La profession salue les 21 ans du roi du TJ, respecté jusqu’à Paris

Dès la rentrée d’août, Darius Rochebin ne présentera plus que les journaux du week-end, pour mieux se consacrer à ses grands entretiens. Quatre confrères rendent hommage au maître de l’interview.

Dès la rentrée, Darius Rochebin ne présentera plus que les journaux du week-end.

Dès la rentrée, Darius Rochebin ne présentera plus que les journaux du week-end. Image: RTS/Anne Kearney

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C’est une petite révolution qui a été annoncée ce mercredi par la RTS. Dans quatre mois, le roi Darius rendra sa couronne de présentateur vedette du «19h30», après vingt et un ans de règne incontesté, quatre jours sur sept. «Irremplaçable», lâchait son successeur Philippe Revaz cette semaine dans les colonnes de «24 heures» et de la «Tribune de Genève», louant un art de l’interview «toujours pointu sans jamais être méchant», que peu de journalistes ont atteint à la télévision.

C’est précisément dans ce registre où il excelle que Rochebin apparaîtra encore à l’antenne, avec le grand entretien du dimanche soir, en plus de son émission «Pardonnez-moi», et de la présentation des journaux télévisés du week-end (en alternance avec Jennifer Covo).

Une réorganisation qui a pris tout le monde de court, même à l’interne, tant le Genevois ne cachait pas son plaisir à l’idée de se rapprocher des records de longévité des monstres sacrés de TF1, Patrick Poivre d’Arvor et Claire Chazal. Une autre star du JT français, David Pujadas (écarté de France 2 après seize ans de grand-messe), nous confie vouer à Darius une admiration totale, bien que ne l’ayant jamais rencontré: «Il est mon présentateur préféré» (lire ci-dessous).


«Mes amis m’appellent «Little Darius»

Valentin Emery, 29 ans, présentateur du «Journal» de Léman Bleu

«Je n’ai pas de poster de lui dans ma chambre, mais mes amis m’appellent «Little Darius»! C’est une personnalité tellement connue et reconnue que les gens me comparent à lui, même si je ne me vois personnellement pas comme le futur Rochebin. Je travaille d’ailleurs avec deux autres présentateurs.

Il ne faut surtout pas faire du mimétisme dans un métier comme celui-là, où chaque présentateur a sa propre personnalité: ça sonnerait faux. Cela dit, Darius fait partie des grandes personnalités de la télévision francophone. Ce serait une erreur de ne pas s’en inspirer quand on est jeune journaliste.

Il a d’abord un talent d’interviewer hors pair: cette faculté d’aborder avec ses interlocuteurs des questions parfois sensibles, des éléments un peu intimes, tout en gardant un certain naturel. Sa capacité à obtenir des interviews rares, ou encore à aborder plusieurs thématiques avec ses interlocuteurs lors d’interviews très courtes au «19h30».

Son autre grande force, c’est cette envie dans ses introductions de ramener l’actualité au plus près du téléspectateur. D’y intéresser les gens le plus possible, en faisant toujours des liens avec le quotidien de M. et Mme Tout-le-monde. C’est clairement un aspect dont nous pouvons tous nous inspirer.

À titre personnel, je ne souhaiterais cependant pas faire la même chose aussi longtemps, sachant que mon premier journal remonte à il y a déjà cinq ans. Le rendez-vous connexe «Pardonnez-moi» de Rochebin explique à mon avis sa longévité record au TJ.»


«Le meilleur de son époque»

Jean-Philippe Rapp, 76 ans, producteur, ex-présentateur du TJ de la TSR (1993-1996) et fondateur du «TJ Midi»

«Lorsqu’il a été choisi en 1996, d’abord pour le «TJ Nuit», j’étais dans le dernier cercle qui s’est exprimé à son sujet, sachant que je présentais le «Téléjournal» à cette époque. Darius était déjà connu pour son sérieux, sa capacité de distance par rapport aux événements, et il l’a confirmé pendant cette longue période. Il a particulièrement bien réussi à s’impliquer personnellement: c’est un peu devenu le patron. Il doit en tout cas être devenu le journaliste romand à avoir présenté le plus d’émissions en direct.

C’est un très bon professionnel; on n’en a pas beaucoup. Il sortait très clairement du lot, en étant parvenu à imposer un style – notamment l’échange de questions, souvent plus incisif –, mais aussi une certaine distance par rapport à lui-même.

C’est une vraie personnalité – très certainement le meilleur de son époque: les suivants vont devoir s’accrocher… même s’il faut garder à l’esprit que la TV évolue, avec de nouveaux langages tous les dix à vingt ans. Aujourd’hui, le TJ se prépare précisément à une nouvelle forme qui sera probablement encore plus en adéquation avec notre temps.»


«J’ai toujours salué sa belle persévérance»

David Rihs, 49 ans, producteur, ex-présentateur du TJ (2000 à 2005)

«J’aime bien les présentateurs qui ont de la bouteille. Je ne suis pas un partisan du jeunisme, car je pense qu’il faut avoir une certaine expérience pour faire ce métier, qui demande une passion intacte. Je trouve que tout l’enjeu consiste à renouveler cette passion. Personnellement, cela a dû passer par un changement de cadre, par un nouveau défi professionnel.

J’ai toujours salué la belle persévérance de Darius, avec des capacités relationnelles hors norme et une force de travail – cherchant sans cesse le contact avec son réseau. Je lui souhaite de poursuivre les week-ends – qui sont aussi un bel espace – avec le même souffle, car il a indéniablement apporté un art de l’interview au TJ. Et sa longévité a créé un repère, ce dont les gens ont besoin, au milieu du monde médiatique digital où tout doit aller vite.»


«C’est mon présentateur préféré»

David Pujadas, 54 ans, présentateur de l’émission de débats «24h Pujadas, l’info en questions» sur LCI

«On m’a plusieurs fois demandé qui était mon présentateur préféré: j’ai toujours cité son nom. Darius sort clairement du lot. On ne s’est pourtant jamais rencontrés: je dis donc cela de manière totalement désintéressée.

Je lui tire mon chapeau parce que du bon journalisme, c’est aussi de la bonne présentation, avec ce je-ne-sais-quoi d’irrationnel.

C’est d’abord une écriture épurée, dépouillée, jamais boursouflée, sans effet de facilité ou d’esbroufe. La plume de Darius va à l’essentiel. Il sait être à la fois sobre, tout en ayant une présence très forte dans son JT (on sent son regard), ce qui est rare. Dans ce métier, beaucoup de gens ont tendance à se mettre en avant, en essayant de faire du cinéma, en prenant la pose. Rochebin n’est vraiment pas comme ça. Il a une grande assurance, une grande maîtrise, mais qui n’est jamais de l’arrogance; jamais du narcissisme tourné vers lui-même. C’est très appréciable. On sent d’autre part chez lui un profond intérêt pour la chose publique.

Le jour où l’on m’a annoncé que j’étais écarté de France 2, c’est un sentiment de gratitude qui a pris le dessus. Bien que les circonstances de nos départs soient différentes, je pense qu’il va y avoir en Darius ce moment – lorsque tous ses confrères vont lui rendre cet hommage mérité – où il éprouvera un peu ce même sentiment de gratitude d’avoir eu la chance, le privilège, de connaître cette responsabilité passionnante et d’avoir pu tisser ce lien avec le public durant vingt et un ans.»

Créé: 13.04.2019, 23h00

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