur le sujet. Ma décision est claire et j’en accepte les conséquences. C’est à la fédération d’agir maintenant, d’en faire quelque chose de positif. Les jeunes filles doivent pouvoir bénéficier des mêmes chances que les garçons.

Ce Ballon d’or pourrait-il vous faire changer d’avis?
Non. J’ai pris cette décision en pleine conscience. J’ai longtemps eu un poids sur le cœur lorsque j’étais en sélection. Ce choix m’a permis de me libérer. J’étais obligée de le faire pour continuer d’évoluer au plus haut niveau.

Êtes-vous prête à vous sacrifier pour les générations suivantes?
On peut le dire, oui. Mais je ne peux pas faire cela toute seule. Nous avons aussi besoin que les instances nous soutiennent et mettent les moyens nécessaires.

Portrait-robot
FJORDS NORVÉGIENS – Ada voit le jour à Molde en juillet 1995. Sa grande sœur, Andrine, aujourd’hui joueuse du PSG, est capitaine d’une équipe de garçons.
JOYAU PRÉCOCE – L’attaquante débute dans l’élite à 15 ans. Internationale norvégienne, elle est meilleure buteuse du championnat deux ans plus tard seulement.
ÉCLOSION LYONNAISE – Après un passage à Potsdam, elle rejoint Lyon en 2014 avec une réussite rare: quatre titres nationaux et trois Ligues des champions.
CONSÉCRATION MONDIALE – Le 3 décembre dernier, Hegerberg reçoit à 23 ans le premier Ballon d’or féminin de l’histoire. Un sacre qui dépasse de loin les terrains de football.

Créé: 30.01.2019, 08h23

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